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Pour ce 322ème Track-by-track, un disque scandaleusement sous-estimé, sorti en 1997, un excellent opus de David Bowie : Earthling. C'est un disque assez particulier, doté d'une production très électro, jungle. Un album assez difficile d'accès malgré sa courte durée (49 minutes, 9 titres) et surtout le fait qu'il soit nettement plus facile d'accès que 1.Outside, le précédent opus (1995). Enregistré avec Mike Garson, Reeves Gabrels, Gail Ann Dorsey et Zachary Alford, Earthling, sous sa superbe pochette, est un disque regorgeant de classiques bowiens contemporains. Je vais le dire tout de suite, je ne suis franchement pas fan de ce que Bowie a fait à partir de 1983, mais Earthling n'en demeure pas moins un de mes albums préférés du caméléon ! Un album assez sous-estimé, considéré comme mineur, mais qui, pourtant, est une réussite quasi-totale, et que voici :

Little Wonder : 6,25 minutes qui, d'entrée de jeu, foutent une ambiance Prodigy. Je dois dire qu'autrefois, je n'aimais pas Little Wonder (comme je viens de le dire plus haut, je ne suis pas fan du Bowie de l'après 1980), et ce, avant de découvir l'album, car j'ai découvert la chanson dans un premier temps (c'est un des classiques de l'album, présent dans les best-ofs, sorti en single, etc). Le clip est totalement dingue et ultra speedé dans le registre Matrix/techno/speed, la chanson est assez rapide et remplie d'effets synthétiques me faisant fortement penser au classique du genre, Born Slippy d'Underworld. Little Wonder est une chanson très techno, très moderne, mais, aussi, très rock (Reeves Gabrels s'offre de grandes giclées de guitare-tronçonneuse), et totalement jubilatoire (le refrain, le break remarquable faisant revenir le refrain), jamais chiante malgré sa durée (pas la plus longue, mais une des plus longues). En un mot, fantastique.

Looking For Satellites : Intro vocale remarquable pour cette deuxième chanson, longue de 5,20 minutes, Looking For Satellites. Une pure réussite atmosphérique et rock, un peu électro mais pas trop, avec un Reeves Gabrels en état de grâce ici, il livre une prestation tout simplement bluffante, bavarde, mais parfaite. Claviers sensationnels de Mike Garson, interprétation de haute qualité (vocale et instrumentale), très bonnes paroles (absentes du livret, hélas), tout ça fait de ce Looking For Satellites une pure réussite, une de mes préférées de l'album aussi. Excellent.

Battle For Britain (The Letter) : Un peu plus court (4,50 minutes), ce Battle For Britain (The Letter) est, ma foi, une excellente chanson. D'apparence faussement simpliste, Battle For Britain (The Letter), avec son inoubliable refrain, n'est pas le sommet de l'album, mais une chanson vraiment sympathique et assez réussie, encore une fois remarquablement bien interprétée, et s'écoutant avec un grand plaisir. En plus, elle n'est pas trop longue, ce qui ne gâche rien (je ne dis pas qu'avec la durée de Dead Man Walking, ça aurait sans doute été un peu too much). Pas la plus grande chanson de cet Earthling remarquable, mais c'est vraiment chipoter que de dire ça, en même temps !

Seven Years In Tibet : Morceau plus long que les autres, Little Wonder excepté, vu que Seven Years In Tibet atteint 6,20 minutes. Tout comme la chanson suivante, le titre est aussi celui d'un film, Sept Ans Au Tibet de Jean-Jacques Annaud (adapté d'un livre du même nom), sorti en 1997. Mais tout comme pour la prochaine chanson, ce n'est qu'une coïncidence, ou alors, Bowie a appelé sa chanson  pour rendre hommage au film ou au livre, mais ça s'arrête là : la chanson ne parle pas d'un homme, un Allemand, qui part vivre sept ans dans un monastère tibétain ! Musicalement parfaite, avec refrain énergique (I praised to you...), une mélodie entêtante avec partition inoubliable de saxophone joué par Bowie lui-même, Seven Years In Tibet est, selon moi, clairement, le sommet d'Earthling. Immense.

Dead Man Walking : Encore un morceau long (et même le plus long : 6,50 minutes), et encore un morceau dont le titre est aussi celui d'un film (La Dernière Marche de Tim Robbins, 1995). Dead Man Walking possède un riff de guitare datant du milieu des années 60, que Bowie avait déjà utilisé dans sa chanson The Supermen (1970), et qui lui fut enseigné par... Jimmy Page, guitariste de Led Zeppelin ! Une chanson qui apparaît dans le film Le Saint (mais pas dans le film de Robbins, vu qu'elle date de deux ans après, ah ah ; d'ailleurs, elle ne parle absolument pas du même sujet que le film de Robbins, qui possède une chanson-titre signée Springsteen ; la similitude des titres est une coïncidence). Dead Man Walking, très électro, est franchement une excellente chanson, interprétée à la perfection par un Bowie en grande forme  (ses musikos aussi). Un des classiques de l'album, mais je préfère la précédente et Little Wonder !

