CH1

Il y à des groupes et artistes dont je suis un raide dingue (Beatles, Led Zeppelin, Pink Floyd, Rolling Stones, Bob Dylan (même si je n'ai pas acheté ses deux derniers opus, n'aimant pas ce qu'il fait depuis 2015), David Bowie, Steely Dan, Arcade Fire, Simple Minds) et d'autres que j'aime bien écouter de temps en temps, mais dont je ne suis pas spécialement fan, qui ne vont pas me faire grimper aux rideaux quand on me parle d'eux (ce qui, de plus, arrive relativement peu souvent. Le Grateful Dead en fait partie, Canned Heat aussi. Ce groupe américain de blues-rock (enfin, de rock très bluesy) fondé en 1967 est cependant très mythique. C'est aussi un groupe qui, tout comme Big Star et les Ramones, n'a vraiment pas eu de bol : seuls deux des cinq membres d'origine sont encore vivants à l'heure actuelle. Il s'agit du bassiste Larry 'The Mole' Taylor et du batteur 'Fito' De La Parra, d'origine mexicaine. Les trois autres membres d'origine de la Chaleur en Boîte, morts donc, sont, par ordre de décès, le chanteur/harmoniciste/bottleneckiste/guitariste rythmique Alan 'Blind Owl' Wilson (mort à 27 ans en 1970), le chanteur Bob 'The Bear' Hite (mort dans les années 80) et le guitariste Henry 'Sunflower' Vestine (mort je ne sais plus quand, dans les années 90 je crois). Le groupe a aussi accueilli en son sein, parfois le temps d'un album seulement, des pointures telles que Joel Scott Hill ou Harvey Mandel. Le groupe a aussi joué avec des pointures telles que Little Richard (invité sur un morceau de l'album Historical Figures And Ancient Heads, sur lequel joue Joel Scott Hill) et a même fait un disque entier, et double de plus, avec John Lee Hooker. Excusez du peu. Tous les membres du groupe (et ça inclus aussi pas mal des membres suivants : pour Mandel, c'est 'The Snake', qui sera le titre d'un de ses albums solo, qui est remarquable) avaient un surnom, parfois difficilement explicable, mais dans l'ensemble logique : Hite, avec son allure très imposante, hérite du nom de 'l'ours' ; Wilson, myope comme pas deux, de 'hibou aveugle' ; Taylor, à l'allure assez tassée et velue, de 'la taupe'.

CH2

Le premier album du groupe, éponyme, sort en 1967. Pas mal, mais sans plus. C'est avec le deuxième album, celui-ci, Boogie With Canned Heat, sorti en début d'année 1968, que le groupe va exploser. Plus tard dans l'année, le groupe sortira son troisième album, Living The Blues, double, constitué d'un disque studio (avec notamment un morceau de 20 minutes) et d'un disque live (constitué d'un seul morceau de 41 minutes découpé en deux parties, Refried Boogie), et ce troisième album sera tellement hénaurme qu'il en 'tuera' quasiment le groupe, qui, malgré une prestation ahurissante à Woodstock, ne parviendra quasiment plus à retrouver un tel niveau que celui qu'il avait en 1968. Incontestablement, Boogie With Canned Heat, ce deuxième album, à la pochette bien dans le ton de l'époque (couleurs, formes bizarres, ambiance psychédélique/LSD à donf - Vestine en prenait plus que sa part, au passage), est le chef d'oeuvre incontestable de Canned Heat, 47 minutes (et 10 titres) à tomber par terre. Dont un titre de 11 minutes, Fried Hockey Boogie (dont le Refried Boogie du disque live de Living The Blues n'est autre qu'une version considérablement rallongée et jammesque comme le groupe avait l'habitude d'en faire en live) constitué de divers petits solo des différents membres du groupe, tous annoncés par The Bear entre chaque partie collective. Are you really experienced ?, demande The Bear alors que Vestine fait son très hendrixien et lysergique solo. Don't forget to boogie, nous dit-il en final du morceau (et de l'album). Malgré une durée assez imposante, ce morceau est juste gigantesque et s'écoute avec un plaisir intact. Dire que l'album fête ses 50 ans en 2018...

CH3

L'album offre une ribambelle de grandes chansons, et notamment un sacré putain de hit : On The Road Again, chanté par Wilson et sa voix chevrotante et aigüe (l'album suivant offrira un autre hit chanté par Wilson : Going Up The Country). Ce morceau est si légendaire qu'il en symbolise totalement le groupe, comme Born To Be Wild symbolise Steppenwolf. Wilson chante très bien, mais n'est pas, vocalement, très présent ici : on l'entend aussi sur le bien nommé An Owl Song, laquelle chanson n'est au final pas la meilleure de l'album, et même la moins bonne pour tout dire, mais ce n'est pas nul quand même. Bob Hite chante sur le reste (Marie Laveau est instrumental, et Fried Hockey Boogie, en dehors des interventions vocales de Hite, est globalement instrumental aussi), et sa voix, qu'il est impossible de confondre avec celle de Wilson (Hite est surnommé The Bear rapport à son physique à côté duquel Carlos, le chanteur pas le terroriste, passerait pour un anémique, mais sa voix fait très Baloo en manque de miel et qu'on vient faire chier au mauvais moment de la journée), est présente sur le reste de l'album, notamment un Evil Woman inaugural monumental, un World In A Jug baigné par des giclées de guitare sensationnelles, un Amphetamine Annie qui, vous vous en doutez, parle de drogue, et un Whiskey Headed Woman N°2 qui, comme Hite le dit dans l'intro parlée du morceau, est une allusion au Whiskey Headed Woman de Robert Johnson. Sans oublier le gigantesque My Crime qui parle d'une descente de police contre le groupe, il me semble. Difficile de dire quelle est la meilleure chanson (My Crime, On The Road Again ?). Si on met de côté un An Owl Song un peu ennuyant, le reste est une tuerie totale de boogie/blues-rock, produit à la perfection (l'album a 50 ans, on ne s'en rend quasiment pas compte). Le seul problème est que, comme pour les autres albums du groupe, les versions CD, souvent sur le label cheap BGO Records (à la base, le groupe était sur Liberty, un label qui n'existe plus, je crois), sont minables. Boogie With Canned Heat a même été pendant des années victime d'un transfert CD honteux (morceaux rabotés, son moyen, etc). Bref, privilégiez le bon vieux vinyle, surtout que cette pochette a plus de gueule sous ce format qu'en CD !

FACE A

Evil Woman

My Crime

On The Road Again

World In A Jug

Turpentine Moan

Whiskey Headed Woman N°2

FACE B

Amphetamine Annie

An Owl Song

Marie Laveau

Fried Hockey Boogie