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Pour ce 341ème Track-by-track, un album très connu et ultra vendu, sorti en 1972 : Harvest. Sous une pochette assez foirée se cachent 36 minutes essentiellement remarquables, enregistrées par un Neil Young qui ne s'attendait pas à un tel succès (ce qui le gênera quelque peu : ses albums suivants seront assez sombres, pas commerciaux), et enregistrées avec un groupe du nom de Stray Gators, ce qui change de Crazy Horse. Parmi les musiciens, Jack Nitzsche, fameux pianiste et arrangeur. Harvest, avec son lot de classiques à la fois acoustiques et électriques, est un disque mythique, un des best-sellers les plus connus et estimés du rock, un album que tout fan de roc et de folk se doit d'avoir chez soi. Mais ce disque immense est quand même un peu l'arbre qui cache la forêt, et n'est pas le sommet absolu du Loner quand même. Ce disque, le voici :

Out On The Weekend : Une des chansons les plus longues de l'album (4,35 minutes), ce Out On The Weekend admirable, qui ouvre à la perfection Harvest. Une sorte de chanson tenant à la fois du rock, de la folk et de la country, une merveille totale qui aurait été tout aussi magnifique avec trois minutes de plus ou deux minutes de moins. Out On The Weekend est une des réussites de l'album, une chanson parfaite et culte qui à elle seule représente bien le son de Harvest. Parfait.

Harvest : 3 petites minutes et des poussières. La chanson-titre, Harvest donc, est une magnificence auditive totale, le genre de chanson à écouter quand il pleut, le matin, qu'on n'a pas vraiment le moral. Attention, ça ne vous fera pas forcément aller mieux, mais au moins, vous ne vous sentirez plus seul, le Loner aussi se sent morose, tristounet, sur ce morceau admirable et touchant. Une pure splendeur musicale acoustique, folk, avec des paroles tout simplement sensationnelles. On ne s'en lasse pas.

A Man Needs A Maid : Remarquable morceau de 4 minutes qui fut enregistré à Londres, au Barking Town Hall, avec le London Symphonic Orchestra, dirigé par David Meecham et arrangé, sur le disque, par Jack Nizsche. Un autre morceau (There's A World) de l'album a aussi été enregistré au même endroit, avec le même orchestre. A Man Needs A Maid est aussi réussi que l'autre est foiré, et c'est une réussite absolue, ce A Man Needs A Maid, autant le dire ! Un morceau magnifique, touchant, lyrique mais pas trop. Certes, la musique symphonique rend le tout très pompeux, mais le chant du Loner, touchant, est admirable, et ce n'est pas aussi pompeux que There's A World, qui fleure bon la caricature. Paroles admirables, mélodie idem, ce morceau est une splendeur.

Heart Of Gold : Avec Linda Ronstadt et James Taylor dans les choeurs, ce morceau est aussi court (3 minutes) qu'imparable. C'est le tube de Neil Young, de toute sa carrière. Son plus gros tube, sa chanson la plus connue, celle qui va faire de Harvest un triomphe commercial, celle qui va faire de Neil l'artiste majeur de la scène folk-rock. Heart Of Gold emmerdera profondément le Loner, on s'en doute, vu que ce n'est pas vraiment l'artiste le plus commercial qui soit, ce n'est pas trop son truc, les hit-parades, les Top 50, etc... Une sublime chanson de country-folk dont on ne se lasse pas, une pure magnificence auditive qui est probablement une des plus belles chansons des années 70.

Are You Ready For The Country ? : Fin de la face A avec ce Are You Ready For The Country ? interprété avec la participation, dans les choeurs, de David Crosby et Graham Nash. 3,20 minutes assez country, folkeuses aussi, sympathiques mais très mineures. En fait, ce morceau est un des deux moins bons de l'album, et s'il est nettement meilleur que l'autre (There's A World, quelle chiure, mais j'y reviendrai), il n'en demeure pas moins assez énervant à la longue. heureusement, il n'est pas très long... Secondaire, un peu moyen, mais pas nul non plus, ce Are You Ready For The Country ?, donc...

Old Man : Ouvrant la face B, Old Man est une petite merveille interprétée avec, en choeurs additionnels, Linda Ronstadt et James Taylor, à nouveau, après Heart Of Gold. Une belle chanson de folk/country, sur laquelle, encore une fois, l'alchimie entre les voix du Loner, de Ronstadt et de Taylor est parfaite, palpable, remarquable. Old Man est une belle chanson qui, en 3,20 minutes, s'impose même comme une des plus belles de Harvest, rien que ça. On ne se lasse pas de cette chanson nettement meilleure que la précédente et, surtout, que la suivante, qui est...

