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Attention, on est face ici à un des 5 plus grands albums de l'histoire du rock. Tout simplement. Et je ne parle vraiment pas à la légère. Inutile donc de préciser que cet album est par ailleurs le sommet absolu de Led Zeppelin, je pense que la déduction, tout le monde l'aura faite. Ce disque est important. Sa sortie, en 1971 (en novembre, le 8), a été précédée d'un tollé dans la presse rock : Jimmy Page, dans des interviews, dira vouloir sortir un disque sans titre, sans nom de groupe, sans aucune inscription sur la pochette, pas même l'allusion à la maison de disques ou un numéro de série, rien (pour le CD, on a le nom du groupe, le numéro de série, etc, cependant). Et effectivement, cet album sortira ainsi, sous une pochette gatefold représentant un tableau sur un mur décrépi et (au verso) démoli, laissant aperçevoir un paysage urbain moderne et glacial (un arbre sans feuilles, un ciel lourd). Le tableau lui-même représente un paysan avec un fagot de bois sur le dos, et est, au bout du compte, une croûte sans grand intérêt. A l'intérieur, une illustration au format portrait prend toute la pochette, un ermite en haut d'une montagne, de nuit, avec un charmant petit village à l'ancienne en arrière-plan et une jeune femme en train d'escalader la montagne pour rejoindre l'ermite, qui brandit une torche et un bâton de marche. Toujours aucune inscription. En revanche, la dust sleeve (pochette intérieure) propose les paroles d'une des chansons, accompagnées d'une illustration/gravure et, de l'autre côté, la liste des morceaux et le titre de l'album. Quel titre ? Celui situé juste en-dessous de ce premier paragraphe.

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Oui, c'est bien le titre de l'album ! Une série de quatre dessins, quatre symboles, qui représentent les quatre membres du groupe. Ce quatrième album de Led Zeppelin ne porte donc pas de titre (cette série de symboles est sur l'étiquette vinyle des faces, sur la tranche du boîtier CD), mais est surnommé de diverses manières : la plus logique (Led Zeppelin IV), les plus poétiques (Four Symbols, The Runes LP), la plus étrange (Zoso, allusion au premier symbole). Voire, comme je l'appelle, l'Album Sans Nom. Ces quatre symboles, c'est une idée de Page. Chaque membre a choisi son symbole, qui restera par la suite emblématique de chaque membre (le symbole choisi par John Bonham se retrouvera imprimé sur sa batterie). Dans l'ordre, ces symboles sont ceux de Jimmy Page (il peut se lire Zoso, en effet, et il serait lié à l'occultisme, notamment à Aleister Crowley, un mage noir britannique controversé de la première moitié du XXème siècle), John Paul Jones (symbole signifiant une personne digne de confiance, compétente), John Bonham (symbole signifiant la trinité père/mère/enfant, mais serait aussi le logo d'une marque de bière appréciée du batteur) et Robert Plant (la plume de Maât, une divinité égyptienne, représentant la vérité, la justice, la droiture, l'équité, dans un cercle représentant la vie). Cette décision de sortir un disque vierge de toute inscription, pas même un sticker avec le nom du groupe, pas même un bandeau glissé sur la pochette, sera considérée comme anticommerciale et controversée, pour l'époque. Mais Jimmy Page voulait, par ce biais, laisser parler la musique, et répondre de la sorte aux détracteurs du groupe qui estimaient que les albums de Led Zeppelin se vendaient à cause du fait qu'ils étaient, justement, de Led Zeppelin (que les gens achetaient les yeux fermés). Là, sans rien dessus, il fallait le savoir, que c'était un album du groupe ! Ce procédé étonnant et anticommercial, dixit Atlantic, n'empêchera pas l'album de se hisser très très haut, un succès monstrueux. Et merde aux détracteurs, Jimmy avait raison !

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 Intérieur de pochette

Alors, cet Album Sans Nom ? 42 minutes (pour 8 titres) qui furent enregistrées entre décembre 1970 et janvier 1971, aux studios Island de Londres et surtout à la Headley Grange, dans le Hampshire. C'est là que le groupe, avec le studio mobile des Rolling Stones (qui fut prêté à bien des groupes par les Stones, afin de rentabiliser le bouzin, qui leur a coûté pas mal d'argent), a composé l'album. Et parmi les chansons de l'album, on a évidemment Stairway To Heaven, qui achevait la face A (ce sont les paroles de cette chanson qui sont imprimées sur la dust sleeve), 8 minutes tout rond de pur bonheur, incontestablement la chanson la plus belle de l'histoire du rock (et donc, de l'album, et donc, du groupe). Indescriptible chanson (solo de guitare époustouflant ; paroles magnifiques ; interprétation bluffante ; partition de flûte inoubliable ; durée parfaite) que le groupe, par la suite, et surtout Plant, dira ne pas aimer, la décrivant comme une putain de chanson de mariage, mais qu'ils chanteront tout de même toujours en live. La chanson aurait été écrite rapidement par Plant, après avoir entendu quelques bribes instrumentales ; il aurait mis deux heures à écrire les paroles, en transe. La chanson parle notamment d'une jeune femme qui veut s'acheter un accès pour aller au Ciel. Mais les paroles sont très cryptiques, et certains même y verront, en passant les bandes à l'envers, des messages satanistes. La chanson, une des plus diffusées sur les ondes radio dans le monde entier, ne sortira pas en single, le groupe refusant ce procédé, et désirant que les gens découvrent la chanson par le biais de l'album. Ils la joueront live pour la première fois à Belfast, en mars 1971...huit mois avant la sortie de l'album !

