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 Led Zeppelin est grand. Tout le monde le sait. Mais en 1969, c'était vraiment encore plus grand que maintenant. Led Zeppelin a sorti, en janvier 1969, un premier album (éponyme) tout simplement grandiose. Après un tel coup d'éclat, on leur réclame d'urgence un deuxième album...qui sortira la même année, en octobre (le 22), et a été enregistré...entre janvier et août ! Pendant la première tournée américaine du groupe. Dans plusieurs studios : Olympic Studios, Morgan Studios de Londres, Ardent Studios (Memphis), Mystic, Mirror Sound, A&M Studios, Sunset Studios et Quantum Studios (Los Angeles), A&R Studios, Juggy Sound Studios, Mayfair Studios, Groove Studios (New York) et Vancouver. La vache. Le disque, surnommé le "Brown Bomber", est sorti sous une pochette mythique, marron, représentant le groupe, en aviateurs de la Seconde Guerre Mondiale, entourés de vrais aviateurs et d'une actrice, Glynis Johns (un collage). Le groupe a par ailleurs choisi cette actrice pour faire une farce, en quelque sorte, à Glyn Johns, ingénieur du son sur le disque (qui est produit par Jimmy Page, assisté par Eddie Kramer). L'album, 41 minutes pour 9 titres, s'appelle, logiquement, Led Zeppelin II, et est considéré comme un des albums majeurs de l'histoire du rock.

Il l'est.

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Led Zeppelin II est une claque de plus pour Led Zeppelin. La seule chose que l'on peut vraiment reprocher, sans trop de soucis, à l'album est sa production. Elle n'est pas mauvaise, mais on sent vraiment que l'album a été enregistré difficilement, en divers studios, en un temps assez long, par un groupe qui alignait alors ses premiers concerts (testant probablement en live des morceaux qui se retrouveront sur le "Brown Bomber") et, dans ses temps libres, enregistrait, perclus de fatigue. Mais vaillants. On sent que des morceaux ont été enregistrés en plusieurs fois, une bribe par ici, une autre pas là (c'est flagrant pour Heartbreaker : son quintessentiel solo a été enregistré séparément, et avec une guitare différente, que le reste du morceau), et on sent aussi que les conditions d'enregistrement n'étaient pas tout à fait les mêmes à Olympic ou Morgan qu'à A&M ou Juggy Sound, par exemple (tous les studios ne sont pas crédités sur le livret CD, d'ailleurs). Le résultat est net, Led Zeppelin II est une tuerie, mais niveau son, il est un chouia moins parfait que le premier album. Mais je chipote quand même ! Non, vraiment, je chipote, quand je parle du son, de la production : compte tenu de la manière dont le disque a été fait, c'est un exploit qu'il sonne aussi bien. Le seul vrai défaut de l'album, selon moi, c'est Living Loving Maid (She's Just A Woman), une chanson assez basique, sympathique (beau riff, Plant est en forme), mais mineure, la première chanson mineure du groupe. Une chanson sur un sujet de prédilection du rock, les gonzesses faciles, les groupies (Heartbreaker aussi parle de ça), groupies qui, dès 1969, au cours des 'troisièmes mi-temps' du groupe, auront à souffrir, entre partouzes, baignoires remplies de fayots froids, viols par animaux type anguilles ou disposition de morceaux de viande de requin crue dans la chatte (le fameux fait divers rock'n'roll que Zappa transformera en une chanson, The Mud Shark)...Oui, les p'tits gars de Led Zeppelin, comme ceux, plus tard, de Mötley Crüe, savaient se détendre en galante compagnie... Pour en revenir à Living Loving Maid (She's Just A Woman), heureusement, elle est courte (moins de 3 minutes), elle passe vite, et elle est la seule chanson moyenne de l'album ; excusable, donc.

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Ensuite, Bring It On Home est une très bonne chanson, mais placée en final, elle est un peu décevante. En fait, cette chanson n'est pas non plus grandiose, tout en étant meilleur que Living Loving Maid (She's Just A Woman) tout de même. Bring It On Home, c'est une sorte de chanson à deux vitesses : elle commence et se finit par un pastiche blues à la Howlin' Wolf, assez peu réussi, ce pastiche, d'ailleurs : Robert Plant ne convainc pas trop en imitant un vieux bluesman, avec une voix étouffée, rauque, lente... Mais dès que le riff de guitare de Page retentit, le morceau décolle, littéralement, et devient génial. Puis, ça redevient ce pastiche blues, comme au départ, et le morceau se finit en queue de poisson, l'album aussi, d'ailleurs. C'est un peu dommage d'avoir placé cette chanson en final, même si la mélodie qui achève le morceau fait justement penser à une mélodie de fin, une conclusion, un au revoir. Bring It On Home ne rend cependant pas Led Zeppelin II faible, tout comme Living Loving Maid (She's Just A Woman) ; ce n'est pas à ce point. Mais force est de constater que ce deuxième opus contient donc une, voire deux chanson(s) un petit peu moyenne(s). Rien de grave. Car le reste de l'album, la vache !! Que dire face à Whole Lotta Love, qui ouvre les hostilités avec un des riffs les plus majeurs du rock ? Inspiré par un vieux blues de Willie Dixon (You Need Lovin'), qui n'est par ailleurs pas crédité sur la pochette, Whole Lotta Love est une claque de 5,30 minutes qui, dès lors, deviendra invincible, un des morceaux légendaires du groupe (il sortira en single, un des rares singles de Led Zeppelin, qui n'aimera jamais sortir ses chansons de la sorte). Plant en folie (Wayyyyyyy doooooown insiiiiiiiide...Womaaaan, you neeeeeeeed iiiiiit... Looooooooooooooooooooooove...), un blues-rock heavy et sexuel, lourd de sens, avec un passage psychédélique à la Dazed And Confused en plein centre... De la première à la dernière seconde, c'est un classique absolu. Tout comme Heartbreaker, tout aussi bluesy et sexuel, mais plus mainstream, malgré un solo de guitare infernal et grandiose en son centre.

