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Commeje l'ai fait dernièrement avec le Out Of Time de R.E.M., j'ai décidé de refaire complètement mon article concernant le Love On The Beat de Serge Gainsbourg. La raison ? J'ai appris à aimer cet album, avec le temps. Avant, ce disque, je ne pouvais pas le piffer, clairement. Trop pop, trop outrancier, rien à voir avec les précédents opus de Serge, un disque putassier, etc... Oui, mais voilà, j'ai réussi à faire la part des choses, et plusieurs écoutes rapprochées de l'album m'ont aidé. La petite histoire qui tourne autour de la genèse de l'album aussi. En 1983, David Bowie sort Let's Dance, album très pop, son premier chez EMI, produit par Nile Rodgers. L'album, certes pas un des meilleurs de Bowie, cartonnera, rapport à la présence de tubes monstrueux, d'une production imparable, de la présence, aussi, de musiciens épatants (Stevie Ray Vaughan, alors inconnu). Serge Gainsbourg et son complice arrangeur Philippe Lerichomme écoutent ça, et direct, partent pour les States, pour rencontrer Nile et lui demander de produire un album de Gainsbourg qui serait dans cet état d'esprit. Nile refusera poliment, mais proposera les services d'un ami, Billy Rush, qui, lui, acceptera le boulot de producteur (co-producteur avec Lerichomme), et aussi de musicien (il tient la guitare, la basse, et les programmations de batterie). Rush propose une équipe de musikos très talentueux à Serge : Stan Harrison (saxo), Larry Fast (claviers, mais Serge en joue aussi), et les Simms Brothers dans les choeurs. Les Simms joueront avec Bowie, Harrison aussi.

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Love On The Beat, sous sa pochette designée par William Klein, représentant Serge en version un peu efféminée, fumant une clope, regard un peu aguicheur, sera un disque à part dans la discographie de Gainsbourg. A l'époque ce sera son album le plus long, avec 37 minutes (You're Under Arrest, qui sortira en 1987, sera le plus long, 39 minutes ; au fait, si vous espérez que je fasse un jour une nouvelle chronique pour You're Under Arrest, dans laquelle je dirai du bien de l'album, vous pouvez aussi bien espérer un bon album de la part de Christophe Maé ; aucun espoir, autrement dit, car You're Under Arrest est bel et bien une merde, lui, rien d'autre à dire). C'est aussi un disque qui sera accueilli très dignement, gros succès, on acclamera Gainsbourg, alors totalement sous l'emprise de son double maléfique Gainsbarre. Bien des années après, on s'étonnera d'un tel succès, estimant, en effet, que l'album est raté. En fait, Love On The Beat a vieilli : ses sonorités, pile poil ce qu'il fallait en 1984, ont pris un coup dans l'aile. Et inutile de dire que si vous me proposez du Gainsbourg des années 60/70, surtout la période 1967/1977, et cet album, je ne choisirai pas cet album. Vu De L'Extérieur, L'Homme A La Tête De Chou, Initials B.B., Jane Birkin - Serge Gainsbourg et évidemment Histoire De Melody Nelson sont supérieurs. De loin.

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Mais ce n'est pas pour ça qu'il faille dénigrer cet album plus longtemps. OK, il y à une chanson, dessus, qui est vraiment terrifiante de nullité, impossible de la défendre, c'est de la pure merde de chacal diarrhéïque. Je parle de Harley David Son Of A Bitch, dont rien que le titre ne donne pas envie d'écouter le morceau. Heureusement, ce morceau est un des plus courts (un petit peu moins de 3 minutes ; Hmm Hmm Hmm est plus court encore, mais de peu), ce qui limite la casse. Mais, franchement, entre les choeurs très pourris (Harley David...son of a bitch !! prononcés comme dans une chanson de générique de dessin animé japonais à la Goldorak/Dragon Ball) et la guitare tronçonneuse imitant un vrombissement de moto, sans parler des paroles très limite sur un loubard, Harle David, qui, après avoir volé la bécane du narrateur (qui lui parle dans la chanson), hésite entre aller faire un tour chez les putes ou chez les homos, entre limer et se faire limer, franchement, c'est d'un ridicule...indigne de Serge Gainsbourg. Allez, j'ose le dire : aucune des 10 chansons de You're Under Arrest (et sur les 10 chansons, il y en à trés précisément 6 de calamiteuses) n'est aussi pourrie et honteuse. Harley David Son Of A Bitch est donc une pure merde. Mais le reste de l'album ?

