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La pochette de cet album n'est peut-être pas la plus belle de tous les temps, mais je l'ai toujours adorée, je ne sais pas au juste pourquoi : ce design un peu ancien, ce gros cadre noir, la liste (pas dans le bon ordre) des morceaux dans un cadre en bas, le lettrage gothique du titre... Un dirait une affiche à l'ancienne mode, début XXème siècle (disons : années 20/30), avec ce qui, pour l'époque, devait être la super plus énième mode masculine. Au dos, c'est plus formaté : dans le même gros cadre noir, des photos individuelles des différents membres du groupe, sur le bord gauche et le bas, et pour le reste, la liste (dans l'ordre, cette fois-ci) des morceaux et le reste des crédits. Cet album, sorti en 1972, c'est le cinquième album de Mott The Hoople, groupe de rock (à tendance glam pour la période 1971/1975, le groupe original n'a d'ailleurs pas duré plus longtemps que ça à l'époque) britannique mené par le chanteur/ claviériste Ian Hunter. Il s'appelle All The Young Dudes. J'ai cité Ian Hunter, mais les autres membres du groupe sont : Mick Ralphs (guitare, chant), Verden Allen (claviers), Dale 'Buffin' Griffin (batterie) et Pete 'Overend' Watts (basse). Quant au producteur sur l'album, et aussi auteur de la chanson-titre qu'il reprendra en live dès l'époque et jusqu'à sa dernière tournée, c'est bien évidemment David Bowie. En 1972, Bowie, surtout en Angleterre, s'épelle D.I.E.U., pour tout dire. Il réussit tout ce qu'il entreprend : sa production pour Lou Reed (Transformer), Mott The Hoople (ce disque), son propre album The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, trois chefs d'oeuvres de glam-rock qui, aujourd'hui encore, soutiennent les ravages du temps, sonnent aussi grandioses qu'il y à 46 ans (rendez-vous compte, 46 ans !). 

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Verso pochette vinyle

Les chefs d'oeuvres sont éternels, immortels, et All The Young Dudes, 42 minutes et 9 chansons de bonheur, en est un de chef d'oeuvre. L'album a été publié sur le label Columbia/CBS en septembre 1972 (et enregistré entre mai et juin) après que le groupe ait quitté sa précédente maison de disques Island Records (à ce sujet, une polémique sur les copyrights a pas mal couru, on a un temps pensé que l'album avait été enregistré avant que le groupe ne signe sur Columbia et que, donc, juridiquement, le contenu de l'album appartiendrait à Island, mais aucun membre du groupe n'a su, pu ou voulu clarifier les choses à ce sujet). Avant cet album, Mott The Hoople, pas encore glam mais déjà bien rock, avait sorti des albums parfois sympas (Brain Capers, 1971), mais pas cartonneurs pour un sou. De bons faiseurs sur qui Bowie a fait une fixette, voilà ce qu'était ce groupe. Bowie les a transformés en stars glam, direct, avec cet album, et la descente, ensuite, fut rude et difficile (l'album suivant, Mott en 1973, qui suivit en fait un best-of du nom de Rock'n'Roll Queen, et l'album The Hoople en 1974, sont tous deux excellents, mais restent moins connus du grand public que l'album de 1972). On ne peut cependant pas qualifier le groupe de one-hit wonder, car les deux albums que je viens de citer sont au moins aussi bons que All The Young Dudes, mais clairement, Mott The Hoople reste, pour beaucoup de monde, le groupe produit par Bowie le temps d'un album, et dont le plus gros hit est celui que Bowie leur a écrit (en une demi-heure de temps, après que le groupe ait refusé sa première proposition de chanson, Suffragette City, que Bowie fit pour son propre album de 1972) et qu'il chantera en concert sans doute plus souvent qu'eux (ayant fait plus de concerts qu'eux, et ayant très très souvent repris cette chanson en live).

