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Attention, chef d'oeuvre. Et disque vraiment spécial, aussi. Spécial, car sorti après la mort de Janis Joplin, mais elle n'a jamais semblé aussi vivante, en forme, qu'ici ; paradoxal. Pearl (c'était par ailleurs le surnom de Janis) est produit par Paul A. Rothchild (producteur des Doors, du moins leur cinq premiers albums ; il a en effet été quasiment lourdé par les Doors après avoir affirmé que ce qu'ils faisaient pour L.A. Woman était merdique, et ce dernier opus des Doors avec Jim Morrison sera produit par un autre que lui, la même année que Pearl). C'est un disque court (34 minutes) mais intense à 200%, qui sortira en janvier 1971 (le 11). Janis a enregistré les morceaux entre septembre et le 1er octobre 1970, et elle est morte par overdose le 4 octobre... On parle VRAIMENT des derniers enregistrements de Janis, ici. Laquelle est entourée de musiciens formant le Full Tilt Boogie Band, dernier de ses backing-bands après Big Brother & The Holding Company et le Kozmic Blues Band. Le Full Tilt Boogie Band est constitué de John Till (guitare), Brad Campbell (basse), Clark Pierson (batterie), Richard Bell (piano), Ken Pearson (autres claviers), et Janis tient un peu la guitare aussi.

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Remarquablement bien produit (Rothchild connaisait son boulot), Pearl est un trésor absolu. Que dire face à tel album ? Aucune mauvaise chanson, et je dis bien : aucune. L'album est célèbre, en plus d'être le dernier de Janis Joplin, pour contenir quelques une des chansons les plus essentielles, emblématiques, de la plus fameuse chanteuse rock de son époque : Cry Baby, Me & Bobby McGee (une reprise d'un standard country immortalisé avant elle par Kris Kristofferson, et que Johnny Hallyday reprendra en français en 1975 sur La Terre Promise), Move Over, Get It While You Can... On a aussi deux work-in-progress qui filent le frisson : Mercedez Benz et Buried Alive In The Blues. La première est une courte chanson (1,50 minute) sans aucun accompagnement musical, juste Janis (qui tape du pied au sol pour faire le tempo) qui chante une chanson éminemment bluesy dans laquelle elle implore Dieu de lui payer une Mercedes-Benz (on notera l'absence de trait-d'union dans le titre, alors que la marque automobile en possède un), une TV couleurs et une nuit en ville. Sa voix, sans aucun accompagnement musical, est déchirante, ici. Ce sont les derniers mots qu'elle enregistrera (avec une version personnelle de Happy Birthday pour Lennon, pas sur le disque), en une seule prise, le 1er octobre 1970. Trois jours plus tard...

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Et Buried Alive In The Blues, lui, est tout l'inverse de Mercedes Benz : Janis n'y chante absolument pas ! Et pour cause : le morceau, au titre tragiquement prémonitoire ('Enterrée vivante dans le blues'), a été enregistré d'abord de manière instrumentale, mais Janis n'aura pas le temps de chanter dessus, étant morte avant. Le morceau est resté tel quel, et Rothchild l'a mis sur le disque, ainsi que le Mercedes Benz a cappela, afin de rendre hommage à Janis. Même si tout l'album est un grand hommage à Janis, finalement. Je pense que ça aurait été mieux de placer Buried Alive In The Blues (qui est un très remuant instrumental, par ailleurs, très réussi) en toute fin de disque, plutôt qu'en fin de face A, mais bon, ce n'est pas grave. Le reste de l'album, quant à lui, offre Janis comme jamais on ne l'avait alors entendue. Que les chansons soient enlevées (Move Over, tétanisant en ouverture, Get It While You Can) ou plus calmes (Half Moon, A Woman Left Lonely), sans oublier le grandiose My Baby et le magistral Cry Baby, sur lesquels Janis monte très haut, rien n'est à jeter ici. Pearl montre vraiment Janis à son sommet, le Full Tilt Boogie Band est constitué de très solides musiciens (qui posent à la manière de Janis au dos de pochette, tandis que recto, Janis est seule, sur un fauteuil, un verre de tise à la main, au naturel), la production de Rothchild est remarquable...

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Un grand frisson parcourt l'auditeur durant les 34 minutes de ce disque posthume envoûtant et mythique. Meilleur album de la chanteuse (devant le pourtant immense Cheap Thrills fait avec Big Brother & The Holding Company en 1968), Pearl est un chant d'adieu émouvant et trippant, rempli de chansons qui restent longtemps en mémoire. Que celles et ceux qui ne pensent pas que Janis était une grande chanteuse de blues prennent la peine d'écouter Cry Baby, My Baby ou Half Moon, pour ne citer que ces trois bombes, ainsi que Mercedes Benz, et on verra bien si ces personnes pensent toujours la même chose après. Elles peuvent aussi écouter Kozmic Blues (sur l'album précédent de la chanteuse, I Got Dem Ol' Kozmic Blues Again, Mama !) et sa version de Summertime sur Cheap Thrills, pour continuer d'accumuler les preuves. Pour ma part, c'est prouvé depuis longtemps. Quel putain de disque, bon Dieu !!!

FACE A

Move Over

Cry Baby

A Woman Left Lonely

Half Moon

Buried Alive In The Blues

FACE B

My Baby

Me And Bobby McGee

Mercedes Benz

Trust Me

Get It While You Can