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Pour ce nouveau et 326ème Track-by-track, un des premiers albums les plus connus, estimés, célébrés, cultes de tous les temps : le premier album, éponyme, des Doors, sorti en 1967. The Doors, quoi. Le groupe de Jim Morrison (chant), Ray Manzarek (claviers, basse occasionnelle), Robbie Krieger (guitare) et John Densmore (batterie) livre un disque que la majorité des fans des Doors estiment être le meilleur du groupe (et un des plus grands albums de l'histoire du rock). En fait, The Doors est un excellent album, long (44 minutes, là où les autres albums du groupe, L.A. Woman excepté - avec 48 minutes - feront entre 33 et 37 minutes), rempli de classiques, mais si on s'amuserait à le comparer avec L.A. Woman (1971, le dernier avec Jim) ou leur album suivant (Strange Days, même année que le premier album), on se rendrait compte qu'il est moins parfait. Mais ce premeir album n'en demeure pas moins mythique et essentiel pour tout fan de rock et du groupe, et même si ce n'est pas leur sommet, il n'est certainement pas mauvais. Le voici :

Break On Through (To The Other Side) : Chanson totalement imparable pour ouvrir le bal, et ce, malgré une durée rikiki qui frustre (2,25 minutes) et des paroles vachement space (on se souviendra longtemps de ce You know the day destroys the night, and night divides the day qui ouvre la chanson et, donc, l'album !). Mis à part ça, Break On Through (To The Other Side) ('Fraye-toi un passage (vers l'autre côté)' en français) est une chanson immense, gigantesque, puissante, et pour tout dire, une des toutes meilleures du groupe, et pas seulement de leur premier album. Jim Morrison est en grande forme, son chant hurlé dans le final est tout simplement grandiose, bluffant. Musicalement, le morceau est également totalement réussi de ce côté, c'est une chanson certes courte, mais imparable, magnifique, les mots me manquent... Culte !

Soul Kitchen : Chanson également parfaite, et dont l'intro est la même que celle de When The Music's Over (album suivant, Strange Days, même année). J'ignore laquelle des deux chansons a été écrite en premier, mais même si c'est When The Music's Over (et, donc, si c'est Soul Kitchen qui a permis aux Doors de s'autoplagier), le simple fait que Soul Kitchen ait été commercialisée avant l'autre chanson fait qu'on a l'impression que ça soit When The Music's Over, pourtant plus réussie, longue et complexe (elle dure 11 minutes, contre 3,30 minutes pour Soul Kitchen), qui plagie l'autre. Compliqué, tout ça. Quoi qu'il en soit, seule l'intro est identique, ici. Soul Kitchen est une chanson mémorable, une de mes préférées du groupe, et rien que le chant de Jim et les claviers de Manzarek la rendent tout simplement essentielle à tout fan de rock.

The Crystal Ship : Un Jim Morrison en mode plus reposant et apaisé, ici, avec cette magnifique chanson présente en face B du single Light My Fire (avec aussi Take It As It Comes, plus loin sur l'album). The Crystal Ship est une magnifique chanson pleine de poésie, avec des claviers sublimissimes de Ray Manzarek pour emporter le tout loin, très loin, dans les cieux. Courte, cette chanson est une des plus belles de The Doors, et du groupe, une pure petite merveille à écouter et à réécouter sans lassitude, vraiment sublime et très éloignée des précédentes chansons, vraiment apaisante, calme, zen... Mythique.

Twentieth Century Fox : Légère baisse de niveau avec cette chanson qui ne parle pas d'un fameux studio de cinéma américain dont le nom est exactement le même que la chanson. Twentieth Century Fox est une assez bonne petite chanson, mais pas un chef d'oeuvre, pas un classique. C'est juste pas mal du tout, Morrison chante bien (quoique, pour être franc, pas aussi bien que sur le reste de l'album ; le chant, ici, est très bon, mais pas exceptionnel, pas de quoi sauter au plafond). On a ici une chansonnette pop et rock, baignée de claviers qui, pour le coup, ne vieillissent pas très bien. Correct, sans plus...

Alabama Song (Whiskey Bar) : Reprise d'un standard issu de L'Opéra De Quat' Sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, adaptée, évidemment, Alabama Song (Whiskey Bar), qui sera reprise par la suite par Bowie (sur le live Stage de 1978) notamment, est une excellentissime chanson. Oh show the the way to the next whiskey bar, oh don't ask why, oh, don't ask why... Claviers entêtants de Manzarek, chant sublime, parfait de Morrison, cette reprise est, franchement, monumentale, une des meilleures chansons de l'album. Je ne vois pas grand chose d'autre à dire, si ce n'est que l'album, mis à part une chanson (la précédente), commence divinement bien : une face A monstrueuse ! Face A qui se termine par la chanson suivante, qui est...

Light My Fire : 7 minutes (à peu près) pour Light My Fire, chanson mythique, monumentale (qui sera reprise en disco par Amii Stewart, reprise très bonne, mais bon, la musique disco...), qui achevait la face A avec force. Une version single sortira, amputée de plusieurs minutes (en tout, elle dure dans les 3,30 minutes), le gigantesque solo de claviers, notamment, ayant été viré. Morrison n'appréciera pas du tout ce remontage pour le single, et cassera tout dans le studio, en représailles ! Il ne faut écouter que la version longue, la version présente évidemment sur l'album. Monstrueux, gigantesque, les mots me manquent, en fait. Le double solo (claviers, guitare), le chant, les paroles, tout est collector, ici, tout est, comme on le dit dans la langue de Shakespeare, awesome.