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En fait, non, l'album n'est pas merdique, excepté une chanson. En revanche, si vous n'aimez pas les chansons parlant de sexe, de cul, de baise, de lime, de calçage, alors inutile d'écouter l'album (ou alors, n'écoutez que Sorry Angel et Hmm Hmm Hmm), car Love On The Beat...ne parle...que...de... ça !! Au point d'en être gênant en société (foutez cet album au cours d'une soirée entre potes ou en famille, ou dans l'autoradio pendant un trajet quand vous n'êtes pas seul, et vous verrez). Rien que la chanson-titre, longue de 8 minutes (mais les crédits la donnent deux fois plus courte, y compris dans le livret de la réédition CD), donne le ton, d'entrée de jeu. Sur fond de musique robotique et funky/électro/rock, à la Kraftwerk fucks Chic, Love On The Beat, qui sera un triomphe, aborde le sexe d'une manière tellement pornographique que John B. Root lui-même en serait choqué. Tout y passe, avec les cris de jouissance et/ou de douleur (en fait, de jouissance ET de douleur) de Bambou, la dernière compagne de Serge, en fond sonore, durant tout le morceau. Et des fois, on n'entend qu'elle (le final) ! Quand Serge se met à chanter, entre deux Love...on the beat des Simms Brothers, c'est pour annônner un texte d'une crudité telle qu'elle en ferait bander le pape pendant la messe. Morceaux de choix : Une décharge de 6000 volts vient de gicler dans le pylône ou bien encore Tu a envie d'une overdose de baise, voilà ; je m'introduis. Et il y en à d'autres, des passages bien crus ! 8 minutes à faire pâlir tous les marquis de Sade. Le sommet de l'album ? Non, mais une très bonne chanson !

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Le thème de l'album, le sexe, se distingue, ici, en plusieurs sous-thèmes : le sexe pur et dur, pornographique, avec la chanson-titre et No Comment, autre chanson très connue qui, sous une mélodie très synthé/jazz (le saxophone de Harrison, excellent), sera un succès et passe encore de temps à autre à la radio ; l'homosexualité avec I'm The Boy, Kiss Me Hardy et Harley David Son Of A Bitch ; l'inceste avec Lemon Incest ; les deux chansons restantes ne parlent, en revanche, pas de cul. Abordons chacun de ses sous-thèmes dans l'ordre. J'ai parlé de la chanson-titre, parlons maintenant de No Comment. Autrefois, j'aimais cette chanson (quand j'étais gosse). Après, je me suis dit que la chanson avait un titre adéquat, vu que je trouvais qu'il n'y avait pas de commentaires à faire à son sujet (traduction : je la trouvais nulle). Je dois dire que niveau texte, c'est pas folichon : Serge y parle de son attrait pour le cul (Obsédé ? Affirmatif ! Sexuel !), se posant des questions courtes et y répondant d'un affirmatif ! très affirmé. Encore une fois, les Simms Brothers livrent des choeurs assez basiques, répétant le titre de la chanson, qui se traîne sur 5 minutes en ouverture de la face B. Oui, No Comment est une des moins bonnes chansons de l'album. Il n'y à qu'une seule chanson pourrie (j'en ai parlé plus haut), mais il y à une ou deux chansons moyennes, et No Comment en fait partie. Autre sous-thème, l'homosexualité. Là, de la pochette de l'album à trois chansons, Serge se lâche. Kiss Me Hardy, chanson assez belle musicalement parlant (des claviers sublimissimes), est une allusion aux derniers mots de l'Amiral Nelson qui, au moment de mourir, aurait dit, à son ordonnance, Kiss me, Hardy !, les deux hommes étant vraisemblablement amants (ça m'a toujours fait penser à cette pique de Churchill sur la Royal Navy, dont les traditions étaient, selon lui, le rhum, la sodomie et le fouet, phrase qui donnera son titre au meilleur album des Pogues en 1985 pour l'anecdote : Rum, Sodomy & The Lash). Niveau paroles, c'est plus subtil que pour Harley David Son Of A Bitch, qui est catastrophique. Mais il reste une chanson dans ce sujet qu'est l'homosexualité : I'm The Boy. Chanson sur un jeune homme gay, chanson sur les fameux backrooms des clubs, I'm The Boy est un des deux sommets de l'album. Pardon, un des trois. Une chanson envoûtante, mélodie synthétique de toute beauté, paroles très efficaces...rien à dire.

