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Nouvel article republié, une totale refonte par ailleurs de la chronique originale. Voici mon album live préféré de Bob Dylan, lequel est assurément un de mes artistes préférés au monde. Voilà, c'est dit. Sorti en 1978 sous la forme d'un double album (ce qu'il est toujours : une cinquantaine de minutes par disque, 11 morceaux par disque aussi), ce live a été enregistré au Nippon Budokan de Tokyo, Japon, le 28 février et le 1er mars 1978. Comme un peu de logique ne fait de bobo à personne, Dylan a connement intitulé ce live At Budokan. Ce n'est pas un titre de live aussi original que Before The Flood ou Hard Rain, mais on s'en contentera, et il a le mérite d'être clair. At Budokan (ou Bob Dylan At Budokan, comme écrit sur les tranches du CD) fait partie des albums ayant reçu, dès sa sortie, les pires critiques possible pour un album de Dylan. Un de ceux qui seront les moins bien accueillis (avec Real LiveShot Of Love, Self Portrait et probablement aussi Knocked Out Loaded). Il faut dire que Dylan n'y a pas été avec le mou de la corde à noeuds, ici : ce live est clairement son plus atypique, ce qui est toujours assez risqué pour un album live. Surtout quand on est en présence d'un artiste aussi bobdylanien que Bob Dylan.

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At Budokan est en effet un album aventureux, Dylan et son groupe (que je décrirai plus bas) offrent ici des versions totalement transformées des classiques du Barde. Si vous cherchez des chansons méconnues, oubliées, un tracklisting étonnant et original (un peu comme ce que Dylan a fait en live l'autre jour à Paris, en double programme avec Mark Knopfler : Dylan n'y a chanté aucun de ses classiques, les néophytes en furent pour leurs frais), passez votre chemin. Le tracklisting de ce double live nippon à la production franchement remarquable (comme tout live enregistré au Japon ; ils sont souvent, très souvent, remarquablement bien enregistrés, voir Made In Japan de Deep Purple ou Lotus de Santana) est sans surprise : si on excepte éventuellement un Is Your Love In Vain ? issu de Street-Legal qui venait de sortir, et qui est donc moins mythique, tout est, ici, du pur classique de toutes (ou presque) les périodes dylaniennes. Dylan les interprète avec un groupe assez talentueux, constitué de Billy Cross (guitare), Alan Pasqua (claviers), Ian Wallace (batterie ; a fait partie de King Crimson), Rob Stoner (basse), Steven Soles (guitare rythmique acoustique), David Mansfield (violon, pedal steel, mandoline, dobro), Steve Douglas (saxophone, flûte), Bobbye Hall (percussions), et trois choristes (Helena Springs, Jo Ann Harris et Debi Dye). Dylan, en plus du chant, tient la guitare rythmique et l'harmonica. Bien que pas forcément très connus, ces musikos sont, franchement, bons.

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Et ils livrent, donc, des versions étonnantes des classiques du Barde. Des versions vraiment étonnantes, je veux dire ! On accusera Dylan d'avoir fait un bordel sonore, un melting-pot invraisemblable, un disque de lounge music digne de la musique de fond, d'ambiance, des casinos de Las Vegas, des cabines d'ascenseur, des salles d'attente... Il est vrai qu'entendre un Love Minus Zero/No Limit aussi pop, avec sa petite flûte, ça fait bizarre, à la première écoute. Idem pour le côté reggae de Don't Think Twice, It's Alright ou de Shelter From The Storm, idem pour ce violon tétanisant sur Maggie's Farm, ou pour ce Ballad Of A Thin Man très soul. Et si certains morceaux semblent plus classiques dans leur interprétation/arrangements (Oh, Sister, One More Cup Of Coffee (Valley Below) ou bien encore Is Your Love In Vain ? et Forever Young), le double live, dans l'ensemble, est de cet acabit, versions totalement revampées des classiques, versions qui ne ressemblent quasiment en rien à celles d'époque ; version Budokan, qui feront sourire ou consterneront les fans. Il y à beaucoup de fans qui chient sur ce double live, estimant ces nouveaux arrangements totalement idiots, sans intérêt, détruisant totalement la magie des morceaux originaux. C'est vrai que Shelter From The Storm, interprété de cette manière (couplets quasiment a capella avec les choristes, chant saccadé à la reggae/ska), ça peut choquer.

