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Si je vous dis hard-rock, vous me répondez quoi ? Oui... Aerosmith ? AC/DC ? OK, quoi d'autre ? Motörhead, Scorpions... D'accord. Korona Infection ? Toi, tu dégages. Vite, avant de contaminer les autres. Qui d'autre ? Ah, Led Zeppelin, bien, on s'améliore. OK, merci, j'en sais assez. Apparemment, le meilleur album du genre vous passe à côté des esgourdes sans que vous ne vous en rendiez compte. 

Personne pour me citer Humble Pie, hein, bande de petits rigolos ? Alors que ce groupe est mythique, tout simplement. Humble Pie, groupe britannique fondé en 1969 par  Steve Marriott après la dissolution de son précédent groupe les Small Faces (qui, de leur côté, finiront en simple Faces, avec Ron Wood à la guitare et Rod Stewart au chant). Marriott, un chanteur extraordinaire que, parait-il, Jimmy Page voulait dans son groupe Led Zeppelin, mais Don Arden, manager des Small Faces, et un des managers les plus violents et controversés de tous les temps, lui aurait promis de lui casser les doigts s'il continuait à essayer de faire venir Marriott dans son groupe, ambiance. Alors il a pris Robert Plant et ne l'a jamais regretté, Plant non plus. Marriott était aussi un excellent guitariste, mais la Tarte Modeste en avait un autre d'encore meilleur : Peter Frampton. Oui, Frampton, le futur auteur du double live Frampton Comes Alive ! de 1976, qui, s'il faut en croire Wayne et Garth, se trouvait offert dans chaque paquet de lessive ou de céréales à une certaine époque, tellement tout le monde l'avait, tellement il était vendu, ce disque. Frampton, qui a aussi commis l'irréparable à trois reprises : il a tourné dans Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band en 1978 (oui; le film, avec les Bee Gees) ; il a participé à la tournée "Glass Spider" de Bowie en 1987 ; et il a joué avec Johnny Hallyday (non, ça, c'est pas une honte, c'est vrai, et puis, Marriott aussi l'a fait).  

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En 1970, le Pie sort son troisième album (et son premier sur le label A&M par ailleurs), un disque qui ne possède pas de nom (Humble Pie, donc) et qui est sorti sous une pochette blanche représentant un dessin de l'artiste britannique décadent du XIXème siècle Aubrey Beardsley. Ce qui fait que les fans le surnomment le Beardsley Album, logique. Ils le surnomment, aussi, des fois, l'Arlésienne, parce qu'il est difficile de mettre la main dessus en glorieux vinyle. J'en témoigne. Et je peux vous dire que le trophée vaut la chasse, bordel de queue. Humble Pie, enregistré aux studios Olympic de Londres et produit par Glyn Johns, est un album qui, à sa sortie, certes, s'est à peu près aussi bien vendu qu'une caisse de whisky à une réunion des AA, mais toute personne l'ayant entendu le confirmera : si on met de côté le quatrième album (sans titre, lui aussi !) de Led Zeppelin sorti l'année suivante, bien peu nombreux sont les albums de hard-rock (disons de progressive blues, à l'époque) à être aussi parfaits. C'est un fait, rien à jeter ici, sur cet album généreux (42 minutes, 8 titres ; le formatage, la durée, du quatrième Led Zeppelin, décidément) et assez varié. On a une ballade countrysante (Only A Roach, interprétée par le batteur du groupe, Jerry Shirley (qui ne tient pas la batterie sur le morceau, c'est un ancien membre de Taste, John Wilson, qui officie)), une autre ballade, interprétée par Frampton (Earth And Water Song) qui est belle à faire pleurer un caillou sculpté en forme d'étoile ; une troisième ballade (Sucking On The Sweet Vine) interprétée par le bassiste, Greg Ridley. 

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Que des ballades, alors ? Bah non. Live With Me, qui ouvre le bal sur presque 8 minutes, est un long hard-blues riche en orgue, sur lequel Marriott fait cracher ses poumons et durcir nos calçifouettes. Inimaginablement tétanisant, il faut juste écouter ça pour comprendre. I'm Ready, reprise de Fats Domino, est du genre explosif, de même que One Eyed Trouser Snake Rhumba ("la rumba du serpent cyclope du pantalon", devinez de quoi ça pourrait bien parler...) et Red Light Mama, Red Hot ! tandis que Theme From Skint (See You Later, Liquidator) aborde, avec un humour quelque peu désespéré, les emmerdes financières du groupe et les magouilles de leur manager, Andrew Loog Oldham, oui, celui des fuckin' Stones. Sur une mélodie country (avant que le morceau ne s'emballe dans son final), Marriott chante We shall overcome tel un bon vieux Pete Seeger. Il sait que son groupe fait un album de malade, il sait aussi que le nouvel album de Liberace se vendra mieux que le sien (et si vous ne savez pas qui est Liberace, restez dans l'ignorance) parce que les gens sont tellement cons... D'ailleurs, combien, ici, parmi vous, connaissent ce disque, et savent à quel point il fait partie des sommets du rock ? Rock'n'Folk, via la Discothèque Idéale de Phil' Man', en parlera comme d'un album parfait. Même Le Chasseur Français en dirait autant s'ils en avaient l'intention. De sa pochette à ses 8 titres en passant par sa production qui n'a pas pris une ride, Humble Pie, cuvée 1970, est une tuerie intersidérante. Tu ne sais pas quoi faire, aujourd'hui ? Déjà, écoutes-ça, ça sera ça de gagné. Une bonne manière de bien finir cette putain d'année. 

FACE A

Live With Me

Only A Roach

One Eyed Trouser Snake Rumba

Earth And Water Song

FACE B

I'm Ready

Theme From Skint (See You Later Liquidator)

Red Light Mama, Red Hot !

Sucking On The Sweet Vine