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 Illustration de pochette qui compte parmi les plus ridicules et comiques de l'histoire : un Lou Reed blond peroxydé, sorte de rat de laboratoire nazi*, avec ses shades éternelles, dessiné dans un cadre à la MGM, faisant penser au lion de la fameuse firme, prêt à rugir de toutes ses forces... Visuellement parlant, Sally Can't Dance en jette, dans le mauvais sens du terme. Un des albums qui ne donnent pas envie d'être écoutés, rien qu'à regarder la pochette (au dos, un travelo en train de fumer, dessiné de la même manière, et dont on devine qu'il se reflète dans le verre noir des lunettes de Lou - on ne distingue d'ailleurs absolument pas ce travelo au recto de pochette). De toute façon, Sally Can't Dance, sorti en 1974 entre Rock'n'Roll Animal (live anthologique et bourrin) et Lou Reed Live de 1975(suite de Rock'n'Roll Animal, moins connue mais tout aussi remarquable et provenant du même concert), Sally Can't Dance, donc, n'a pas grand chose pour lui : la pochette est ridicule à un point tel que ça semble assez incroyable qu'on ait laissé une telle illustration en guise de pochette ; la durée de l'album est pour le moins insignifiante (c'est l'album le plus court de Lou avec 32 minutes pour 8 titres) ; les chansons sont encore plus décadentes/trash/cul, drogue que d'ordinaire ; il fait suite à un album monstrueux et grandiose (Berlin)... Mais l'album, contrairement à Berlin qui foirera (dans un premier temps), sera un gros, gros succès. En fait, Sally Can't Dance sera même l'unique album de Lou Reed à se tailler une place dans le Top 10 ! Totalement écoeuré par le succès de l'album, Lou dira, phrase très connue, oh, mais c'est formidable : le pire je suis, le plus haut dans les charts je me place ; si un jour je sors un album sur lequel je ne joue et ne chante pas, il se classerait sans doute N°1 des charts. Oui, Lou a de l'humour ; il qualifiera lui-même, assez rapidement, l'album de cheap and nasty (faible et sale), histoire de dire à tout le monde ce qu'il en pense. Et pour ce qui est de sortir un album sur lequel il ne joue ni ne chante, il le fera en 1975 (Metal Machine Music), mais le succès sera aussi important que le PIB du Bhoutan.

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Album au gros, gros succès, mais très mal-aimé, Sally Can't Dance est un disque, il est vrai, mineur. Ce n'est cependant pas un mauvais album, il est meilleur que Mistrial, Growing Up In Public ou Legendary Hearts, meilleur même que le premier opus solo (éponyme) de Lou et que Rock'n'Roll Heart. Mais, aussi, c'est un disque quand même mineur. D'abord, il est trop court, putain, trop court. Il passe trop vite (ce qui signifie qu'il n'est pas à chier ; quand un disque est à chier, raté à fond, on s'emmerde à l'écouter, et le temps ne passe pas très vite, même si l'album en question n'est pas très long) ; ensuite, oui, il est cheap and nasty, trop facile. Lou n'a jamais chanté avec autant de cynisme, et il livre des chansons pour le moins décadentes, trash, cinglantes, légères ou sombres. On a de vraies merveilles, sur Sally Can't Dance : Kill Your Sons est une charge monstrueuse qui fait allusion aux séances d'électrochocs que Lou a subi, adolescent, sur demande de ses parents, afin de le 'guérir' (comme si c'était une maladie) de ses tendances homosexuelles. Sur ce titre, la guitare de Danny Weiss est mortelle, le chant de Lou, tueur, tuant, sombre, désenchanté, rageur, voix blanche de colère, et froide, froide, froide, comme un cornet de glace au Pôle Nord. N.Y. Stars, avec sa guitare (du même Weiss) tétanisante, est un hard-rock à la Alice Cooper, remarquable et trippant, qui achève à la perfection la première face. La chanson parle notamment des artistes rock qui tentèrent d'impressionner Lou en l'imitant, en faisant du Lou Reed ; impressionné, le Lou ? Il en parle comme des four-rate imitators, assez ironiquement, et ne semble pas avoir eu envie de se relever la nuit en songeant à eux, merci bien.

