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Avec cette chronique, j'ai décidé de refaire tous mes articles concernant les albums de Led Zeppelin. Histoire de pouvoir encore mieux parler, avec encore plus de recul, des albums de mon groupe préféré (enfin, un de mes groupes préférés). Histoire, aussi, de les remettre en ligne, car ça faisait longtemps, très longtemps, que ces albums avaient été abordés ici (quasiment dès le début du blog en 2009). Autant commencer par le début, et voici donc le premier album de Led Zeppelin, éponyme et donc sans titre (et, donc, Led Zeppelin), sorti en 1969. Ce disque est un des plus grands premiers albums de l'histoire du rock. Tout simplement. On trouvera rarement (il y en à, cependant) des premiers albums aussi quintessentiels, monumentaux, monstrueux, que celui-ci : le premier de King Crimson, le premier de Roxy Music, le premier des Clash, le premier de Pink Floyd, aussi. D'autres encore, sûrement, mais franchement peu, au final. Et niveau quintessence, le premier cru de Led Zeppelin est en fait bien plus qu'un des meilleurs premiers albums de l'histoire du rock ; en fait, en stricts termes musicaux, il bute. Tout simplement.

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Rappelons le personnel de Led Zeppelin : Robert Plant au chant, Jimmy Page aux guitares, John Paul Jones à la basse et aux claviers, John Bonham à la batterie et aux percussions. Et sur la photo plus haut, de gauche à droite, c'est Bonham, Plant, Page, Jones. Photo datant d'ailleurs de l'époque où le Dirigeable de Plomb sortait ce premier opus. Le nom du groupe aurait été trouvé par le batteur des Who, Keith Moon, qui aurait dit que la musique du groupe était appelée à s'écraser comme un dirigeable de plomb. Moon aurait dit ça à un Page qui, à la base, voulait fonder un supergroupe avec Moon à la batterie, Nicky Hopkins aux claviers, Jeff Beck (des Yardbirds, comme l'a été Page) et lui-même aux guitares, et John Paul Jones à la basse. Page travaillait avec eux tous sur Beck's Bolero, un morceau solo de Jeff Beck. Mis à part Jones, tous refuseront. Page engage alors John Bonham et Robert Plant, et Led Zeppelin est né. Hallélujah ! Page en profitera pour piquer à Beck quelques unes de ses idées guitaristiques qu'il a eues au sein des Yardbirds. Une des plus évidentes donnera Since I've Been Loving You en 1970, mais j'en reparlerai quand sera venu le temps d'aborder Led Zeppelin III. Revenons au premier opus, qui sort en janvier 1969, le 12, après avoir été enregistré, aux studios Olympic de Londres, en octobre 1968, en un temps record : 36 heures (pas d'affilée) ! L'album sort sous une pochette mythique, représentant le dirigeable allemand Hindenburg se crashant à son arrivée à Lakehurst, New Jersey, en 1937, au cours de sa première traversée de l'Atlantique. La pochette serait-elle une allusion caustique de Page à Keith Moon, histoire de lui dire ben tu vois, tête de con, on est bien là, on s'est pas crashés ? Plus que probable !

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L'album aligne 9 titres en 44 minutes, offre généreuse. On y trouve un instrumental acoustique sous forte influence hare krishna/Inde (d'ailleurs, on note la participation, au tablâ (une percussion), de Viram Jasani), Black Mountain Side, et une chanson très pop qui se situe juste avant (et en profite pour ouvrir la face B), Your Time Is Gonna Come, sur laquelle les quatre Led Zep poussent les voix dans le refrain. Les deux morceaux sont reliés entre eux, sans aucune pause, pour l'info. Le reste de l'album est très rock, très heavy, très bluesy, aussi, que ce soit des reprises (pas toujours officiellement créditées aux auteurs originaux, Led Zeppelin aura par la suite des emmerdes juridiques à cause de ça) ou des morceaux écrits par Page et Plant (mais Page seul était crédité pour la majorité des titres, sur le vinyle, car des raisons contractuelles empêchait Plant d'être crédité à l'époque). Led Zeppelin est une bombe très rock, qui catapulte au firmament un tout nouveau genre musical, le hard-rock, alors appelé progressive blues, et crée par des groupes tels que Cream, Blue Cheer, Steppenwolf ou Iron Butterfly. Sans parler d'Hendrix.

