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Avez-vous déjà été en Irlande ? Moi, oui, plein de fois...à chaque fois que j'écoute ce disque. Car cet album respire tellement la verte Eirin que même sans y avoir jamais été physiquement (et croyez-moi, j'adorerais m'y rendre), on en sent toute l'atmosphère. Ce disque, sous sa pochette reprenant, en la parodiant (les visages des membres du groupe placés à la place des personnages), la fameuse toile Le Radeau De La Méduse de Géricault, c'est Rum, Sodomy & The Lash, le deuxième album des Pogues, un des plus fameux groupes de rock irlandais. Il date de 1985 et est produit par l'illustre Elvis Costello, qui dira, à ce sujet, avoir voulu capter les Pogues dans toute leur gloire dézinguée, avant qu'un autre producteur plus talentueux et professionnel que lui ne vienne tout faire foirer. Mission accomplie pour Costello (doublement accomplie, car il ne tardera pas à tomber amoureux et à épouser Cait O'Riordan, la bassiste du groupe !), car les 44 minutes de Rum, Sodomy & The Lash sonnent magnifiquement bien. Sur ce deuxième album, les Pogues (qui s'appelaient, à la base, The Pogue Mahoney, ce qui, en celtique, signifie 'baise mon cul'...on leur proposera gentiment de raccourcir leur nom de groupe en The Pogues), menés par leur charismatique chanteur Shane McGowan, sonnent comme des musiciens de bar en virée ; tout l'album sonne comme si on se trouvait dans un pub irlandais enfumé, avec une grosse pinte de bière devant soi, avec la pluie qui tombe dehors.

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Tout l'album sent bon l'Irlande, les pubs, la bière, l'alcool en général, et la mer, aussi et surtout : d'ailleurs, la pochette est éloquente, ainsi que le titre de l'album, qui est un extrait de citation de Winston Churchill sur la Royal Navy (Don't talk to me about naval traditions : it's nothing but rum, sodomy and the lash for me : 'ne me parlez pas des traditions de la Navy : ce n'est que le rhum, la sodomie et le fouet à mes yeux'). De même que le grandiose (et encore, le mot est faible) Navigator. L'album aligne 12 titres, et parmi ces 12 titres, un est plus connu que le reste : Dirty Old Town, qui ouvrait la face B, et sortira en single. Inspirée par un air traditionnel, cette chanson sera reprise en français par Hugues Aufray (Chacun Sa Mer), sera la source d'une chanson de Renaud (La Ballade Nord-Irlandaise), et se pose là pour être un des airs irlandais les plus fameux qui soient. Une chanson tout simplement mémorable. Quand Shane McGowan, avec sa si particulière voix de poivrot ne dessoûlant jamais, entame le chant (I met my girl by the gas works wall, dreamed a dream by the old canal), on est déjà pris dans les rets de la chanson. Et les autres morceaux de l'album sont du même tonneau (de whisky pur malt) : The Sick Bed Of Cùchulainn, qui ouvre l'album, est fantastique, ainsi que Sally MacLennane, ces deux chansons donnent envie de bouger dans tous les sens en gueulant des yiiiahhh et en levant sa chope de bière ou son verre de sky vers, justement, le sky. Shane McGowan, éternel alcoolo aux dents pourries et au regard fixant un horizon bien mort (il sera hospitalisé après l'enregistrement, sa consommation d'alcool étant tellement violente qu'il en mettait sa vie en danger ; rassurez-vous, il est toujours de ce monde, et avec de nouvelles dents, en plus), toujours pris en photo avec un verre ou une bouteille en main, chante ces chansons de bar, de mer, de tise, avec une passion redoutable. Sa voix de poivrot y est pour beaucoup, son accent aussi (pourtant, son accent serait plus cockney, soit londonien des bas-fonds, qu'irlandais...normal, il est né, le jour de Noël - tu parles d'un cadeau - dans le Kent, en Angleterre, issu d'une famille d'origine irlandaise).

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Shane McGowan

L'album offre 12 titres, dont 11 chansons (Wild Cats Of Kilkenny, morceau immense, est instrumental ; un des meilleurs moments de l'album), et sur ces 11 chansons, une est interprétée non pas par Shane, mais par la future madame Costello, la bassiste Cait O'Riordan : I'm A Man You Don't Meet Every Day. Marrant que la seule chanson chantée par la gonzesse du groupe (qui est excellente en tant que bassiste, et chante super bien) soit une chanson avec la mention de 'man' ('homme') dans le titre !). Une superbe chanson. Tout comme The Gentleman Soldier, sur lequel on entend des bribes d'un air traditionnel entendu notamment dans Barry Lyndon, et sur lequel la batterie sonne comme une mitraillette. Tout comme A Pair Of Brown Eyes, magnifique, ou The Old Main Drag, idem. Et ce morceau de 8,10 minutes considéré par tout le monde, moi y compris, comme le sommet de l'album : And The Band Played Waltzing Matilda. Et là, le silence se fait. Avant que des bonus-tracks ne viennent en rajouter à la magie du truc, bonus-tracks franchement bons (A Pistol For Paddy Garcia, London Girl, Rainy Night In Soho), mais sans cette atmosphère embrumée, alcoolisée, irlandaise, live from the pub que l'album original a de la première à la dernière de ses minutes. Bref, malgré que ces bonus-tracks (au nombre de 6 sur l'édition la plus récente, de 2004) soient bons, mieux vaut arrêter le disque apès And The Band Played Waltzing Matilda, pour savourer encore plus la beauté alcoolisée, enivrante (dans tous les sens du terme) de ce Rum, Sodomy & The Lash intemporel, meilleur album de 1985, et probablement le meilleur album d'un groupe de rock irlandais. Et le meilleur des Pogues. Cultissime. M'en lasserai jamais.

FACE A

The Sick Bed Of Cùchulainn

The Old Main Drag

Wild Cats Of Kilkenny

I'm A Man You Don't Meet Every Day

A Pair Of Brown Eyes

Sally MacLennane

FACE B

Dirty Old Town

Jesse James

Navigator

Billy's Bones

The Gentleman Soldier

And The Band Played Waltzing Matilda

et une version live de 1986 de cette même chanson :