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Pour ce 321ème Track-by-track, un disque grandiose, un des meilleurs de Neil Young (et son deuxième), sorti en 1969: Everybody Knows This Is Nowhere. C'est le premier album que le Loner a fait avec un groupe qui portait le nom de The Rockets et sera renommé Crazy Horse, et qui deviendra son groupe, son backing-band de prédilection. Et qui est constitué de Danny Whitten (guitare), Billy Talbot (basse) et Ralph Molina (batterie). Avec le Loner à la guitare aussi, évidemment (et le chien aux claviers ; non, je déconne ; n'empêche, il est craquant, ce chien, celui du Loner à l'époque, sans doute). En seulement 7 titres (pour une quarantaine de minutes : morceaux longs pour la plupart), Everybody Knows This Is Nowhere est parfait, un album grandiose de folk-rock et de rock pur, incontestablement un des plus grands albums de Neil avec On The Beach, Tonight's The Night, Zuma et Rust Never Sleeps. L'album, qui est indispensable à tout fan de rock, le voici :

Cinnamon Girl : 3 minutes (un tout petit peu moins en fait : 2,58 minutes) pour Cinnamon Girl, chanson imparable en dépit de sa trop courte durée (mais ce n'est pas la plus courte de l'album), et qui ouvre à merveille Everybody Knows This Is Nowhere. Un riff surpuissant, un chant parfait du Loner (avec quelqu'un derrière, probablement Danny Whitten : vocalement, ça ressemble à ce morceau de Tonight's The Night, ce morceau live, qui avait été placé sur le disque en hommage à Whitten, qui chantait un peu dessus, je parle de Come On Baby Let's Go Downtown). Cinnamon Girl est un rock efficace et parfait, production rude (le son est rocailleux pour les guitares, ça fait limite grunge avant l'heure). Un morceau emblématique dans le répertoire du Loner !

Everybody Knows This Is Nowhere : Le voilà, le morceau le plus court de l'album : il ne dure en effet que 2,25 minutes, ce morceau-titre ! Everybody Knows This Is Nowhere est une chanson un peu plus calme, tout en étant rock quand même, et c'est encore une fois, et en dépit d'une durée rikiki qui, vraiment, déçoit au premier abord (deux chansons aussi immenses que courtes, deux chansons qui, plus longues, auraient été aussi fantastiques, ça a de quoi frustrer), c'est encore une fois, donc, un classique absolu de Neil Young, qui livre ici une prestation tout simplement éblouissante. Cette chanson-titre est assurément une de ses plus belles et emblématiques, encore une fois. Immense.

Round & Round (It Won't Be Long) : Participation vocale de Robin Lane (future chanteuse principale d'un groupe folk, The Chartbusters) sur ce titre nettement plus calme et plus long, Round & Round (It Won't Be Long). D'une durée de 5,50 minutes (la durée augmente carrément, entre le précédent titre et celui-ci !), c'est une ballade/complainte folk de toute beauté, reposante comme jamais, interprétée en duo, et d'une magnificence absolue. Neil sait se faire très sobre et élégant, très touchant aussi, quand il chante calmement (des chansons telles que Harvest, Helpless, Pocahontas, Cortez The Killer ou donc celle-ci le prouvent aisément), et l'alchimie entre sa si frèle voix et celle, à la Joan Baez, de Robin Lane, est totale. Round & Round (It Won't Be Long) est une sublime chanson, lente, certes, lancinante, mais si magnifique... L'autre facette du Loner est ici, et cette facette acoustique est aussi belle et réussie que sa facette rock (deux premiers titres).

Down By The River : 9,15 minutes pour ce morceau rock anthologique achevant à la perfection la première face de Everybody Knows This Is Nowhere. Down By The River est un morceau totalement enthousiasmant, sur lequel Neil Young et Danny Whitten se livrent à un concours guitaristique fantastique. Un double solo d'enfer, une interprétation épatante, une chanson, tout simplement, comment dire, euh...mythique ? Culte ? Immense ? Parfaite ? Rayez la mention inutile, même si je pense que les quatre propositions se valent totalement et qu'en rayer une serait idiot. Ce morceau suffirait à faire de l'album un des classiques absolus du Loner et du rock, à lui tout seul, s'il n'y avait pas aussi d'autres immenses titres, sur l'album, pour l'aider à hisser Everybody Knows This Is Nowhere au sommet. Par exemple, la fin de la face B, du même acabit. Quand on a un morceau tel que Down By The River sur un album, on est content ; quand on a plusieurs morceaux aussi bons, on crève le plafond de joie ! Morceau, donc, immense, avec un duel de guitare saisissant.

