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Pour ce 340ème Track-by-track, un vrai sommet du rock pur et dur, sorti en 1970 : Cosmo's Factory, le cinquième album studio de Creedence Clearwater Revival, groupe mené par le chanteur et guitariste John Fogerty (et sa si particulière voix rauque et narquoise). Le nom de l'album vient du local où le groupe répétait (Cosmo était, si je ne m'abuse, le surnom donné au batteur du groupe, Doug Clifford, celui sur le vélo sur la pochette). Le groupe, mis à part Fogerty (chemise bleue et blanche à carreaux au fond) et Clifford, était aussi constitué du bassiste Stu Cook (le binoclard avachi contre le poteau) et du frangin de John Fogerty, Tom, à la guitare rythmique (qui partira de CCR peu après l'album). L'album, nettement plus long que les précédents (il dure 42 minutes au lieu des 34 minutes habituelles...), est une totale réussite, que voici :

Ramble Tamble : 7,10 minutes tétanisantes pour ouvrir Cosmo's Factory. Riff tenace et ultra efficace pour Ramble Tamble, morceau à tiroirs. Signé John Fogerty, Ramble Tamble commence comme un boogie/blues classique (guitare slide, chant forcené, rythmique précise et efficace) avant de passer, au bout de 2 minutes environ (un peu moins), à une deuxième partie bien différente et absolument grandiose. Que dire, là ? Le riff, répété à l'envi avec plusieurs variantes, est beau à pleurer. Une sorte de gigantesque solo de guitare (cette deuxième partie, qui occupe quasiment tout le reste, car le final fait repartir le morceau comme au départ, cette deuxième partie, donc, est instrumentale), qui fait démarrer l'album sous les meilleurs auspices. Autant le dire, je suis, personnellement, sur le cul à chaque écoute. Tétanisant, monumental. Le sommet de CCR, devant Fortunate Son, Proud Mary, Up Around The Bend et autres grandes chansons.

Before You Accuse Me : 3,25 minutes pour cette remarquable reprise d'une chanson d'Ellas McDaniel, plus connu sous le pseudonyme de Bo Diddley. Before You Accuse Me est une excellence chanson, qui sera reprise par plusieurs artistes ou groupes (sur son MTV Unplugged remarquable, Clapton en fait une interprétation sensationnel). Cette reprise est à la sauce CCR, autrement dit, mouvementée, nerveuse, efficace comme un coup de boule, avec ce petit côté roots qui fait toujours la différence (et pourtant, CCR est un groupe californien, et non pas de bouseux). Encore une fois, le chant de John Fogerty (dont la seule faute de goût résidera toujours dans sa coupe de cheveux au bol et ses chemises de bûcheron canadien...) est remarquable. Bref, c'est du grand art.

Travelin' Band : 2,10 courtes minutes pour ce morceau signé Fogerty. Je précise que c'est un morceau écrit par le leader de CCR, car Travelin' Band sonne vraiment comme un standard rock'n'roll des années 50 et/ou 60. Travelin' Band est une parfaite petite balle, une chanson efficace (de très sympathiques cuivres dans le fond du mix ; on notera d'ailleurs une production un peu moins grandiose pour ce morceau qui sonne plus ancien que le reste) et simpliste, dotée d'un solo de guitare court et réussi, et d'un chant très nerveux et rauque, comme d'habitude. Pas le sommet absolu de l'album, quand même pas, mais c'est du tout bon.

Ooby Dooby : Tout aussi court que Travelin' Band, Ooby Dooby est, lui, une reprise. Et une excellente chanson, par ailleurs, même si c'est une des moins 'immenses' de Cosmo's Factory. A l'écouter, on ne le croirait pas, tant elle assure (guitares en fusion, ambiance parfaite, chant roots). Mais voilà, Ooby Dooby n'est qu'une très bonne chanson, signée Moore et Penner, et si elle assure, elle est quand même moins remarquable que les suivantes. Pas grand chose à dire, si ce n'est que les amateurs de chansons rock'n'roll classique apprécieront cette bonne reprise.

Lookin' Out My Back Door : 2,35 minutes pour cette chanson signée Fogerty, et très roots dans l'âme. Ambiance un peu redneck, country, boogie. Lookin' Out My Back Door est encore une fois une très bonne petite chanson, avec une partie de slide très efficace, un chant très efficace aussi, et plus pépère que d'ordinaire. Une chansonnette très sympa, qui passe sans aucun problème, le genre de chanson qui ne révolutionne pas le genre, mais apporte un peu de fraîcheur et est toujours aussi sympathique après plusieurs écoutes.

