21

342ème Track-by-track, et pour ce faire, un classique. Sorti en 1973, c'est un des plus grands albums de l'histoire de la chanson française, et un des sommets de Christophe : Les Paradis Perdus. L'album, fait avec la collaboration de Jean-Michel Jarre (auteur des textes), est sorti à la base sous une sublime pochette (ci-dessus) qui, en CD, n'a pas été, malheureusement, reprise (comme les autres albums de Christophe, d'ailleurs). En 30 minutes, l'album aligne quelques chansons mémorables, et a été enregistré avec Dominique Perrier (claviers), Patrice Tison (guitare), Rober Rizzitelli (batterie), Hermès Alési et Bernard Paganotti (basse). Christophe joue de l'harmonica, de la guitare et du synthétiseur, et Perrier arrange les cordes. Ce disque, mythique, tenant un peu du rock progressif et du glam, le voici :

Avec L'Expression De Mes Sentiments Distingués : 1,55 minute assez amusante et étonnante. Originales, aussi : Christophe y expérimente, en quelque sorte, l'art du samplage. Avec L'Expression De Mes Sentiments Distingués est une sorte d'introduction à l'album, pas vraiment un instrumental, mais pas chanté pour autant : on y entend, par bribes, des extraits de certaines chansons de Christophe (des anciennes : Aline, Les Marionnettes...), avec des bidouillages divers en fond sonore. Ca fait un peu Et j'ai crié...criéééé...Moi, je construis... des marionnettes... crié, criééééé... avec de la ficelle...et du papier...Aline, pour qu'elle revienne... Ce genre de choses. Pour ouvrir le bal, c'est amusant et original. Après, est-ce une totale réussite ? C'est difficile à dire, car ce n'est pas vraiment un morceau (d'ailleurs, 'personne' ne l'a écrit, vu que c'est un samplage). Mais c'est original, surtout en 1973 !

Emporte-Moi : 6,15 minutes franchement immenses (sur le live Olympia 74, ce morceau atteindra les 15 minutes, 15 minutes par ailleurs très floydiennes dans l'âme). Emporte-Moi est le premier vrai morceau de l'album, et c'est une claque auditive absolue, un morceau atmosphérique et progressif interprété par un Christophe on ne peut plus touchant et efficace. Sa voix, quand il prononce Emporte-moi loin d'ici, dès le début du morceau, ou bien dans le long final, est à faire frissonner. C'est un des sommets de cet album avec la chanson-titre, un morceau qui, en fait, à lui seul, s'il n'y avait pas Les Paradis Perdus, suffirait à faire de l'album un gros classique. Voyez donc son niveau, impressionnant. Malgré une durée assez imposante, ce morceau est totalement parfait. Immense.

Mama : 2,30 minutes pour Mama. Morceau vraiment réussi, musicalement parfait (les textes de Jarre sont très bons, mais ceux qui pensent que Jarre sera meilleur compositeur qu'auteur ne se trompent pas forcément ; il a eu des fulgurances, comme Emporte-Moi, Les Paradis Perdus, Les Mots Bleus, mais c'est vrai que ce n'est pas le parolier le plus talentueux au monde). Courte, Mama est une belle petite chanson qui peut légèrement décevoir après Emporte-Moi, mais rien de grave, c'est vraiment joli comme tout et très attachant.

Du Pain Et Du Laurier : 3,25 minutes pour ce morceau qui, des chansons de l'album, est la seule à ne pas être signée Jarre (pour les textes) et Christophe (pour la mélodie), mais Christophe (pour les textes) et D. Morrison (pour la mélodie). Du Pain Et Du Laurier est une des chansons les plus connues de l'album, et elle achève la face A avec élégance, même si ce n'est pas la meilleure absolu de ces Paradis Perdus anthologiques. Les paroles sont en effet un peu niaises, poussives, moyennes, on sent bien que Christophe est plus à l'aise pour composer des mélodies que pour écrire des chansons. Enfin, comparé à la chanson suivante, c'est vraiment meilleur. Mais comparé à la majorité des morceaux de l'album, c'est un peu mineur aussi.

