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Roxy Music touche son nadir musical absolu en 1980 avec Flesh + Blood. Et pour les ceusses qui ne sauraient pas ce que 'nadir' veut dire, c'est l'exact opposé de 'zénith' (soleil levant), terme généralement utilisé pour parler d'une hausse de qualité inégalée. Le nadir, qui en est l'inverse, signifie donc une baisse de qualité inégalée, bref, le point le plus bas, le soleil couchant, d'une carrière. Indéniablement, Flesh + Blood, sous sa pochette très arty représentant deux lanceuses de javelot très sexy (une pochette bien dans la norme 'roxymusicesque' mais nettement moins belle que les précédentes, Manifesto excepté), est le point faible de la discographie du groupe de Bryan Ferry (chant, claviers). Déjà que le précédent opus, Manifesto (1979), était très inégal et pour tout dire, très moyen... Mais revenons à l'album de 1980. Ca y est, Roxy Music ne sont plus que trois (et le resteront jusqu'à la fin, en 1982/83), le batteur originel Paul Thompson étant parti : Ferry, Phil Manzanera (guitare) et Andy Mackay (saxophone), tous trois membres originaux. Le reste du groupe est ici constitué de musiciens de studio : Allan Schwartzberg, Andy Newmark, Simon Phillips (futur Toto) pour la batterie, Alan Spenner, Gary Tibbs (déjà sur Manifesto) et Neil Jason pour la basse, Neil Hubbard (qui jouera aussi sur l'album suivant et dernier, Avalon) à la guitare, et Paul Carrack (déjà sur Manifesto) aux claviers. L'album est produit par le groupe et Rhett Davies.

Bryan-Ferry

Débutant sur une reprise du standard soul In The Midnight Hour de Wilson Pickett (et offrant une autre reprise, des Byrds celle-ci, Eight Miles High), Flesh + Blood est un disque de pop/rock sophistiquée et glam, bien produit, bien interprété par Ferry et ses petits potes (je parle surtout de Manzanera et Mackay), mais sans aucune âme à sauver. Manifesto, le précédent opus, était déjà assez basique, malgré de bonnes chansons. Celui-ci est encore pire : aucun classique à sauver, rien, le néant. Certes, c'est bien produit (le son est de la pure pop 80's bien léchée, classieuse), Ferry chante superbement bien, comme à son habitude, et Phil Manzanera a par le passé prouvé qu'il était un grand guitariste méconnu. Ici, il ne fait pas honte à cette réputation de bon faiseur. Mais les chansons sont insipides, de Rain Rain Rain à Same Old Scene en passant par la chanson-titre, Oh Yeah et ces deux immondes reprises (celle des Byrds est calamiteuse, celle de Pickett est meilleure, mais le son des instruments sonne encore plus daté sur la chanson que sur le reste du disque, bizarre).

Roxy_Music

Bref, à moins d'être un gros, gros, gros fanatique de Roxy Music, Flesh + Blood n'est absolument pas conseillé. C'est un disque vraiment plat, médiocre, mais qui, malgré cela, sera un succès retentissant, à l'époque même le plus gros succès du groupe. On n'ose imaginer ce que Brian Eno, de son côté (qui produisait alors le Remain In Light des Talking Heads), ancien membre du groupe aprti après le deuxième album, a du penser de ce disque. Par un miracle surprenant et inattendu (mais les miracles, par définition, ne sont jamais attendus), l'album suivant du groupe, Avalon, leur dernier, sorti en 1982, sera une réussite absolue, aussi bien commerciale (leur plus gros succès, plus encore que Flesh + Blood) que critique. Roxy Music, tout en livrant deux albums médiocres en 1979/1980 après quatre ans de silence (avant Manifesto, leur précédent album datait de 1975), a quand même réussi à finir sa carrière en beauté avec un album rattrapant leurs erreurs. Chapeau ! Et raison de plus pour oublier, charitablement mais fermement, Flesh + Blood...

FACE A

In The Midnight Hour

Oh Yeah

Same Old Scene

Flesh And Blood

My Only Love

FACE B

Over You

Eight Miles High

Rain Rain Rain

No Strange Delight

Running Wild