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Je sens que cette chronique n'affolera pas les masses, mais je pense que ceux qui seront intéressés par cet album n'auront qu'une envie : foncer et l'écouter. Personnellement, je ne l'ai pas en CD, cet album. Mais j'ai le vinyle, d'époque, pressage hors-commerce réservé à la presse (il y à une marque gaufrée incolore en haut à gauche de la pochette), et je me souviens encore de la veine que j'ai eue de le choper, ce vinyle (car, vous vous en doutez bien, il n'a pas été réédité en vinyle pendant des années - c'est désormais le cas depuis 2017, et même chose pour le CD, ouf -, et un pressage d'époque est difficile à trouver, aussi, et pour cher, souvent, de même qu'une antique édition CD de 1992 est difficile à trouver, heureusement que l'album a été réédité même s'ils ont mis le temps, ces sacrés salopards). Je l'ai acheté 10 balles, le vinyle. Avant 2017, bien avant. Le mec qui me l'avait acheté, sur le Net, n'y connaissait absolument rien, et je ne me suis pas empressé de le renseigner sur la rareté de ce disque. Et comme qui dit 'rare' dit 'cher'...Un peu malhonnête ? Peut-être, mais fallait pas me tenter avec un prix de vente aussi bas ! J'aurais été prêt à dépenser 6 fois plus sans marchander, personnellement. Comme en plus le disque était dans un état impeccable, ça allait pile-poil. C'est clairement un des joyaux de ma collection, laquelle devient de plus en plus impressionnante au fil du temps, sans chercher à me vanter. 

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Mais de quel disque je parle ? Du premier et unique (si on met de côté un EP de dubs de certains des morceaux de l'album, EP proposé à la suite de l'album sur l'ancienne et, il me semble, la récente édition CD) album de Basement 5, un groupe britannique des plus cultes. Cet album, sorti en 1980, s'appelle 1965 - 1980 et avant que vous ne vous posiez la question (à moins que vous n'attendiez cette précision de ma part), non, ce n'est pas une compilation renfermant le meilleur de ce que le groupe aurait fait entre 1965 et 1980. Vu que le groupe a été fondé en 1978, ah ah ah. Pourquoi ce titre, je ne sais pas trop. Mais Basement 5 est, sinon, un groupe que l'on qualifiera de punk/reggae/dub, un truc assez ahurissant qui, à la base, a été fondé par Don Letts, un musicien et DJ britannique d'origine jamaïcaine. Un an plus tard, il est remplacé par le photographe (lui aussi d'origine jamaïcaine) Dennis Morris, un des photographes officiels aussi bien pour les Sex Pistols (puis Public Image Limited, le second groupe de John Lydon, ex-chanteur des Pistols) que Bob Marley & The Wailers. Au sujet de Public Image Limited (ou PiL), Basement 5 a fait ses premiers concerts en première partie de PiL, justement. Le groupe enregistre son premier opus, son seul opus en fait, en 1980, sous la houlette de Martin Zero Hannett (Joy Division, plus tard Happy Mondays), qui parlera par la suite de cet album comme de sa meilleure production, parce que la plus difficile à réaliser, un boulot tellement éreintant qu'il en était presque physique, un disque qu'il faut écouter à fort volume pour bien l'apprécier (je confirme). Le groupe est constitué de Richard Dudanski (batterie, qui en fait, ne joue pas sur le disque du tout), Humphrey "J.R." Murray (guitare), Morris au chant, et Leo "E.Z. Kill" Williams (basse). 

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Le contenant ? Une pochette blanche montrant le logo du groupe, crée par Morris, inspiré certainement par un fameux jeu pour enfants de l'époque. Au verso, le groupe, posant en blanc, avec des lunettes de ski. Le batteur, sur le disque, n'est pas Dudanski, mais un certain Charley Charles, lequel n'est pas crédité officiellement. Un certain Anthony "T" Thompson, partira le premier jour des sessions pour ne pas revenir, et il se trouve, sur la pochette, sous le bandeau vertical des crédits, apparemment, à moins que ça ne soit Dudanski, officiellement crédité. Un bordel ? Oui. Musicalement, aussi : cet album, une chargé viscérale contre la situation un peu chiatique de l'Angleterre de l'époque (sous gouvernance de Thatcher depuis 1979, elle en fera baver au peuple), ne ressemble à rien d'autre. Sa production un peu écrasée (le style Spector du XXXXXème siècle de Hannett...) sert à merveille les 9 morceaux, engagés, violents, féroces, brutaux. Riot, qui parle d'une émeute en cours dans les rues de Londres (et c'est pas une émeute raciale, quel soulagement, chante Morris), Immigration (You fucked up many lives), Omega Man (sur l'Apocalypse nucléaire ; ce morceau est idéalement situé en final, parce qu'après une telle Apocalypse, il ne peut plus rien avoir), Last White Christmas (mémorable...), Union Games ("les jeux du syndicat")... Aucun répit, nulle part, sur ce 1965 - 1980 infernal et monumental, disque unique d'un groupe quasiment mort-né, un des joyaux post-punk, un des albums les plus incroyables du mouvement, sorte de Public Image Limited en version un peu reggae/dub. Rare (moins depuis la réédition 2017, mais ça ne s'est pas vendu en masse, aussi bien à l'époque qu'au moment de ses quelques rééditions, c'est le moins que l'on puisse dire...), méconnu (pour les raisons que je viens de donner), cet album, ce groupe, sont à conseiller ultra fortement aux amateurs de rock un peu taré et viscéral. Certains jours, j'ai des envies de distribuer cet album dans les rues, et d'autres, de le garder pour moi, en secret partagé par, au final, relativement peu de monde. Même si Rock'n'Folk, via la fameuse rubrique de son ancien rédac'chef Manoeuvre, l'incluera dans la Discothèque Idéale de ce dernier (tome 2). 

FACE A

Riot

No Ball Games

Hard Work

Immigration

FACE B

Last White Christmas

Heavy Traffic

Union Games

Too Soon

Omega Man