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Pochette extérieure dépliée

Le reste de l'album n'est pas en reste : ce quatrième opus est vraiment un écrin pour toutes sortes de merveilles. Déjà, Black Dog, qui ouvre le bal (intro assez étrange et infaisable en live, le groupe, généralement, utilisera le riff de Out On The Tiles pour la remplacer), est une claque immense, d'entrée de jeu : le chant de Plant, inspiré probablement par la manière de chanter de Peter Green sur le Oh Well de Fleetwood Mac (album Then Play On, 1969), est fantastique, et le riff de guitare de Page assure à fond. Black Dog, qui tire son nom d'un chien errant et noir qui rendait visite au groupe à Headley Grange pendant leur séjour, est un morceau imparable, qui sortira en single (Misty Mountain Hop en face B). Tout aussi imparable est Rock And Roll, largement inspiré par le Keep A-Knockin' de Little Richard (encore une référence pas citée dans les crédits...), chanson fantastique s'ouvrant par une ruade de batterie mémorable. Une des chansons les plus connues du groupe, pas une de mes préférées, mais elle dépote bien. Dans le même registre, on a Four Sticks, qui doit son nom au fait que Bonham tenait quatre baguettes, deux dans chaque main, en jouant sur ce titre (on entend un cliquetis, d'ailleurs, qui est du à ça), et qui, avec sa mélodie vaguement orientale, est un classique méconnu et même sous-estimé. Misty Mountain Hop est, elle, une chanson assez pop, qui pourrait parler d'un passage du Seigneur Des Anneaux (on y trouve les Monts Brumeux, traduction de Misty Mountains), mais pas sûr ; une chanson très sympathique au riff sautillant. Enfin, Going To California, magnifique ballade acoustique inspirée par la tournée américaine, californienne, du groupe ; une des plus belles chansons acoustiques du groupe, tout simplement.

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Et puis, si on excepte Stairway To Heaven, l'album offre aussi deux autres immenses chansons qui méritaient bien un autre paragraphe pour elles seules. D'abord, The Battle Of Evermore, unique chanson de Led Zeppelin a être un duo, en l'occurrence avec Sandy Denny, chanteuse du groupe de folk-rock anglais Fairport Convention. Cette chanson de quasiment 6 minutes est basée sur Le Seigneur Des Anneaux de Tolkien (oui, encore ! Mais contrairement à Misty Mountain Hop où ce n'est pas certain, là, on est sûr). On y parle des Ringwraiths (les esprits servants de l'Anneau, bref, les Nazgùls), mais selon Plant (qui joue le rôle du narrateur, Sandy Denny faisant, elle, les contrepoints, en un rôle de crieur public), la chanson parle aussi de légendes du foklore écossais. The Battle Of Evermore est une chanson acoustique dotée d'une superbe partition de mandoline, et est, malgré un nombre d'écoute immense, toujours une chanson me faisant frissonner du début à la fin (le final, avec les Bring it back ! de Plant et cette mandoline, mon Dieu...), comme Stairway To Heaven qui la suit. Et comme le final de l'album, 7 minutes imparables basées sur un vieux blues de Memphis Minnie, When The Levee Breaks, considérée par Page comme le sommet de l'album. Là, c'est monumental ; ça faisait depuis How Many More Times qu'un album de Led Zeppelin ne s'était pas achevé sur un tel coup d'éclat, et si on excepte Tea For One (sur Presence, 1976), ça ne se reproduira plus par la suite ! Un long blues terminal, avec Plant et son harmonica d'enfer, avec ce riff monumental, cette intro de batterie qui sera réutilisée par les Beastie Boys (Rhythmin' And Stealin'), ce final tourbillonnant autour de la guitare... Monstrueux. Impossible de ne pas avoir envie de remettre l'album en entier une fois le riff achevé et le disque fini.

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L'Album Sans Nom/The Runes LP/Four Symbols/Zoso/Led Zeppelin IV est vraiment le sommet du groupe. De la première fois que je l'ai écouté (à peu près à cette période : je m'étais fait offrir ce disque à un anniversaire, je suis né le 21 octobre, voyez que c'est l'époque !) à la dernière (très dernièrement, et je vais me le refoutre très prochainement), c'est toujours avec un plaisir intact et une émotion totale. J'ai même le disque en vinyl-replica et en vinyle tout court, pour vous dire ! Pour moi un disque qui représente, de plus, bien cette période de l'année, qui fut la période de sa sortie : une pochette assez froide (comme je l'ai dit, la photo a été prise en hiver), qui, pour moi, me fait associer ce disque à cette période de l'année, et cette association, certes un peu conne, est définitive, tout comme, pour moi, Wish You Were Here du Floyd symbolise l'été et les vacances car je l'ai découvert à cette période et que je l'écoutais souvent à cette même période ! Con, hein ? Pour en revenir à cet album, il fait tout simplement partie des essentiels, et des intouchables. Le groupe mettra un an et demi avant de sortir un nouvel album, mais ça, ça sera pour demain !

FACE A

Black Dog

Rock And Roll

The Battle Of Evermore

Stairway To Heaven

FACE B

Misty Mountain Hop

Four Sticks

Going To California

When The Levee Breaks