Mickey : Ouvrant la face B, Mickey est la moins bonne chanson de l'album. 2,30 minutes assez enlevées, rigolotes, mais, franchement, ridicules, aussi. Les paroles sont terrifiantes dans le genre (Non je n'suis pas Mickey de Walt Disney...), le chant de Christophe est énergique et un peu exagéré, ça fait vraiment con, kitsch, poussif. Le morceau, heureusement, est court (j'aurais préféré qu'il ait la durée de Ferber Endormi, mais bon...), mais n'en demeure pas moins assez insupportable. La transition entre ce Mickey de pacotille, limite honteux sur un tel album et pour un tel artiste, et le morceau suivant, cette transition, donc, est assez incroyable : passer de la pire chanson de l'album à son chef d'oeuvre absolu, il fallait oser le faire, comme Christophe le chantera en 1978 !

Les Paradis Perdus : 7 minutes (à deux secondes près) tout simplement quintessentielles. Que dire ? De l'irruption, quasiment du néant, de la voix de Christophe à ces contrepoints vocaux signés Jarre (oui, il co-interprète ce morceau !), en passant par ce long tunnel sonique de guitare signé Tison, dans la partie instrumentale finale, tout est immense ici. A noter que l'intégralité de ce morceau (je dis bien, l'intégralité, les 7 minutes, ce qui, dans un sens, est rare) se trouve dans le film Quand J'Etais Chanteur, ce qui a relancé ce morceau, lui a redonné une popularité supplémentaire, a fait que plusieurs personnes ne connaissant pas cette chanson l'ont découverte. Paroles fantastiques (quand Christophe chante Dandy un peu maudit, un peu vieilli dans ce luxe qui s'effondre, c'est à frissonner), mélodie imparable, durée idéale, cette chanson est un sommet de rock progressif et de chanson française, et le sommet de Christophe. Culte. Peut-être, un beau jour voudras-tu retrouver avec moi, les paradis perdus...

Intermède (Guitare) : Euh... 53 secondes instrumentales à base de guitare, morceau signé Patrice Tison et qui, franchement, n'apporte rien de plus à l'album. Si ce n'est de lui foutre quasiment une minute en plus. Les Paradis Perdus dure 30 minutes, et il en durerait 29 sans ce morceau. Et, niveau qualité, il n'y aurait aucun changement, en bien ou en mal. Sans intérêt ? Si vous le dîtes...

Le Temps De Vivre : 4,15 minutes pour cette chanson assez réussie, pas un sommet absolu (surtout que n'importe quelle chanson, située après Les Paradis Perdus, semblerait faible ; est-ce, au final, la raison de cet Intermède (Guitare), c'est à dire, faire une pause entre la chanson-titre et la fin de l'album, pour mieux permettre aux auditeurs de la digérer ?). Le Temps De Vivre est une sublime petite chanson, vraiment, qui fut pendant un temps une de mes grandes préférées de l'album (ce n'est plus vraiment le cas, mais je ne me suis pas mis à la détester pour autant). Comme toujours, le chant de Christophe est parfait, fragile, frêle, touchant, inoubliable. Les paroles, parfois un peu naïves (mais rien de grave), sont pas mal. Un très bon morceau, vraiment.

Ferber Endormi : 1,50 minute assez magnifique. Ferber Endormi est un court morceau très atmosphérique (on sentirait presque la patte Jean-Michel Jarre, qui a co-signé ce morceau comme les autres, si Jarre en avait signé la musique ; mais, je le redis une dernière fois, ce sont bel et bien les paroles et non pas la musique que Jarre a signé sur cet album et le suivant, Les Mots Bleus), dont le titre est une allusion au studio Ferber, à Paris, endroit très connu où Christophe a enregistré une grande partie de ses albums, dont celui-ci. Une chanson très douce, quasiment une berceuse, qui achève l'album sur une note sublime. Magnifique.

 Au final, Les Paradis Perdus est un classique, un album remarquable malgré un Mickey assez spécial et pas vraiment réussi (surtout les paroles). On se demande aussi l'intérêt profond ce de court intermède situé après le morceau-titre, tout juste bon à rajouter 50 secondes à l'album. Mais c'est vraiment chipoter que de s'arrêter à ça. Assurément une des pièces maîtresses de Christophe avec Les Mots Bleus (son album suivant, 1974) et Le Beau Bizarre (de 1978), cet album très rock et très zen en même temps, parfois progressif, enregistré avec des musiciens très talentueux (Paganotti, Tison...), est un disque mémorable que tout amateur de chanson française se doit, à tout prix (et en parlant de prix, généralement, les rééditions CD de Christophe ne sont pas vendues cher ; vu qu'elles sont visuellement hideuses, et au vu de leur intérêt musical important, ce n'est pas un mal), d'avoir chez lui. Un classique, vraiment.