Back Door Man : La face B s'ouvrait sur une magistrale reprise d'un standard blues de Willie Dixon. Back Door Man est ici sublimé, à un point tel que les Doors ont réussi un truc rare pour une reprise : ils en ont fait leur chanson, leur truc, parvenant limite à faire oublier que Back Door Man est une reprise d'un standard, et pas la seule reprise de cette chanson, de plus. Riff imparable, claviers en goguette et franchement imparables aussi, et un Jim moi, le psychopathe Morrison en grande, grande forme, voilà de quoi faire des 3,30 minutes de cette reprise une des meilleures chansons de l'album, clairement, définitivement. Oui, c'est limite si cette reprise de Back Door Man n'est pas meilleure que l'originale. A noter que le Crawling King Snake (autre reprise) situé sur L.A. Woman est, et c'est flagrant, un copié/collé de cette chanson, mais je pense que c'est surtout le cas de l'originale, et pas de la reprise doorsienne, ils n'y sont pour rien, ou presque rien...

I Looked At You : A partir de cette chanson, et pour les deux chansons suivantes, je n'aime pas The Doors. Une triplette de chansons aussi courtes que bouche-trou (pour moi), inégales, moyennes, mineures. I Looked At You, 2,20 minutes, est la première des trois, et pas la meilleure. Une chansonnette plus ou moins agréable, rythmée, dont la seule vraie qualité est le chant de Jim, comme toujours au sommet. Mais, malgré sa courte durée, I Looked At You, sorte de chanson d'amour aux paroles aussi connes qu'un candidat de TV-réalité de TF1, malgré sa durée, donc, cette chanson est trop longuette, interminable. Malgré Jim, donc (et, à la rigueur, la guitare de Robbie), pas grand chose à se carrer dans les incisives...

End Of The Night : 2,50 minutes pour End Of The Night, probablement la meilleure des trois chansons qui sont sandwichées entre Back Door Man et le mythique The End. End Of The Night est une chanson très lente, sombre, obscure comme la nuit, interprétée encore une fois par un Jim en état de grâce, et on notera aussi des arpèges de guitare franchement renversants, ambiance nocturne garantie. Après, cette chanson est également un peu longuette, et ne figure vraiment pas parmi les sommet du groupe et de cet album, mais c'est une chanson qu'à la rigueur, je supporte à petites doses, ce qui n'est pas le cas de I Looked At You ou de la suivante, qui est...

Take It As It Comes : 2,15 minutes pour cette chanson qui achève ce tripyque mineur, trois chansons au pire médiocres, au mieux moyennes, et qui boursouflent un peu la face B, nettement moins marquante (malgré la chanson qui l'achève, et aussi celle qui l'ouvre) que la A. Take It As It Comes est une chanson assez rythmée, énergique, Morrison en forme, rien à dire de ce côté. Sortie en face B du single Light My Fire (il y avait aussi The Crystal Ship, comme je l'ai dit plus haut, sur la face B), c'est une chanson sans prétention, certes, mais sans éclat, sans envergure. Pour tout dire, malgré Jim, malgré le côté énergique de la chanson, malgré sa courte durée aussi (chanson la plus courte de l'album), on s'emmerde un petit peu... Mouais, quoi. Moyen, sans être à chier.

The End : Father ? - Yes, son ? - I want to kill you. Mother ? I want to fu... Cette ligne de texte, rien qu'elle, située dans la chanson, donne l'ambiance. The End, morceau le plus long et le plus mythique de The Doors (et le plus long du groupe, devant When The Music's Over, situé sur l'album suivant, et qui est quasiment aussi long, 40 secondes de moins en gros), dure 11,40 minutes, morceau, donc, imposant. Morceau mythique, d'autant plus qu'il a été magistralement utilisé, à deux reprises, dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (la mythique ouverture et le final tout aussi mythique, dans lequel on entend le fameux passage où Morrison annône des Kill, kill, kill, kill... apocalyptiques). Que dire sur The End, morceau bien placé sur l'album car situé à la fin ? C'est aussi culte que probablement surestimé, en fait. Morceau imparable (l'intro est gigantesque, on a de grands moments, The west is the best par exemple), Jim Morrison nous offre ici la première grande épopée poétique du groupe, avant When The Music's Over, The Soft Parade, The W.A.S.P. (Texas Radio & The Big Beat) ou Horse Latitudes. Guitare sensationnelle de Robbie Krieger, basse (car il y en à, clairement, et ça doit être Manzarek qui en joue) immense, claviers (du même) idem, le chant est incroyable... Mais, aussi, et surtout, c'est long, long, loooooong... The End est mythique, c'est vrai, et réussi, mais trop long et un peu surestimé. Déjà, ce n'est pas le meilleur morceau de l'album (mais le plus connu, oui, probablement) ! Mais n'allez pas croire que je trouve The End à chier, non, certainement pas ! Faut relativiser, c'est tout. And he...and he walks on down the hall...

 Bref, The Doors est un album mythique, même s'il ne contient pas que des merveilles (vraiment, la triplette de petites chansons situées avant The End, j'ai énormément de mal !), et même si l'album suivant du groupe sera infiniment supérieur (L.A. Woman aussi). Mais c'est quand même un disque culte et essentiel pour tout amateur de rock psychédélique, et de rock tout court. Un bon nombre de chansons sont devenues des classiques du rock (ou du groupe, au moins), les Portes jouent superbement bien, et leur musique, très sombre, dark, le côté obscur de la Force psychédélique, résiste assez bien aux assauts du temps, malgré, autre reproche, le son des claviers de Manzarek qui, des fois, vieillit moyennement bien (mais pas que sur cet album, aussi). Bref, The Doors est un excellentissime album !