Run Through The Jungle : Grandiose. 3 minutes (signées Fogerty) grandioses, qui achevaient la face A. Une chanson très sombre, lente, hypnotique que ce Run Through The Jungle qui compte parmi les sommets absolus, intouchables, de Creedence Clearwater Revival. De son intro avec cette guitare pleine d'effets (et ce riff !) au chant de Fogerty, rauque et quelque peu inquiétant, Run Through The Jungle est une des chansons qui, de par ses sonorités, son ambiance, représentent le mieux cette époque troublée, la fin des 60's, entre guerre du Vietnam, émeutes, problèmes raciaux, drogues dures faisant leur apparition, crise politique...Les mots manquent pour décrire au mieux cette chanson mémorable !

Up Around The Bend : La face B s'ouvrait sur ce morceau mémorable signé Fogerty, court (2,40 minutes) et totalement fantastique. Up Around The Bend possède, autant le dire, un des riffs les plus mémorables, les plus grandioses, de l'histoire du rock. En fait, ce morceau est d'une efficacité telle qu'il est impossible de ne pas aimer. A moins de ne pas aimer le rock, mais dans ce cas, que faites-vous ici ? Du riff au chant, en passant par la rythmique, ce morceau, un des tous meilleurs de Creedence Clearwater Revival, est une bombe absolue, point barre.

My Baby Left Me : Reprise d'une chanson d'Arthur Crudup qui fut immortalisée notamment par Elvis Presley. My Baby Left Me, 2,20 minutes, est encore une fois une très bonne reprise. Ce n'est certes pas le sommet absolu de Cosmo's Factory, ni de Creedence Clearwater Revival, mais cette reprise de My Baby Left Me (qui ressemble étonnamment à une autre chanson de Crudup, That's All Right, que le King a aussi reprise) est quand même du très bon boulot de la part de la bande à John Fogerty, qui, comme à son habitude, chante très bien. Du bon travail.

Who'll Stop The Rain : 2,30 minutes signées Fogerty. Une pure merveille qui compte parmi les sommets absolus de l'album et du groupe. Une petite douceur pleine de mélancolie, de nostalgie, de tristesse. Who'll Stop The Rain est malheureusement trop courte. Que dire, sinon ? Des arpèges de guitare au chant, en passant par les choeurs, tout est fantastique, fabuleux, ici. Beau à pleurer, ce Who'll Stop The Rain légendaire... Comment aimer le rock sans aimer cette chanson, je me le demande...

I Heard It Through The Grapevine : 11 minutes ahurissantes basées sur le standard soul de Marvin Gaye. Cette version de I Heard It Through The Grapevine est en fait une jam fantastique et boogie-rock, bluesy, et pas du tout soul (enfin, pas vraiment), interprétée de main de maître par Creedence Clearwater Revival. Comme pour Ramble Tamble, c'est une jam monumentale et tétanisante, jamais chiante malgré sa durée imposante. Un des sommets de Cosmo's Factory, tout simplement. Désolé d'être aussi court ici, surtout compte tenu de la durée du morceau, mais là, que dire d'autre ?

Long As I Can See The Light : Fogerty à la composition pour cette ultime chanson, longue de 3,30 minutes, franchement remarquable et, comme Who'll Stop The Rain, très calme et douce. Long As I Can See The Light achève à la perfection l'album, même si sa position (située après les 11 remarquables minutes de I Heard It Through The Grapevine) aurait pu la désavantager. Il n'en est rien, et cette ultime chanson est une pure petite merveille qui donne envie de réécouter ce mémorable album de rock, sommet de CCR avec leur précédent opus (Willy And The Poor Boys).

 Alors, au final, que dire sur Cosmo's Factory ? C'est le dernier grand disque de Creedence Clearwater Revival, qui fera par la suite des albums moins marquants (Pendulum, ça va, mais Mardi-Gras, franchement...), et c'est une réussite absolue. Que ce soient les courts titres ou les deux longues jams (c'est Ramble Tamble qui fait que l'album soit si long : supprimez-le et vous aurez une durée identique ou presque aux albums précédents de CCR, pour un nombre de morceaux là aussi identique ou presque), tout est fantastique ici, les classiques abondent, et cet album est définitivement, et avec le précédent (Willy And The Poor Boys de 1969), le sommet du groupe de John Fogerty. Essentiel.