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Pour ce 337ème Track-by-track, un album sorti en 1968, enregistré live au Fillmore West de San Francisco et au Fillmore East de New York. Cet album est le deuxième de Quicksilver Messenger Service, groupe de rock psychédélique, d'acid-rock américain dont le guitariste n'est autre que John Cipollina, un remarquable et hélas méconnu guitar-hero qui fondera par la suite, en 1972, après avoir quitté le groupe, Copperhead (puis Terry & The Pirates, entre autres). L'album s'appelle Happy Trails, et il offre une magnifique pochette western. Les autres membres du groupe sont Greg Elmore (batterie), Gary Duncan (guitare, chant) et David Freiberg (basse, chant). L'album offre une longue version live de Who Do You Love de Bo Diddley en face A, laquelle, en CD, est divisée en six sous-parties, rendant l'écoute à la fois plus facile (le temps passe plus vite avec des morceaux courts qu'avec un long morceau de 25 minutes) et plus chiante (si votre chaîne hi-fi est de celles à faire un silence de quelques centièmes de seconde entre chaque titre, c'est assez usant de subir la coupure brutale entre les parties, et c'est aussi le cas pour l'écoute en MP3). L'album, le voici :

Who Do You Love :

Who Do You Love - Part 1 : 3,30 minutes pour la première partie, qui n'est bien évidemment que le fameux morceau de Bo Diddley. Inutile de dire à quel point Who Do You Love est un classique, un des morceaux les plus légendaires du rock'n'roll des années 50. Avec cette première partie, qui ne fait qu'interpréter le morceau avant des improvisations, on sait d'ores et déjà que les 25 minutes, scindées en six morceaux en CD, seront légendaires, elles aussi. Interprétation époustouflante.

When Do You Love : Le guitariste Gary Duncan est l'auteur de When Do You Love (amusant, les titres des sous-parties qui se basent sur le titre original, en faisant des variations !), deuxième sous-partie, et longue de 5,15 minutes. Que dire ? Probablement la sous-partie la plus remarquable de ce long morceau (en tout cas, une des toutes meilleures), elle permet à Duncan de briller, littéralement, avec sa gratte, et de prouver que si Cipollina était (car il est mort en 1989) un titan de la guitare et le guitar-hero de Quicksilver Messenger Service, Duncan n'était pas manchot du tout. Car c'est lui qui joue ici (vu que c'est lui qui signe ce long et admirable solo) ! 5 admirables minutes.

Where Do You Love : Troisième sous-partie, et la plus longue de toutes (6,05 minutes). Where Do You Love est signée du groupe en totalité. En fait, c'est une sorte de partie d'improvisation pendant laquelle on entend clairement les clameurs du public du Fillmore. Sans doute un peu trop longue (disons qu'il aurait fallu allonger la durée des deux sous-parties suivantes, et réduire un peu celle-là), c'est quand même un très bon moment, pas le meilleur de Who Do You Love version QMS, mais pas de quoi crier au ratage, absolument pas.

How Do You Love : 2,45 minutes pour cette quatrième partie, signée John Cipollina. Trop courte (comme la suivante...), How Do You Love est encore une fois une pure merveille. Un solo de guitare époustouflant, largement différent de celui de Duncan sur When Do You Love. Le son de la guitare est plus aigu, typique de Cipollina (voir, pour celles et ceux qui connaissent ce disque mémorable de 1973, le premier album éponyme de Copperhead), et totalement bluffant. Je ne sais pas trop, au juste, si Cipollina jouait, ici, au feeling, ou si ce solo était écrit, préparé pour être joué au cours de cette version live. Mon amour du rock et de la guitare me donne envie de croire en la première hypothèse, mais c'est si beau, si puissant, que si ça n'a pas été écrit, alors c'est que Cipollina est définitivement un des tout meilleurs, mais vraiment tout meilleurs, guitar-hero de l'histoire du rock. Qu'il ne soit pas plus connu que ça est une injustice majeure.

Which Do You Love : Longue de 1,50 minutes, cette cinquième partie de Who Do You Love, intitulée Which Do You Love, est signée du bassiste David Freiberg. Il s'agit bien entendu d'un solo (court, mais admirable) de basse, la dernière improvisation solo avant le retour du morceau en lui-même. Pas trop longue, franchement excellente, cette cinquième sous-partie ! Pas grand chose à dire, si ce n'est que c'est hélas trop court, plus encore que la précédente partie, mais que c'est vraiment admirable et passionnant.