There's A World : 3 minutes épouvantablement kitschissimes. Enregistré, comme A Man Needs A Maid, au Barking Town Hall de Londres, avec le London Symphony Orchestra dirigé par David Meecham et arrangé par Jack Nitzsche, There's A World est le ratage de Harvest. Comment dire ? C'est épouvantable. Entre le chant empesé de Neil et les paroles niaises au possible, sans parler de l'accompagnement musical (cet orchestre symphonique qui, à grand renforts de clochettes, donne une ambiance 'musique de film Disney des années 50'), tout est sirupeux, ici, kitsch, niais, soupasse. Allez, suffisamment parlé de ce morceau, on passe à autre chose, quelque chose de vraiment bon.

Alabama : Cette chanson et le Southern Man de After The Gold Rush (1970) feront que Lynyrd Skynyrd gueuleront contre le Loner et répondront à ces provocations anti-sudistes par Sweet Home Alabama. Neil Young et les Skynyrds entameront dès lors une petite guéguerre amicale, se répondant par le biais de chansons interposées. Neil fera même une chanson pour Ronnie Van Zant (chanteur des Skynyrds), qu'il ne chantera pas, étant mort dans le crash de 1977 entre temps. Alabama, avec des choeurs additionnels de David Crosby et Stephen Stills, est une des plus grandes chansons de Harvest, et du Loner tout court. Un morceau électrique, férocement rock, avec des parties de guitare mémorables et un chant parfait. Un morceau qui, en 4 minutes, est totalement sensationnel, surtout après un There's A World aussi calamiteux.

The Needle And The Damage Done : 2 minutes tout rond, enregistrées live dans le Royce Hall de l'UCLA (University of California - Los Angeles). Morceau culte, mémorable, grandiose, acoustique, interprété par un Loner en forme, mais avec un bourdon terrible. The Needle And The Damage Done ('l'aiguille et ses ravages') est une complainte dans laquelle Neil parle de la drogue et de ses ravages. Il vient de perdre son ami guitariste de Crazy Horse Danny Whitten, et le roadie du groupe Bruce Berry, morts par overdose. Il est dans un état moral proche de l'Ohio. Il s'en veut. Peu après ce morceau, il enregistrera Tonight's The Night, album sinistre et dépressif qui ne sortira qu'en 1975, et On The Beach, qui sortira en 1974, mais sera fait après. Ce morceau live acoustique de toute beauté, s'achevant dans un tintamarre d'applaudissements qui se fondent littéralement dans le riff d'intro du morceau suivant (qui n'est pas live), est à faire frissonner, pleurer, tellement c'est beau, fort, tellement ça suinte le vécu. Every junkie's like a setting sun...

Words (Between The Lines Of Age) : 6,40 minutes enregistrées avec Stephen Stills et Graham Nash aux choeurs. Words (Between The Lines Of Age) est un des sommets de Harvest, et ce n'est pas parce que c'est, de très loin, le morceau le plus long de l'album que je dis ça (encore une fois, le morceau le plus long cotoie directement le morceau le plus court, comme j'ai déjà eu l'occasion, plusieurs fois, de le dire). Non, vraiment, ce morceau électrique est totalement monstrueux, une envolée guitaristique mémorable (le solo final, long, est dantesque, inoubliable), le meilleur morceau rock de l'album avec Alabama. Pour achever l'album, c'est tout simplement grandiose, on en redemande ! Alors, on remet le disque...

 Pour finir, on peut donc qualifier Harvest de classique absolu, et ce, malgré deux chansons assez moyennes (et même médiocre pour une des deux) et malgré, aussi, le fait que ce disque très commercial cache un peu trop le reste de la discographie de Neil Young, qui aura toujours beaucoup de mal à pleinement apprécier le succès monstrueux de ce disque qu'il trouvera toujours trop gentil et accessible. Selon ses propres termes (c'est d'ailleurs indiqué au dos du CD), l'album a fait mettre Neil Young au milieu de la route (MOR, Middle Of the Road, est par ailleurs un acronyme anglais pour de la musique accessible au plus grand nombre), ce ui ne lui a pas vraiment plu, et il a fait son possible pour, avec ses albums suivants, se mettre dans le fossé (redevenir moins commercial). Album commercial, donc, que ce Harvest, qui est bien souvent le premier album du Loner que l'on se procure (et, des fois, le seul album du Loner que l'on se procure quand on ne veut pas aller plus loin...). Album remarquable, mais la découverte d'albums tels que On The Beach, Zuma, Everybody Knows This Is Nowhere ou Tonight's The Night, pour ce citer qu'eux, prouvera à celles et ceux qui n'ont pas voulu aller plus loin que, définitivement, malgré sa réussite, Harvest n'est pas un sommet absolu pour le Loner. Bref, si cet album est le seul de Neil que vous avez, réparez cette erreur rapidos !