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Courtney Love fait partie des célébrités les plus haïes du rock avec Yoko Ono. Les deux, pour les mêmes raisons : elles ont fait main basse sur un fameux rockeur, se l'ont accaparé, l'ont épousé (pour les fans du sexe féminin, ce fut, à chaque fois, une belle raison de les traiter de salopes), et à chaque fois, ça a mal tourné : Lennon a arrêté la musique pendant 5 ans (il pensait plus) pour devenir un homme au foyer, et à peine revenu aux affaires, v'là-t-y pas qu'on l'assassine, ah non, quand même, c'est un peu excessif. Quant à Cobain, on sait tous qu'il s'est suicidé en 1994, mais bon, même si le mariage avec Courtney n'était peut-être pas le plus beau mariage de tous les temps, elle n'est pas responsable, il n'a jamais été très bien dans sa tête, le mecton. Torturé, dépressif, nihiliste... Mais bon, elle s'en est quand même pris plein la gueule. En plus, c'est une musicienne aussi. Je ne me rappelle plus trop (je n'avais que 12 ans à l'époque !) comment fut accueilli cet album de Hole, son groupe à elle, mais je sais qu'il fait désormais partie des classiques du rock 90's, et je pense que c'est justice. Live Through This, deuxième album du groupe, a été enregistré en octobre 1993. Kurt Cobain pose des voix de choeurs sur deux titres et a sans doute, officieusement, aidé à la production, officiellement signée Paul Q. Kolderie et Sean Slade. Le disque est sorti sur le label Geffen Records (sur lequel Nirvana avait été signé). 

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Une semaine pile poil avant la sortie de l'album, Kurt Cobain se tire une balle, on est le 5 avril 1994. Le 12, Live Through This sort. Le titre est issu du film (et peut-être aussi du roman initial) Autant En Emporte Le Vent, et on le traduira par "survivre à ça". On comprend aisément ce qu'est le "ça". Je ne sais pas si le titre de l'album était prévu de longue date ou s'il a été choisi in extremis en une semaine de battement entre le drame de la mort du mari (et père de leur enfant) de Courtney et la sortie de l'album, mais si jamais il était prévu de longue date, putain, on peut parler d'une sale coïncidence. Trop beau pour être vrai. Et pourtant, le titre apparaît dans les paroles de Asking For It (un des deux titres sur lesquels Kurt est audible dans les choeurs). Donc je serais tenté d'y croire. Peu importe, Live Through This est un des meilleurs albums de grunge, meilleur que n'importe quel album de Nirvana (t'inquiète, j'assume), mais en même temps, j'ai déjà eu l'occasion de dire que je n'aime pas trop Nirvana, même si In Utero et le live acoustique sont excellents. Sans oublier les meilleurs morceaux de Nevermind. Mais Live Through This est une claque totale. Courtney, t'en penses ce que tu veux, mais elle livre ici des chansons à tomber. Dépressives, frénétiques ou calmes, parfois les deux en même temps. Il n'est pas rare ici d'avoir affaire à une chanson qui démarre calmement pour virer à la pure explosion de rage (Doll Parts, Violet, Softer, Softest). Violet, notamment, dont les paroles pourraient servir de manifeste pour Ni Putes Ni Soumises ou #metoo. Tu dois apprendre quand il faut se casser, tu dois apprendre comment dire NON […]Ils prennent ce qu'ils veulent, et ils n'en veulent plus du tout ensuite...

H3

Proposant une efficace reprise du Credit In The Straight World des Young Marble Giants (est-ce Kurty qui a fait découvrir ce groupe de new-wave minimaliste des années 80, auteurs d'un seul album, à Courtney ? Si c'est le cas, il a bien fait), l'album aligne les bombes. Plump est une furie absolue (les guitares, les cris de rage de Courtney, sur ce morceau qui parle d'une femme enceinte...), Miss World est réjouissante, la voix sur Doll Parts (les I aaaaam languissants, qui transpirent le mal-être absolu) qui file des frissons, Rock Star (en fait, Olympia, le morceau est mal crédité) qui démarre par deux faux départs amusants avant de virer au rock stoogien sur lequel Courtney s'explose la voix... A côté, Jennifer's Body, Asking For It (malgré, pour ce dernier, un final destroy) sont plus 'calmes'. Au final, un seul morceau ici me semble un peu secondaire, I Think That I Would Die. Ou Gutless. Un de ces deux morceaux, qui se suivent sur l'album, dans sa fin. L'album, court (38 minutes), est une tuerie, vraiment. Sorti après un drame personnel, il en connaîtra un autre : deux mois plus tard, la bassiste du groupe, Kristen Pfaff (en bas à droite sur l'illustration ci-dessus) décèdera, d'overdose d'héroïne, 27 ans. Le groupe engagera Melissa Auf Der Maur, musicienne canadienne, pour la remplacer (au fait, les autres membres de Hole, ici, sont Patty Schemel à la batterie et Eric Erlandson, seul mec du groupe, à la guitare, Courtney en joue aussi, la rythmique). Mais aucun des albums suivants (très peu, le groupe n'en fera en effet que quatre) n'arrive à la cheville de ce deuxième album magistral. 

FACE A

Violet

Miss World

Plump

Asking For It

Jennifer's Body

Doll Parts

FACE B

Credits In The Straight World

Softer, Softest

She Walks On Me

I Think That I Would Die

Gutless

Rock Star/Olympia