Telling Lies : Encore un morceau imparable que ce Telling Lies, et ce, même s'il n'est pas aussi quintessentiel que les deux précédents morceaux non plus. Telling Lies est cependant un grand morceau, un de mes préférés de l'album, et je le trouve du niveau de Looking For Satellites ou Battle For Britain (The Letter), autrement dit, un niveau vraiment excellent. Morceau assez sombre, rock et électro (plus rock qu'électro, plus rock que le morceau suivant), interprété par un Bowie très en forme, Telling Lies ('dire des mensonges') n'est pas un des morceaux les plus connus de Bowie, et c'est bien dommage, car sans être un sommet absolu capable de faire la nique à ses classiques d'antan, c'est tout de même un chanson qui mérite plus de reconnaissance. 4,50 minutes (à partir de cette chanson, la durée des morceaux sera sensiblement la même, finies les longues chansons) franchement excellentes, quoi.

The Last Thing You Should Do : Bon, ben voilà, le morceau raté de l'album. Clairement, carrément, c'est The Last Thing You Should Do qui gagne la palme. Un morceau assez chiant, pour tout dire. En plus, plutôt long, même si 5 minutes, ce n'est pas non plus la durée la plus imposante de l'album. Je ne sais pas ce qui est le moins bien ici : le chant de Bowie, un peu morne et ennuyé ? La mélodie électrorock qui, pour une fois, ne convainc pas du tout ? La durée trop longue par rapport à ce que le morceau offre,c'est à dire, rien ? Las, The Last Thing You Should Do est vraiment une grosse, grosse déception, surtout après des morceaux aussi tétanisants, réussis que Telling Lies, Seven Years In Tibet ou Little Wonder (pour ne citer qu'eux). Le point faible d'Earthling.

I'm Afraid Of Americans : Retour à une meilleure qualité avec cette chanson assez connue, I'm Afraid Of Americans. Bowie, par la suite, en refera une nouvelle version, avec un mix orchestré par Trent Reznor de Nine Inch Nails, et je dois dire que je préfère amplement la version remixée que celle présente sur Earthling, plus 'sobre' dans un sens. Mine de rien, ce morceau aussi long que le précédent (5 minutes donc) est une réussite, ce n'est pas parce que je préfère l'autre version, qui n'est pourtant pas l'originale, que je n'aime pas celle-çi. I'm Afraid Of Americans, à défaut d'être le sommet absolu de l'album, est une excellente chanson électrorock, sur laquelle Bowie chante à merveille des paroles franchement remarquables. Impossible d'oublier le God is an American final, notamment.

Law (Earthlings On Fire) : Final étrange et en même temps remarquable que ce Law (Earthlings On Fire) long de 4,50 minutes. Mélodie hypnotique et synthétique qui rend accro, chant distant de Bowie, cette chanson à la fois funky/groovy et totalement moderne et robotique, à la Kraftwerk, est, à défaut d'être le sommet de l'album, une chanson qui achève Earthling avec efficacité et originalité. Une chanson malheureusement assez méconnue sauf des fans de Bowie et de ceux qui, fans ou non, possèdent l'album. On est en droit de préférer Seven Years In Tibet ou Little Wonder, mais franchement, Law (Earthlings On Fire) (qui signifie 'Terriens en feu' dans le sous-titre, car pas besoin de dire ce que signifie 'Law', pas vrai ?) est une très très très bonne chanson bien dans le ton de l'album, et elle donne envie de réécouter l'album, ce qui n'est pas rien !

 Bref, dans l'ensemble, Earthling est un remarquable disque (pour moi, une seule chanson ne vaut pas le coup, ce qui, franchement, est peu), un album qui, si on le considère par rapport aux précédents opus de Bowie, est son meilleur album depuis Scary Monsters (& Super Creeps) de 1980, ce qui, franchement, est quelque chose (pendant quasiment 20 ans, Bowie fera des albums soit nuls qu'il a lui-même reniés, comme Tonight ou Never Let Me Down, soit moyens/médiocres, comme Black Tie White NoiseThe Buddha Of Suburbia ou le surestimé, trop complexe et long 1.Outside, qui contient ceci dit quelques chansons immenses) ! Un disque certes marqué par une production très électro/techno à la Aphex Twin/Prodigy, bien dans les normes de son époque, mais ça ne l'empêche pas d'être une réussite, un disque rempli de grandes chansons, et, de plus, pas trop long, ce qui ne le rend pas lassant (rappelons que 1.Outside dépassait les 70 minutes pour 19 titres...). Très moderne et électro dans sa forme, mais très rock aussi (Reeves Gabrels, guitariste, est en forme, pour ne citer que lui), Earthling est un écrin pour plusieurs classiques récents de Bowie, et mérite sincèrement le plus d'éloges possible ; il est, en effet, scandaleusement sous-estimé, ce qui est, vraiment, dommage et con. Un grand cru bowien, quasiment inespéré !