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What Is And What Should Never Be est une magnifique chanson commençant comme une ballade, se finissant en apocalypse heavy rock, une chanson au thème assez douteux, l'amour (physique et platonique) d'un vieil homme pour une jeune femme, probablement mineure, en tout cas, jeune, plus jeune que lui. Le titre de cette chanson est éloquent, 'ce qui est et ne devrait pas être'. Probablement mon morceau préféré de l'album, c'est une pure merveille dotée d'un sublime solo de guitare, trop court et trop peu cité dans les anthologies, mais Jimmy Page y brille encore une fois de mille feux. Citons aussi Ramble On, chanson quasiment acoustique (malgré le refrain électrique) qui est par ailleurs la première chanson du groupe sous influence Tolkien : on y parle de Gollum, du Mordor, entre autres allusions au mythique Seigneur Des Anneaux. D'autres chansons basées plus ou moins sur ce roman culte suivront. Celle-ci est absolument sublime. The Lemon Song est le morceau le plus long ici (6,30 minutes), et aussi le plus bluesy, il aurait pu sans problème se trouver sur le précédent album. Là encore, le groupe a "oublié" de préciser, dans les crédits, que ce morceau est plus qu'un petit peu inspiré par le Killin' Floor de Howlin' Wolf, un grand bluesman. Encore une fois, un blues sexuel et furieux (Squeeze me babe, till the juice ran down my leg), qui permet au groupe de s'éclater comme des bêtes. Le morceau qui suit est une ballade rythmée par l'orgue de John Paul Jones, Thank You. Je me demande si, au final, ça ne serait pas cette chanson, ma préférée de l'album ! Plant y est touchant, le refrain est sublime, le final (solo d'orgue, qui s'en va dans le lointain, puis revient, lentement, dans la coda) est parfait, la chanson, avec son allusion au If 6 Was 9 de Hendrix (c'est pas flagrant : l'allusion au Mountains crumble to the sea), est sensationnelle. Elle achève la face A, mais je l'aurais bien vue en lieu et place de Bring It On Home, en fin d'album ; ça aurait eu de la gueule ! Et puis, je ne peux pas achever de parler de Led Zeppelin II sans parler de Moby Dick. Car ce morceau aussi est légendaire. Unique instrumental de l'album, il est constitué d'un riff tenace de Page, en intro et final (comme le Toad de Cream, sur Wheels Of Fire, 1968), mais le reste, c'est un solo de batterie. Le morceau (remarquable ici, car assez court) dure 4 minutes en tout ; en live, il atteindra jusqu'à trois quarts d'heure parfois (maximum enregistré sur un live officiel, 19 minutes), ce qui le rendra assez chiant par moments ! Bonham, dans un passage, et c'est bien audible, frappe les tambours avec ses poings nus, vous dire la puissance qu'il dégageait...

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Intérieur de pochette

Au final, donc, Led Zeppelin II est une bombe de plus. Certes, une chanson est assez moyenne, et une autre contient un passage assez moyen aussi, qui vient un peu gâcher l'ensemble (du morceau). Mais ce n'est pas grave. Dans l'ensemble, ce deuxième opus de Led Zeppelin, encore plus heavy que le premier, est tout aussi indispensable. Un disque sauvage et beau, 41 minutes infernales, qui achèvent de faire de 1969 l'année Led Zeppelin, et aussi l'année de la mort des Beatles (Led Zeppelin, avec sa musique bien sauvage, a encore plus enfoncé le clou dans le cercueil). Le groupe devient de plus en plus énorme. Le deuxième album se paie le luxe d'avoir une pochette gatefold (qui s'ouvre) et, à l'intérieur, une illustration on ne peut plus mégalomaniaque, un dirigeable survolant un temple à la grecque avec quatre piédestals aux noms des membres, piédestals vides car les demi-dieux de cette Olympe sont bien trop occupés à faire durcir les slips des foules avec leur musique, en concert. Leur album suivant sera une réussite de plus, mais décontenancera aussi bien les fans que les rock-critics, sans parler d'Atlantic, leur maison de disques. Mais pour parler de ce troisième album, ça sera sur un nouvel article, très bientôt !

FACE A

Whole Lotta Love

What Is And What Should Never Be

The Lemon Song

Thank You

FACE B

Heartbreaker

Living Loving Maid (She's Just A Woman)

Ramble On

Moby Dick

Bring It On Home