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Les oreilles en prennent plein la gueule, sur ce disque qu'il faut remettre dans son contexte : en 1969, c'était quasiment du jamais entendu (depuis, merci, on a eu bien plus violent). Un alignement de pépites totalement maîtrisées, de Good Times, Bad Times et Communication Breakdown (deux courtes chansons bien musclées qui sortiront en face A et B de single) aux feux d'artifices You Shook Me, Dazed And Confused et How Many More Times. Ce dernier morceau, le plus long (8,30 minutes), était incorrectement crédité, sur la pochette originale, à 3,30 minutes. Une idée de Page pour que les radios acceptent de passer ce morceau sur les ondes, car 8,30 minutes, ça fait beaucoup. Mais je ne sais pas si ce morceau est finalement passé souvent, car faux minutage ou pas, le morceau dure bel et bien 8,30 minutes, et les mecs des radios ne sont pas si cons, quand même... How Many More Times est le sommet de l'album. Un riff tueur (le morceau est signé Bonham/Jones/Page/Plant, bref, du groupe), une montée en puissance absolument tétanisante, en plusieurs sous-parties, avec un Plant en forme olympique (Steal away, girl, steal away, little Robert Anthony wants to come and play), et ce final, ce final, ce final, ce final, ce final, ce final, ce final...monstrueux ! En tant que final de l'album, How Many More Times, avec sa cavalcade finale, son Plant en furie (I got you in the sight...of my...guuuuuuuuuuuuuuuun...), son riff survitaminé, son Bonham tétanisant de puissance...bref, ce morceau déchire tout, du slip aux amplis.

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You Shook Me et I Can't Quit You Baby sont deux reprises de standards de blues, tous deux de Willie Dixon, et ce sont des reprises incroyables. Le deuxième est purement bluesy, malgré que le groupe l'ait enregistré avec force et puissance, très rock. Mais c'est quand même très bluesy. You Shook Me, en revanche, 6,30 minutes, est une cavalcade s'achevant par un duel guitare/voix du plus bel effet, c'est à qui, de Plant ou de Page, monte le plus haut dans les aigus. Pas sûr que Page ait gagné, ça se joue aux points, de toute façon. Plant avait vraiment une voix du tonnerre de Zeus en 1969. A partir de 1973, ça commencera à devenir moins puissant, suite à des opérations, cordes vocales usées par l'abus, le trop grand nombre de concerts, etc..., mais en 1968/69, il déchire tout, ce mec. Ecoutez-le sur Babe, I'm Gonna Leave You (crédité à Page et Plant, ce morceau est en réalité une reprise d'une chanson d'Anne Bredon), 6,40 minutes commençant comme une ballade folk acoustique et virant sans crier gare à la furie metal. Monstrueux. Quel morceau, de plus, avec ces ruades de batterie de John Bonham (un des plus grands batteurs au monde)...indescriptible. Tout comme ce futur cheval de bataille qui atteindrait facile les 25 minutes (et plus) en live, et ici long de 6,30 minutes, Dazed And Confused. Un des exemples zeppeliniens de comment pomper Jeff Beck sans le prétendre, par Jimmy Page, par ailleurs. Rendu furieux par ces plagiats et par le fait que l'album cartonne, Beck et son Group partira enregistrer Beck-Ola, un disque bien heavy, dont le succès sera hélas (car c'est une tuerie qui n'a rien à envier à Led Zeppelin) faible. Mais revenons à Dazed And Confused, morceau qui, avec sa partie d'archet de violon joué sur la guitare, avec son rythme psychédélique, hypnotique (ce riff) et son Plant survitaminé, est bel et bien un des morceaux les plus légendaires de la légende du groupe et du hard-rock. Ce n'est cependant pas ce morceau que j'aurais aimé voir durer 27 minutes (ou plus) sur les lives, mais j'en parlerai mieux quand sera venu le temps de parler de The Song Remains The Same.

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Verso de pochette

Led Zeppelin, avec ce premier album dévastateur, réussit vraiment un coup de maître. On trouve vraiment rarement des premiers albums aussi parfaits : aucun mauvais titre (vraiment aucun), aucun titre moyen, que des bombes, une production incroyable, une interprétation époustouflante (se dire que ça a été enregistré en aussi peu de temps laisse pantois, et en dit long sur l'entente du groupe et le niveau des musiciens), et, last but not least, une pochette qui marque les esprits et décrit bien ce que ressent l'auditeur en écoutant l'album pour la première fois : l'impression de se prendre un aéronef sur le coin de la gueule, tout simplement. Un poing dans la face, voilà comment Louis Bertignac décrira l'écoute de l'album, la première écoute plus précisément. Led Zeppelin, avec ce premier album, obtiendra un succès tel que le deuxième album sera exigé très rapidement, et enregistré assez rapidement, pendant une première tournée américaine...dans la même année, en fin d'année. La suite bientôt ici, évidemment. Atlantic, leur maison de disques, se frotte les mains, les albums vont se vendre par millions, tout le monde n'aura plus que deux mots ("Led Zeppelin") à la bouche, le monstre, comme Philippe Manoeuvre l'a dit, est lâché... 42 ans (déjà !) plus tard, ce premier opus reste ce qu'il est, un monument, qui bute. Mais qui bute vraiment.

FACE A

Good Times, Bad Times

Babe, I'm Gonna Leave You

You Shook Me

Dazed And Confused

FACE B

Your Time Is Gonna Come

Black Mountain Side

Communication Breakdown

I Can't Quit You Baby

How Many More Times