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L'inceste, avec Lemon Incest. Chanson qui sera un gros succès, et un terrible scandale. Encore une preuve du sens de la provocation de Gainsbourg, la chanson parle d'un amour incestueux entre une fille et son père, amour qui n'est qu'envisagé, pas consommé, car on entend bien, dans les paroles, L'amour que nous ne ferons jamais ensemble. Sur fond de musique empruntée à Chopin (Gainsbourg a toujours aimé puiser dans la musique classique), la chanson est donc basée sur un sujet douteux, même si elle est, au fond, sage, car on parle d'inceste, mais les deux personnages de la chanson, ce père et sa fille, ne le sont pas pour autant. Le coup de génie : avoir chanté en duo avec sa fille, Charlotte, dont la voix frêle se brise le plus souvent dans les aigus et sur les phrases les plus longues (normal, elle n'était pas habituée à chanter, n'avait que 13 ans à l'époque), accentuant sa fragilité et rendant le morceau assez touchant. Lemon Incest, qui achève l'album, est un morceau mythique, qui rend mal à l'aise. Un morceau qu'on écoute avec gêne, comme si on n'osait pas l'aimer (le sujet, et le fait que ça soit le père et la fille qui chantent). Mais il faut bien reconnaître que ce morceau très impressionnant est une pure merveille dans son genre. Un des trois sommets avec I'm The Boy et Sorry Angel, laquelle est une des deux chansons à ne pas parler de sexe. Là, on parle de suicide, une jeune femme vient de mourir, et le narrateur explique c'est moi qui t'ai suicidée, mon amour, je n'en valais pas la peine, tu sais. Paroles assez étranges, morceau envoûtant. En revanche, les choeurs des Simms Brothers (Sorry, angel, sorry so) ne m'ont jamais plu. Mis à part ça, cette chanson est sublime, et généralement, même les anti-Love On The Beat clament que cette chanson en est le sommet absolu. Ce qui n'est pas le cas de Hmm Hmm Hmm, la chanson la plus courte, et l'autre chanson à ne pas parler de cul. Hmm Hmm Hmm est une chanson que j'aime beaucoup, assez amusante, mais très mineure. Sonorités très pop/new-wave, choeurs assez amusants, on sent que Serge s'est amusé à la faire, mais elle n'en demeure pas moins assez secondaire. Comme No Comment.

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L'album est pop, new-wave, osé, provoc', rempli de chansons salaces qui, à la première écoute, font plus penser à une baisse de niveau, un accès de fainéantise, un foutage de gueule, qu'autre chose. Oui, il faut plusieurs écoutes pour que l'auditeur parvienne à voir en Love On The Beat un album plus recherché qu'il n'y paraît. Parvenir à oublier les trésors passés (ces albums mémorables cités plus haut) pour apprécier cet album putassier et cru est une chose assez difficile, mais une fois qu'on a réussi, on parvient à apprécier pleinement ce disque. Une sorte de plaisir coupable, dans un sens, l'album que l'on aime en essayant de ne pas l'aimer. Un album que l'on finit par écouter en souriant tout du long, l'air de dire sacré Serge, t'as pas pu t'retenir, hein, fallait qu'tu la sorte et qu'tu la montre à tout le monde !, un disque certes un peu secondaire dans sa discographie, certes inégal, certes limité dans ses sujets, certes trop ancré dans son époque, mais quand même un disque qui finit par être attachant. En revanche, j'ai du écouter aussi souvent You're Under Arrest (1987, son dernier album), mais là, rien n'y fait, ça reste nul. Mais Love On The Beat, aussi nul que You're Under Arrest ? Faut pas déconner, quand même ; ceci dit, je comprend qu'on n'aime pas cet album. Avant, je ne l'aimais pas. Mais ça, pour paraphraser une pub pour Krys, c'était avant.

FACE A

Love On The Beat

Sorry Angel

Hmm Hmm Hmm

Kiss Me Hardy

FACE B

No Comment

I'm The Boy

Harley David (Son Of A Bitch)

Lemon Incest