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Verso de pochette vinyle

Personnellement, je trouve ces réarrangements très originaux, même si, c'est vrai, ça ne fonctionne pas toujours (Love Minus Zero/No Limit est horripilant de la sorte, et I Want You et All I Really Want To Do ne sont pas terribles non plus avec ces arrangements Budokan). Mais At Budokan offre quand même 100 minutes de folk-rock endiablé, interprété très efficacement (Dylan est en forme, ses musiciens sont vraiment bons, le son est parfait), et si j'ai eu au départ un peu de mal, pardonnant difficilement à Dylan d'avoir transformé ses classiques de la sorte, je m'y suis fait, totalement, et il est devenu, au final, mon grand préféré des albums live du Barde (qui sont, pour certains, remarquables ; Before The Flood, Hard Rain, pas mal des Bootleg Series, notamment les volumes 4 (concert de 1966) et 5 (concert de 1975) ; et pour certains, pourris, comme Real Live, Unplugged ou Dylan & The Dead), devant Hard Rain. Un live que je suis bien content de posséder en vinyle, par ailleurs. Alors, c'est vrai que les réarrangements chatoyants, pop (Mr. Tambourine Man), reggae (Don't Think Twice, It's Alright), soul (I Shall Be Released, Ballad Of A Thin Man), ska (Shelter From The Storm, dans un sens) ou tout simplement rock pur (Maggie's Farm est interprété avec une vitalité surprenante, idem pour It's Alright, Ma (I'm Only Bleeding) et Forever Young), c'est vrai que ces réarrangements sont étonnants et qu'ils décevront probablement à la première écoute (il se peut aussi que vous ne vous y fassiez jamais ; il se peut aussi que vous adorerez ce live dès votre première écoute).

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Mais au final, At Budokan se pose là comme étant le plus original, aventureux, osé, recherché des lives de Dylan, il a vraiment essayé quelques chose (faire du neuf avec du vieux) de nouveau ici, et s'il a essuyé des scuds bien violents dès la sortie de l'album, si le live fait partie, généralement, des albums considérés comme secondaires, voire même à fuir, je peux vous assurer qu'il est nettement meilleur que ce que l'on croit. Oui, c'est surprenant, un peu déstabilisant même au départ, on ne reconnait pas forcément les morceaux que l'on a l'habitude d'entendre dans leurs version studio (Love Minus Zero/No Limit, vraiment décalé). Mais At Budokan offre de grands moments (la plupart sont sur le premier disque) et son originalité, son audace musicale, en font mon live préféré du Barde et probablement, aussi, un de ses meilleurs. Bref, si vous aimez Dylan, honnêtement, il vous faut à tout prix écouter ce double album très injustement décrié. Et fuck les bien-pensants, comme Dylan semble nous le dire sur chaque chanson, et sur la photo de verso de pochette, sur laquelle il nous gratifie d'un regard assez sournois et moqueur. Moi, sur les 100 minutes de ce live, je suis totalement de son côté.

FACE A

Mr Tambourine Man

Shelter From The Storm

Love Minus Zero/No Limit

Ballad Of A Thin Man

Don't Think Twice, It's Alright

FACE B

Maggie's Farm

One More Cup Of Coffee (Valley Below)

Like A Rolling Stone

I Shall Be Released

Is Your Love In Vain ?

Going, Going, Gone

FACE C

Blowin' In The Wind

Just Like A Woman

Oh, Sister

Simple Twist Of Fate

All Along The Watchtower

I Want You

FACE D

All I Really Want To Do

Knockin' On Heaven's Door

It's Alright, Ma (I'm Only Bleeding)

Forever Young

The Times They Are A-Changin'