The Losing End (When You're On) : 4 minutes pour The Losing End (When You're On), chanson de folk-rock interprétée avec talent par un Loner un peu calmé après les déluges de guitare de Down By The River. Une très très bonne chanson qui permet à la face B de s'ouvrir avec efficacité et sobriété, l'heure n'est pas encore à offrir un autre feu d'artifice de guitares. Le morceau précédent, long et grandiose, a tellement mis la pression qu'il faut se calmer, la faire retomber, doucement, et quoi de mieux, honnêtement, que ce morceau à la durée plus sobre (le troisième morceau le plus court de l'album) ? The Losing End (When You're On) est un morceau franchement réussi, ce n'est pas le sommet absolu de l'album cependant (en fait, pour faire violent mais sincère, c'est, des sept morceaux, le moins remarquable, ce qui ne signifie pas pour autant qu'il soit moyen ou mauvais). Il sert parfaitement de relance de l'action, après un morceau anthologique, afin de mieux préparer le terrain pour le septième et dernier morceau.

Runnin' Dry (Requiem For The Rockets) : Le sous-titre de l'album est éloquent : comme je l'ai dit plus haut, le groupe de Neil, Crazy Horse, s'appelait les Rockets avant que Neil ne les engage pour l'accompagner, avant qu'ils ne se rebaptisent Crazy Horse et deviennent son backing-band. Long de 5,30 minutes, Runnin' Dry (Requiem For The Rockets) est une chanson plus ou moins sombre, très calme, interprétée sobrement, sombrement même, par un Loner décidément en mode 'repos du guerrier' sur cette deuxième face. Mélodie lente, plus folk que rock, voix assez sombre et comme résignée, cette chanson est assez obscure et, en même temps, magnifique. Une chanson tout simplement fantastique, une de plus, et qui ne prépare en rien au feu d'artifices final, qui est...

Cowgirl In The Sand : Les 10,30 minutes anthologiques de Cowgirl In The Sand, unique morceau dont, dans le livret, les paroles sont imprimées (en format manuscrit, de la main du Loner). Un morceau imparable, rock et folk en même temps, interprété à la perfection par un Loner en grande forme, accompagné de son Cheval Fou de groupe, eux aussi en grande forme (surtout Whitten, le regretté Whitten). Down By The River était le chef d'oeuvre de la face A, Cowgirl In The Sand, un peu plus longue et un peu plus 'calme' tout en offrant elle aussi de sublimes parties de guitare (un duel immense entre les deux bretteurs Neil et Whitten), est, elle, le sommet de la face B. Quant au sommet de l'album, ce sont les deux chansons, pas besoin d'en choisir une au détriment de l'autre ! Comme je l'ai dit pour Down By The River, une seule chanson de la sorte suffirait à faire de Everybody Knows This Is Nowhere un classique absolu, alors deux chansons de la sorte, inutile de dire que ça fait de l'album un essentiel absolu, un disque obligatoire pour tout fan de rock ! Immense, quoi !

 Au final, sept chansons tour à tour folk ou rock, rythmées ou apaisées, qui permettent au Loner de briller de mille feux, pour la première fois, avec son nouveau groupe, Crazy Horse. Danny Whitten, remarquable guitariste qui décèdera d'overdose en 1972 (Neil Young, heurté par ce décès, fera Tonight's The Night pour ça, il y à toute une histoire, trop longue à raconter ici, autour ; allez voir l'article concernant Tonight's The Night pour en savoir plus) et Neil se livrent à de remarquables prestations, essentiellemement sur les deux longs titres achevant chacune des faces. Mais il n'y à aucune mauvaise chanson ici, aucune chanson moyenne non plus, que des merveilles ; Everybody Knows This Is Nowhere, au final, est bel et bien un des trésors absolus, intouchables, essentiels, de la discographie du Canadien.