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Douceur, avec Billy, chanson admirable achevant l'album, et sur laquelle Doug Yule tient la basse (Lou n'est pas rancunier : Yule a fait partie du Velvet de 1969 à la fin, et il a quasiment pris le pouvoir dès 1970 et Loaded, ce qui causera le départ de Lou ; Yule fera même Squeeze, un album solo virtuel, sous le nom du Velvet Underground, en 1973, album jamais édité en CD et considéré comme une pure merde atomique, alors qu'il n'est pas si raté que ça). Billy parle d'un ami d'enfance de Lou, un type normal (plus 'normal' que Lou dans ses ambitions), et est une pure réussite, douce, sobre, élégante (un saxophone sublime de Paul Fleisher). Tout comme le sombre et triste Baby Face. Et le triste et lyrique Ennui, dont les détracteurs pensent que c'est le meilleur terme pour parler de l'album. L'album offre aussi Ride Sally Ride, qui ouvre d'ailleurs le bal avec élégance (sublime piano, choeurs efficaces), et Sally Can't Dance, qui sortira en single (dans une version expurgée d'une ligne parlant de la pauvre Sally se faisant violer), chanson très funky-rock, un peu putassière (comme l'album), mais au final très agréable. A noter que malgré la présence du prénom Sally dans deux titres de chansons, Sally Can't Dance n'est pas un album conceptuel sur les mésaventures d'une fille du nom de Sally. Pour finir, on a une seule mauvaise chanson sur l'album, ce Animal Language par ailleurs la plus courte (3 minutes), chanson très très ridicule me faisant penser à la pochette (car on y entend Lou pousser des cris d'animaux ; mais pas des rugissements de lion, non, plus des miaulements de chat, meooooow, je vous jure que c'est vrai, et que c'est d'un ridicule...), et vraiment basique.

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Sally Can't Dance est un album mineur, donc, mais plus que potable, vraiment appréciable, même. J'ai mis du temps à l'aimer, car, au départ (j'avais fait une ancienne chronique ici, d'ailleurs, celle-ci en est une nouvelle qui la remplace), je n'aimais pas trop ce disque, que je jugeais vraiment médiocre. Au fil des écoutes, il s'est imposé comme un de mes préférés de Lou, un plaisir coupable absolu. Je ne le préfère pas à Berlin, Street Hassle, Transformer ou Coney Island Baby, mais il arrive cinquième dans les albums studio (si je devais placer aussi les deux albums live cités plus haut, il ne serait pas dans ce Top 5), par ordre de préférence. Mais je l'adore, ce 'petit' album, trop court, trop basique, pas parfait (même si seul Animal Language est nul ici), mais très amusant, fendard, cheap and nasty, certes, mais direct, trash, plus évident que le très remarquable mais recherché Berlin. Alors, certes, on est en présence d'un disque basique, simpliste, mineur ; mais c'est tout de même un album très amusant et écoutable. Plaisir coupable, me concernant ! Et puis, hé, venez pas me faire chier avec ça, c'est mon anniversaire, aujourd'hui (ah ah ah) !!

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*L'expression "rat de laboratoire nazi" n'est pas de moi, mais de Nicolas Ungemuth, journaliste à Rock'n'Folk s'occupant des rééditions d'albums. Au moment de la réédition de Sally Can't Dance (une énième réédition...), il qualifiera le look de Lou Reed, en 1974, de cette manière..., ce qui est plutôt bien vu tout en étant aussi outrancier que l'illustration de pochette !

FACE A

Ride Sally Ride

Animal Language

Baby Face

N.Y. Stars

FACE B

Kill Your Sons

Ennui

Sally Can't Dance

Billy