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Considérée comme un hymne gay par certains (dont Lou Reed), All The Young Dudes, avec son riff d'intro sublime, son refrain en choral et ses allusions à la jeunesse pas dorée de l'époque et à T-Rex (groupe de Marc Bolan, ami de Bowie), est clairement une des plus grandes chansons de tous les temps. C'est évidemment une des plus belles chansons de l'album qui lui doit son nom, mais pas la seule. L'album ne contient en fait quasiment que des merveilles. Il s'ouvre sur une reprise du Sweet Jane du Velvet Underground, jouée à la mode dylanienne, décontractée, pépère et à moitié acoustique, on a l'impression que cette chanson a été écrite pour Hunter tant il semble à l'aise en la chantant. Momma's Little Jewel, irrésistible avec son piano et sa guitare, déboule ensuite et les affaires sérieuses commencent. Le refrain est absolument titanesque et cette chanson, probablement ma préférée de l'album se termine brutalement, laissant, sans pause, la place à All The Young Dudes, placée au centre de la face A comme pour en souligner son statut de morceau-phare de l'opus. Sucker est une chanson drôle et bien enlevée, avec saxophones tenus par Bowie lui-même (il a toujours été un excellent saxophoniste), et Jerkin' Crocus, probablement le morceau le moins époustouflant de l'album (mais tout de même un excellent hard-glam-rock) achève en fanfare la face A, avec un refrain quasiment fédérateur. 

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La face B s'ouvrait sur One Of The Boys, morceau très long dans sa version album (6,45 minutes), écourté pour sa sortie en tant que face B de All The Young Dudes. Une chanson tellement géniale qu'elle aurait mérité une face A de single, et qui ouvre à la perfection la seconde face de l'album. On peut juste dire que 6,45 minutes, c'est un peu long, le morceau se traîne en longueur vers la fin, mais rien de grave non plus. Ian Hunter est en forme. Soft Ground, interprétée par l'organiste Verden Allen (qui l'a écrite, par ailleurs), est le morceau le moins immédiatement percutant de l'album. Sons étranges de claviers (faussement dissonants), voix un peu rauque et inhabituelle (rien à voir avec celle de Hunter), le morceau est très réussi, mais il faut plusieurs écoutes pour arriver à l'encaisser. Si cette chronique était ma première sur l'album (ce n'est pas le cas, c'est une réécriture), j'aurais probablement dit que c'est le moins bon des morceaux de l'album, c'est même peut-être ce que j'en disais à l'époque, mais je ne le pense plus. C'est pas le meilleur non plus ! Ensuite, on a un autre morceau écrit et interprété par un autre membre du groupe, le guitariste Mick Ralphs (futur membre du groupe de hard-rock Bad Company, qui reprendra d'ailleurs, sur son premier album de 1974, la chanson) : Ready For Love/After Lights. Là aussi un morceau long de 6,45 minutes, mais là, en revanche, la durée ne se fait pas sentir une seule seconde. Sorte de power-ballad avant l'heure (Bad Company la reprendra très fidèlement, mais sans la deuxième partie du morceau, un instrumental du nom d'After Lights, solo de guitare sublime), cette chanson est une des meilleures de l'album, un régal de hard-rock glam. L'album se termine avec une ballade au piano riche en arrangements de cordes, chanson courte (moins de 3 minutes) interprétée par Ian Hunter qui est ici en total état de grâce : Sea Diver. C'est une splendeur totale qui file des picotements aux yeux, des frissons tout le long du corps. On sent l'influence de Rock'n'Roll Suicide ici. C'est, au même titre que la chanson achevant l'album de Bowie, la conclusion parfaite pour l'album. Un album quasiment parfait, donc, régal de glam-rock parfois énervé, parfois précieux (moins que Transformer de Lou Reed cependant), produit à la perfection par un dieu vivant de son époque et de sa génération. Essentiel, tout simplement ! J'ai limite envie de dire que s'il ne vous faut qu'un disque de Mott The Hoople, c'est celui-là, et ce, malgré la réussite des deux suivants...

FACE A

Sweet Jane

Momma's Little Jewel

All The Young Dudes

Sucker

Jerkin's Crocus

FACE B

One Of The Boys

Soft Ground

Ready For Love/After Lights

Sea Diver