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 Le 23 juillet dernier, Amy Winehouse rejoignait le très select et trop étendu 27 Club, tous ces artistes décédés à l'âge de 27 ans. Tous ces Jimi Hendrix, Kurt Cobain, Janis Joplin, Jim Morrison, Kristen Pfaff (bassiste de Hole), Brian Jones, Robert Johnson, Al 'The Owl' Wilson (de Canned Heat), Dave Alexander (des Stooges), Ron 'Pigpen' McKernan (du Grateful Dead), Chris Bell (de Big Star), Jean-Michel Basquiat, ou bien encore Richey Edwards (des Manic Street Preachers), disparu en 1995 à l'âge de 27 ans, jamais retrouvé, désormais officiellement mort à cet âge. Amy Winehouse, qui n'a eu le temps de ne sortir que deux albums, Frank en 2003 et ce Back To Black en 2006 (sorti en 2007 en France). J'avais déjà abordé ce disque en 2009, mais la chronique était d'une 'courtitude' (ah ah ah !) telle que je n'en étais absolument pas satisfait. Et puis, la mort d'Amy vaut bien qu'on lui rende (un peu tardivement) hommage ici en republiant une version plus étendue et correcte d'une chronique de cet album, son dernier et son meilleur. Dont acte.

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D'une durée de 32 minutes (je possède l'édition américaine qui ne possède pas le titre Addicted en final, comme l'indique le track-listing en bas ; amusant, c'est en France, dans une boutique tout ce qu'il y à de normal - une FNAC - que j'ai acheté cette version US de l'album ; l'album, sinon, avec 11 titres, dans sa version européenne, fait dans les 35 minutes), Back To Black est un triomphe de la volonté. Frank, le précédent et premier opus de la Amy, n'était pas terrible (enfin, il n'avait rien de particulier, un bon petit disque de soul moderne, rien d'autre). Ce deuxième album, le toujours difficile deuxième album comme on a l'habitude de le dire, est un vrai miracle. Back To Black traumatisera les charts et les ondes FM, ainsi que les chaînes TV de clips, en 2007. Qui déclarera, en 2011, n'avoir jamais entendu Rehab, Back To Black, You Know I'm No Good ou Tears Dry On Their Own est un sacré menteur, ou bien un homme venant de passer les 6 dernières années de sa vie dans une grotte ou dans la jungle, ou bien un enfant en très bas âge mais tout de même capable de répondre correctement à une telle question. Ces quatre chansons, rien qu'elles, sont devenues de vrais monstres sacrés. Rehab, sur les problèmes de came et d'alcool (qui tueront la pauvrette en juillet 2011), ouvre le bal avec élégance et force. They tried to make me go to rehab, and I say no, no, no ('Ils ont voulu que je fasse une cure de désintox, mais j'ai dit non, non, non'). Musicalement, c'est digne du meilleur de la soul des années 60, Motown ou Stax, le meilleur des disques d'Aretha, de Curtis Mayfield, de Marvin, d'Otis, de Donny Hathaway, de Jaaaaaaaames, de Sam Cooke, Solomon Burke... Tout en étant assez moderne. Pas de r'n'b à la con, de la pure soul, mais de 2006. Quelle voix elle avait, putain !!

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Rehab, comme les autres titres, est trop court : 3,35 minutes, et certains titres font moins (32 minutes pour 10 titres, je le rappelle). Le morceau le plus long, Back To Black, ne fait que 4 petites minutes (mais quelles 4 minutes ! Le sommet de l'album, une bombe absolue qui file des frissons, du début à la fin). Dans un sens, l'album est frustrant, car trop court, il passe comme une lettre prioritaire à la Poste. Inutile de le dire, les 32 minutes sont parfaites, aucun mauvais titre (Addicted, le onzième, 2,45 minutes dans laquelle Amy explique qu'elle est encore plus accro à la came qu'au cul, est également une remarquable chanson) à l'horizon. Si on excepte les quatre classiques (et on en rajoute un cinquième, Me & Mr. Jones, ce qui fait la moitié de l'album constituée de hits !), l'album est constitué de pures merveilles qui, toutes, auraient mérité une sortie single et un clip : Just Friends, He Can Only Hold Her, Some Unholy War... Ce Love Is A Losing Game hallucinant qui ouvre la deuxième partie de l'album... Mais c'est vrai que ce sont surtout les hits qui restent en mémoire, ce You Know I'm No Good grandiose qui fut pendant longtemps mon préféré de l'album, devant la chanson-titre et Rehab, oui. Avec ce clip qui sera censuré en Angleterre, et qui montre Amy dans un bar, puis dans un bain à bulles, entourée d'hommes. On aurait aimé que le bain ne soit pas à bulles, ou qu'elle soit sous la douche, mais on se contente de ça.

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Back To Black est un album divin, un des sommets absolus de la musique noire...faite par une petite blanche, de plus. Une diva du troisième millénaire (dixit Rock'n'Folk sur une de leurs couvertures ornées d'Amy), au talent fou, talent qu'elle ravagera, en vraie rock-star malgré sa musique soul, avec ses addictions aux drogues, à la came, ses provocations, ses concerts foirés à cause de ses retards, de son état physique et physiologique atteint par les cames, son anorexie inquiétante, ses frasques... Une vraie rock-star qui a brûlé la chandelle par les deux bouts, il y à même eu, à un moment donné, un site web qui proposait des paris sur combien de temps elle tiendrait encore avant de défunter... d'un goût... Tout ceci a limite fait oublier à quel point ce disque est une tuerie, à quel point elle a tout ravagé quand, en 2006, elle a enregistré cet album, à Londres, avec ses producteurs Mark Ronson et Salaam Remi, à quel point on ne se lassera jamais (à moins d'être totalement hermétique à la soul music) d'écouter ces Rehab, Love Is A Losing Game, Tears Dry On Their Own ou Back To Black, à quel point, avec cet album au succès monstrueux, Amy Winehouse a tout chamboulé et offert un des meilleurs albums, tous genres confondus, de ces 30 dernières années, un des 10 disques de la décennie, et l'album de 2006. Elle a vécu comme une flêche, a sans doute énervé pas mal de monde avec ses frasques, son look totalement destroy (coiffure choucroute, tatouages, anorexie, maquillage outrancier, tenues trash) était aussi bien un coup de génie qu'un reflet de son état de santé... Sa mort semblait inéluctable. Elle a au moins laissé ça derrière elle, Back To Black, et rien que pour ça, merci Amy.

Rehab
You Know I'm No Good
Me & Mr. Jones
Just Friends
Back To Black
Love Is A Losing Game
Tears Dry On Their Own
Wake Up Alone
Some Unholy War
He Can Only Hold Her