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Sad to say I must be on my way/So buy me beer and whiskey 'cause I'm going far away...

En ce jour de la Saint-Patrick (qui n'est PAS la fête nationale irlandaise, au fait), quoi de mieux que de parler d'un groupe italien ? Nan, j'déconne, on va parler d'un groupe celtique, évidemment : les Pogues. Je ne vais pas faire un amalgame Irlande = whisky = alcoolos, mais s'il y à bien un musicien, un chanteur, qui peut amener à ce genre d'amalgame à la mords-moi-l'fion-avec-le-dentier-de-ton-grand-père-j'ai-sa-permission, c'est  Shane MacGowan. Né le jour de Noël 1957 dns le Kent, Shane MacGowan est le chanteur et principal artisan des Pogues, groupe qu'il a fondé en 1982, à Londres, et qui s'appelait à la base Pogue Mahoney, nom qui, en celtique, signifie, je crois, baise mon cul. On leut conseillera de seulement s'appeler The Pogues (Les Bisous, quoi). Shane, personnage rigolard (depuis certaines années, et notamment depuis un accident en 2015 l'ayant laissé la majeure partie du temps en fauteuil roulant, je pense qu'il doit moins l'être tout de même) qui s'était fait connaître, à la fin des années 70, par un petit accident survenu à un concert des Clash et le concernant (ayant voulu draguer une fille à un de leurs concerts, elle s'est rebellée et l'a mordu à l'oreille, si sauvagement qu'elle lui en a arraché le lobe ; la photo prise le montre souriant, hilare, mais ensanglanté, et le titre de l'article était "Cannibalism at a Clash gig" !), est un personnage qui ferait passer Gainsbourg, Sanson et Renaud pour des modèles de sobriété. Qu'il soit toujours en vie à 62 ans (63 en fin d'année donc), malgré tout ce qu'il s'est enfilé comme substances (came, mais surtout, surtout, alcool, et pas que de la bière, loin de là) est probablement un des mystères que la science résolvera un jour. Toujours est-il, c'est con mais c'est comme ça, que pour le grand public ayant entendu parler de lui, Shane = The Pogues = alcool à gogo.

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Leur premier album, Red Roses For Me, sort en 1984 et est une sorte de croisement entre punk et musique celtique. Il sort sur le label indépendant Stiff Records. Intéressé par le son, la personnalité de ce groupe qui, vraiment, promet, Elvis Costello va, peu de temps après, se proposer pour produire leur deuxième album, qui sortira en 1985 sous une pochette mythique reprenant, en le détournant (les membres du groupe sont représentés à la place des personnages du vrai tableau), le fameux Radeau de la Méduse de Géricault. Le titre de l'album est une allusion à une citation de Winston Churchill sur la Royal Navy : Rum, Sodomy & The Lash ('du rhum, de la sodomie, et le fouet, voilà ce que sont les traditions de la Marine royale'). Ne jouant pas sur le disque, Elvis Costello va, selon ses propres termes, capter la gloire déglinguée du groupe et la fixer sur vinyle avant qu'un autre producteur plus professionnel que lui (car il n'est pas producteur, à la base) ne vienne tout foutre en l'air dans leurs sonorités. Bref, Costello ne va rien imposer de ses idées, il va laisser le groupe sonner comme ils sonnent, et putain, ce qu'ils sonnent ! Au final, non seulement l'album sera un énorme succès (et reste le meilleur du groupe), mais Elvis ne repartira pas seul : la bassiste du groupe, Cait O'Riordan, se mariera avec lui, par la suite... Pour en revenir à l'album, il offre 12 titres (certains pressages vinyles étrangers en offre un 13ème, situé littéralement au centre, A Pistol For Paddy Garcia), pour 45 minutes tout simplement glorieuses, immenses, parfaites. On y retrouve aussi bien la frénésie punk que la maestria des atmosphères celtiques, et tout le disque, dès ses premières secondes, semble sentir aussi bon qu'un vieux whisky irlandais tourbé vieilli en fût de chêne que l'on savoure paisiblement assis dans un fauteuil en cuir, non loin d'un feu de cheminée. 

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Avec cependant un alcoolo venant nous raconter des histoires parfois sordides, d'une voix totalement ravagée de pochard invétéré. C'est ainsi que The Old Main Drag parle d'un jeune homme qui, quittant sa campagne pour gagner sa vie à Londres, va se faire dépouiller, tabasser, humilier et violer (I've been spat on, and shat on, and raped and abused : 'on m'a craché d'ssus, chié d'ssus, on m'a violé, abusé de moi') ; que le chef d'oeuvre final, de 8 minutes, And The Band Played Waltzing Matilda, parle d'un vétéran de la Première Guerre Mondiale, de nationalité australienne (Waltzing Matilda est un fameux air traditionnel australien), ayant combattu à Gallipolli dans les Dardanelles, et revenu sans jambes, et meurtri au plus profond de son âme ; c'est ainsi que The Sick Bed Of Cùchulainn parle d'un moribond (mais le morceau est d'une frénésie irrésistible) ; que Jesse James, une adaptation d'un air traditionnel, parle de la sordide mort du fameux hors-la-loi, abattu très lâchement par son acolyte, Robert Ford, entré dans l'histoire comme synonyme de traîtrise et de lâcheté pour ce geste. Pas mal de morceaux ici parlent de mort, en fait. De fatalité. On a cependant, quand même, Dirty Old Town, chef d'oeuvre d'Ewan MacColl datant de 1949, basé sur un air celtique traditionnel, chanson reprise par je ne sais combien d'artistes, la version des Pogues est sans doute la plus connue. En France, Nolwenn Leroy l'a reprise pour son disque Bretonne ; avant ça, elle a servi de base pour des chansons de Renaud et Hugues Aufray. On ne la présente plus, et c'est évidemment le tube de l'album et du groupe. Rum, Sodomy & The Lash offre aussi un instrumental assez dingue, Wild Cats Of Kilkenny, que j'adore ; une chanson interprétée par Cait O'Riordan (sublime voix feutrée qui sonne comme un flûtiau), I'm A Man You Don't Meet Every Day, qui est à tomber dans un tonneau de bière ; une chanson qui sent bon son air maritime, Navigator, remarquable ; un Sally MacLennane admirable sur le fameux thème du j'vais chercher ma chance ailleurs, file-moi un coup à boire avant que j'parte et une bouteille pour m'accompagner sur la route ; et surtout, surtout, surtout, les 5 minutes de A Pair Of Brown Eyes, chanson qui, avec le long morceau-fleuve final, est clairement le sommet de cet album majeur, une chanson qui laisse rêveur, avec son ambiance à la Barry Lyndon ; pour moi, c'est l'épitomé du son poguien. Tout, sur ce morceau (sur l'album, en fait), respire l'Irlande, la musique celtique, entre les instruments traditionnels (tin whistle, accordéon, bouzouki), le chant ravagé et si évocateur de MacGowan... Le sommet d'un sommet. Rum, Sodomy & The Lash est probablement le meilleur album de 1985 et par conséquent, aussi, un des meilleurs albums des années 80. Rigoureusement essentiel. 

And a-rovin', a-rovin', a-rovin' I'll go for a pair of brown eyes, for a pair of brown eyes...

FACE A

The Sick Bed Of Cùchulainn

The Old Main Drag

Wild Cats Of Kilkenny

I'm A Man You Don't Meet Every Day

A Pair Of Brown Eyes

Sally MacLennane

FACE B

Dirty Old Town

Jesse James

Navigator

Billy's Bones

The Gentleman Soldier

And The Band Played Waltzing Matilda