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Beaucoup de fans estiment qu'avec ce disque, ça y est, les Stones n'avaient plus rien à dire. Le début de la fin, quelque part. Sous une sublime pochette conçue par le regretté Guy Pellaert (qui, la même année, fera la pochette du Diamond Dogs de Bowie). Sorti en 1974, It's Only Rock'n'Roll n'est pourtant pas un mauvais album des Rolling Stones, ni un mauvais album tout court. Bon, c'est vrai, il n'est pas parfait, il est un peu long (48 minutes), il contient deux titres vraiment pas terribles, mais beaucoup de groupes d'un niveau inférieur aux Stones s'en contenteraient bien, de cet album. Et on y trouve tout de même, accrochez-vous, quatre immenses morceaux du corpus stonien, que je citerai plus bas. Mais It's Only Rock'n'Roll est quand même un album qualifié de secondaire, de mineur, parfois même de raté, et ce, dès sa sortie. C'est le dernier album du groupe avec Mick Taylor (arrivé en 1969 pour remplacer un Brian Jones devenu ingérable et qui, de toute façon, peu de temps après son éviction du groupe qu'il a lui-même co-fondé, finira noyé accidentellement dans sa piscine et en profitera ainsi pour rejoindre le 27 Club), brillant guitariste qui, apparemment, avait pas mal collaboré à l'écriture de plusieurs morceaux de l'album, ce qui n'empêchera pas Jagger et Richards (qui, entre parenthèses, assurent ici leur première production, sous le fameux nom de The Glimmer Twins) de tout créditer à leur deux noms (sauf une chanson, une reprise d'un standard de soul). Taylor aurait très mal pris cette décision (on s'en doute), qu'il aurait apprise dans un pub, en buvant une pinte avec Nick Kent, rock-critic anglais de l'époque, selon la légende.

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Est-ce que ça a contribué à son départ ? Probablement. Mais nombreux sont les fans à se dire que Taylor était trop bon pour les Stones (écoutez son solo sur Time Waits For No One, un des quatre meilleurs morceaux de l'album ; ce solo final, sous influence Santana, est un des meilleurs moments de l'entière carrière des Cailloux qui Roulent, et je pèse mes mots). Le groupe passera le plus clair de 1974/1975 à chercher un nouveau second guitariste, faisant passer des tests en guise de sessions d'enregistrement (selon Keith, Black And Blue, leur album suivant, sorti en 1976, et que je trouve un milliard de fois meilleur que sa réputation, était en fait une gigantesque sessions de recrutement), à Wayne Perkins, Harvey Mandel, Ron Wood, avant de se focaliser sur ce dernier. La stabilité du groupe est assurée, Woody étant toujours avec eux en 2018. L'ego de Keith aussi, Woody est bon, mais franchement pas aussi bon que Keith (et que Mick Taylor) ! Mais retour à It's Only Rock'n'Roll, dont le morceau-titre (It's Only Rock'n'Roll (But I Like It) pour ne pas le citer) a été quasiment offert au groupe par Ron Wood tandis que Jagger lui offrait I Can Feel The Fire, qui se trouve sur le premier opus solo de Wood, I've Got My Own Album To Do, sorti en 1974, et sur lequel une partie des Stones jouent. Un album nettement supérieur à celui des Stones, mais c'est une autre histoire. L'album des Stones n'est pas parfait : Luxury, tentative reggae, est déplorable, et Dance Little Sister énerve tant elle tourne en boucle. On peut aussi qualifier Till The Next Goodbye, ballade obligatoire de l'album, de chanson aussi molle que du beurre laissé sur le balcon en plein mois de juillet à Perpignan. 

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Le reste de l'album (qui fut enregistré à Munich, aux Musicland Studios) est cependant d'un tout autre niveau. If You Can't Rock Me est une ouverture surpuissante avec un Jagger en grande forme, un morceau que l'on prendra toujours autant de plaisir à écouter. Les Stones ont toujours soigné leurs ouvertures d'albums, celle-ci ne déroge pas à la règle, c'est un des quatre sommets de l'album. Le morceau-titre, certes assez caricatural (les paroles), en est un autre, cc'est un classique absolu pour les Cailloux, qu'ils ne cesseront quasiment jamais de jouer live. Time Waits For No One, autre sommet, et pour moi le plus grand des quatre, est une pure merveille de plus de 6 minutes (notons que sur les 10 titres, seuls 4, il me semblent, n'atteignent pas les 4 minutes, les autres les dépassent, parfois allègrement, trois titres faisant plus de 6 minutes), qui se termine sur un solo de guitare angélique, hors du temps, de Mick Taylor, son cadeau de départ pour le groupe (sil avait su à l'avance la trahison de Jagger/Richards sur ses crédits...). Fingerprint File, qui achève le disque, est le dernier des quatre sommets, un morceau aussi long, mais dans un tout autre genre. Un funk-rock musclé, monstrueux, sur lequel Jagger joue la guitare rythmique (le gros riff que l'on entend tout du long), et où Wyman est aux claviers plutôt qu'à la basse (pour la basse, c'est Keith, je crois). Le morceau est trippant, et les paroles, assez lourdes ceci dit, ciblent les services secrets, tout le monde sur écoute, etc, ce genre. Le final me semble être une allusion aux Beatles et à leur Good Night, ce n'est sans doute pas le cas, mais ce sont littéralement les paroles de la chanson (Good night, sleep tight). Et le reste du reste de l'album ? Ain't Too Proud To Beg (reprise des Temptations de Curtis Mayfield) est une bonne reprise, justement, très soul/rock ; Short And Curlies est une incartade country/boogie rigolote et salace, qui ne vole pas haut ceci dit ; et If You Really Want To Be My Friend, longue de 6 minutes, est trop longue, une chanson de white soul à la Bowie de l'année suivante (Young Americans). Sympa, mais anodin, et surtout trop long, le morceau entérine le fait que la face B soit de très loin inférieure à la A (malgré Fingerprint File qui achève monumentalement l'album), faisant donc ce ce disque un album inégal, il est vrai. Mais un mauvais album ? Clairement pas. Si vous voulez du mauvais Stones, attendez 1980, 1983, 1986, trois années redoutables !

FACE A
If You Can't Rock Me
Ain't Too Proud To Beg
It's Only Rock'n'Roll (But I Like It)
Till The Next Goodbye
Time Waits For No One
FACE B
Luxury
Dance Little Sister
If You Really Want To Be My Friend
Short And Curlies
Fingerprint File