TS1

Attention, claque. Non, mais vraiment. Il y à des albums de punk qui dépotent plus que d'autres, et celui-ci fait incontestablement partie du haut du panier, tout en haut de l'anse du panier, même. C'est le premier album des Saints, un groupe qui, par la suite, connaîtra une carrière des plus respectables (obliquant leur musique vers quelque chose de moins brutal, comme le firent aussi les Damned et les Clash), mais qui, cependant, pour l'éternité, restera essentiellement le groupe d'un hit : (I'm) Stranded, chanson mémorable sortie en début 1977, un des premiers hits du punk. C'est aussi le titre de leur premier album, sorti sous une pochette montrant le groupe posant dans un décor de maison en ruine. Le look peut surprendre : pas de crête multicolore, pas de fringues déchirées et cradoques, pas d'épingles à nourrice, même pas une canette de bière. Mais un des musiciens, le bassiste si je ne m'abuse, est en chemise blanche et cravate noire, costume d'employé de banque (la veste en moins et les lunettes noires en plus), et en plus, il arbore des cheveux longs. Mais un autre membre, le chanteur Chris Bailey, deuxième à partir de la gauche, arbore une chevelure longue bouclée et une veste. On sent que ce sont des punks à voir la pochette, mais c'est surtout le décor et le tag rouge sur le mur qui aident pour ça.

TS2

Originaires d'Australie (Brisbane), les Saints furent un des premiers groupes de punk à vraiment cartonner en Angleterre, à peu près en même temps que les Damned et les Sex Pistols. Deux groupes britanniques (les Clash et Wire, qui démarreront leur carrière en 1977 également, sont aussi de cette nationalité), alors que les Saints, comme je l'ai dit, come from down under (can't you hear, can't you hear the thunder), et ça s'entend dans l'accent de Bailey, un peu nonchalant, un peu redneck sauvage, assez exotique. Les paroles, heureusement gracieusement offertes sur la sous-pochette de l'album vinyle, sont en revanche aussi universelles que celles des chansons des Clash, et à peu près aussi engagées, pour certaines. On y parle de la dèche, de la loose, de mecs qui ne savent pas quoi faire pour tuer le temps et sentent qu'ils ne servent à rien, d'histoires d'amour compliquées. On a même une reprise totalement ravagée du Kissin' Cousins autrefois popularisé par Elvis Presley, et que cette reprise, cet album, date de l'année de la mort d'Elvis n'est très certainement pas une coïncidence. Long de quelques 34 minutes (pour 10 chansons), (I'm) Stranded est une tuerie d'une violence rare, un disque qui vous nettoie les oreilles mieux que du coton-tige. Certains albums de punk de l'époque peuvent aujourd'hui sembler un peu rustiques, légèrement datés. Celui-ci envoie toujours le bois mieux qu'un bûcheron des Vosges.

TS3

Les classiques abondent, No Time, Messin' With The Kid (longue chanson de plus de 5 minutes, presque du progressif comparé à la durée classique d'une chanson punk), Erotic Neurotic aux paroles très très minimalistes (I wanna be your man répété inlassablement), Nights In Venice qui dure elle aussi assez longtemps et permet à l'album de s'achever sur une note de total auto-anéantissement, Wild About You... et surtout, (I'm) Stranded, donc, qui ouvre le bal sur un riff mortel et une charge rythmique totalement dingue. Chris Bailey, avec sa voix de jeune con désoeuvré mais quelque peu ironique, est en méga-super forme, et la chanson, avec son sujet punk classique (l'histoire d'un jeune homme qui ne sait pas quoi faire de sa vie), rejoint avec joie les classiques du genre, ces Career Opportunities (Clash), Pretty Vacant (Sex Pistols) et autres I Wanna Be Sedated (Ramones) et Born To Lose (Heartbreakers de Johnny Thunders). C'est une des meilleures chansons de l'album, lequel est, parfait de bout en bout, un des meilleurs, des tous meilleurs, du genre. Absolument essentiel. Et vive le rock australien, parce qu'entre les Saints, Midnigt Oil, AC/DC et  Wolfmother, putain, on a vraiment de quoi faire !

FACE A

(I'm) Stranded

One Way Street

Wild About You

Messin' With The Kid

Erotic Neurotic

FACE B

No Time

Kissin' Cousins

Story Of Love

Demolition Girl

Nights In Venice