Who Do You Love - Part 2 : 5,50 minutes qui marquent enfin le retour de Who Do You Love, le morceau de Bo Diddley. Aussi épatant que la première partie, avec une part assez importante à l'improvisation, on sent vraiment une dernière montée en puissance avant la fin de la cavalcade de 25 minutes. Définitivement le sommet de Happy Trails et du groupe, cette interprétation live et fleuve de ce classique de Bo Diddley. Cette sixième et ultime partie n'est pas la meilleure du lot, mais c'est une conclusion ahurissante qui ne donne qu'une seule envie : écouter le reste (face B, donc) de l'album !

Mona : La face B s'ouvrait sur Mona, chanson qui, comme Who Do You Love, est signée Bo Diddley (il y à marqué McDaniel dans les crédits : sachez que le vrai nom de Bo Diddley était Ellas Otha Bates McDaniel). Mona est une chanson largement plus courte que la précédente, mais ça, ça ne sert en fait à rien de le dire, vu que la précédente occupait toute la face A. Enfin, Mona, remarquable reprise qui montre encore une fois l'étendue du talent des Quicksilver Messenger Service et surtout de Cipollina, Mona, donc, dure quand même 7 minutes, ce qui n'est pas rien. Mais ces 7 minutes passent aussi vite que les 3 minutes du morceau suivant. Une reprise admirable qui ouvre à merveille la face B, laquelle est aussi forte que la A.

Maiden Of The Cancer Moon : Excellente (et courte : 3 minutes) chanson pour suivre après un Mona remarquable et avant un Calvary qui le sera encore plus. Maiden Of The Cancer Moon n'est sans doute pas le sommet absolu de Happy Trails, mais, sincèrement, c'est une chanson remarquable, courte (2,50 minutes, en fait), remarquablement bien interprétée, avec, toujours, cette immense alchimie entre les différents membres du groupe, qui étaient tous nés sous des signes zodiacaux régis par la planète Mercure, selon les règles de l'astrologie, et ça explique leur nom (Quicksilver, c'est le nom anglais du mercure, Messenger, car Mercure était le dieu messager). Pour en revenir à la chanson, elle assure, malgré sa courte durée.

Calvary : Comment décrire ça ? Instrumental, ce morceau est totalement dévastateur, démentiel. 13 minutes et des poussières (13,30, en fait) enregistrées par un groupe sulvolté (apparemment, le bassiste aurait ingurgité des acides avant l'interprétation, s'assurant une forme épatante). Calvary est une prouesse à peine moins marquante que les 25 minutes de Who Do You Love. Le deuxième sommet de l'album, et une improvisation à la fois bluesy et psychédélique, totalement acid-rock, qui achève de faire de cet album un joyau absolu du genre. La guitare de John Cipollina, mon Dieu, ces envolées guitaristiques, cette tension qui plane tout du long... Calvary, c'est pas un calvaire, c'est tout le contraire ! Grandiose et, en fait, indescriptible.

Happy Trails : La chanson de Roy Rogers, acteur de westerns des années 40/50 (Yippy-Kaï !!), morceau western très court qui offre son titre à l'album et a été enregistré en studio. Happy Trails sert de conclusion à l'album, et est un très bon petit morceau, crédité à 45 secondes sur le CD, mais durant, en fait, un peu plus d'une minute. Impossible de ne pas penser à ce cowboy s'éloignant de sa maison et de sa famille, dans le soleil couchatn, en agitant son stetson, quand on écoute ce morceau au rythme pataud comme un cheval au pas (on entend le clop cataclop du cheval en percussions !). Très sympa, cette reprise d'un morceau de Dale Evans.

 Happy Trails est, au final, un remarquable album live de rock psychédélique, et le meilleur opus de Quicksilver Messenger Service. Musiciens en grande forme, et notamment Cipollina, interprétation de folie, surtout le long Who Do You Love de la face A qui constitue à lui seul le pinacle de la carrière du groupe, morceaux légendaires, production franchement excellente pour l'époque, durée idéale (50 minutes), cet album est un indispensable absolu pour toute discothèque rock qui se respecte (et ça se respecte) ! Mythique, quoi !