Voici une liste de ce qui sont, pour moi, les meilleurs albums de rock progressif. Aucun ordre, à part l'ordre chronologique par années (mais pas par mois) :

1Soft Machine, Soft Machine (1968) : Comme pour l'album suivant de la liste, c'est plus du rock psychédélique (école de Canterbury) et du space-rock que du vrai rock progressif, mais, dans l'ensemble, je ne trouve pas que ce premier opus studio, éponyme, de Soft Machine (pas leur meilleur, mais un excellent cru), soit intrus sur cette liste. Un disque franchement remarquable, qu'un amateur de psyché-rock et d'expérimentations se doit d'écouter !

2A Saucerful Of Secrets, Pink Floyd (1968) : Un de mes albums préférés du Floyd, et le seul fait avec cinq membres (David Gilmour vient d'arriver, Syd Barrett n'est pas encore parti, mais il partira bientôt, et ne chante que sur un seul titre, le dernier ; il joue, sinon, sur certains des 7 morceaux de l'album). Un disque de space-rock, psychédélique et progressif en même temps (la longue pièce instrumentale portant le même nom que l'album), dont le seul défaut réside dans sa production, la plus 'faible' de la discographie du groupe. Sinon, immense.

3Tommy, The Who (1969) : Oui, je sais, pas du rock progressif. En fait, dans un sens, si : opéra-rock, album conceptuel, donc ; ambiance très riche, symphonique, avec courts morceaux introductifs et longue, longue (10 minutes) pièce instrumentale. Tommy, dans un sens, est un album de rock progressif, même si c'est sujet à controverse. C'est, en tout cas, un chef d'oeuvre, ça, c'est plus qu'évident ! A vous de voir si ça a sa place ici ou pas.

7A Salty Dog, Procol Harum (1969) : La voix de Gary Brooker (très proche de celle de Peter Gabriel), les magnifiques textes de Keith Reid, les magnifiques mélodies, notamment sur la chanson-titre... Des artistes tels qu'Elton John ou Jimmy Page, guitariste de Led Zeppelin, ne cesseront de dire du bien de Procol Harum. Cet album, dont la pochette pastiche une marque de cigarettes, est leur sommet, un disque tout bonnement exceptionnel, riche en arrangements sublimes, et dont il se dégage un doux parfum d'iode, de mer...comme sur la pochette. Immense.

5In The Court Of The Crimson King, King Crimson (1969) : Un disque immense, sensationnel, cultissime, de sa pochette aux morceaux. Le premier opus de King Crimson (que le groupe pompera pour leur deuxième album, In The Wake Of Poseidon de 1970) est aussi un de leurs meilleurs, et un des plus grands albums de rock progressif (et de rock tout court) qui soient. Ce In The Court Of The Crimson King sera aussi un tel succès que le groupe n'y résistera pas, et se séparera quelques mois après. Par la suite, jusqu'à 1973, le groupe ne cessera, au fil des albums, d'avoir un line-up différent autour du guitariste Robert Fripp, leader incontesté et limite tyrannique de Crimso.

4Ummagumma, Pink Floyd (1969) : Un disque live sensationnel de 4 titres dans d'immenses versions (mais prise de son assez moyenne, sans être catastrophique) et un disque studio à la prise de son nettement meilleure, et assez expérimental (des pièces conçues par les divers membres du groupe, une sorte de quadruple mini-album solo en quelque sorte) qui est lui aussi sensationnel, mais très space, difficile à apprécier. Grand Prix du Disque (Prix Charles-Cros) en France en 1969, Ummagumma est un des tous meilleurs albums du Floyd, et le plus jusqu'auboutiste avec le suivant, qui est Atom Heart Mother. A cette époque, le Floyd ne s'embarrassait pas de sonner commercial, c'est tout le contraire ! La période 1968/1970 est ma préférée du groupe.

6Soft Machine Volume 2, Soft Machine (1969) : 17 titres pour...33 minutes ! En gros, ce Volume 2 de la Machine Molle (nom de groupe inspiré par un roman bizarroïde de William Burroughs) est totalement cintré. Inspiré, pour sa structure en deux faces/deux suites, par le Abolutely Free de Frank Zappa & The Mothers Of Invention (1967), Volume 2 offre une ribambelle de très très très courts (certains, moins de 30 secondes !) morceaux. Meilleur que le premier opus, moins grandiose que le troisième (qui, structurellement parlant, sera tout l'inverse : double album de quatre morceaux, un par face, quasiment 20 minutes chacun...), ce deuxième opus est ultra conseillé aux amateurs de dingueries psyché/progressives et expérimentales. Kevin Ayers est parti du groupe, ce qui, par ailleurs, ne se fait que moyennement ressentir, vu que Ratledge, Wyatt et Hopper, les autres, assurent totalement sans lui.

8Atom Heart Mother, Pink Floyd (1970) : Une pièce instrumentale de 23,35 minutes en face A, et 28 minutes (en 4 titres) sur la face B. Atom Heart Mother, alias l'album à la vache, ne s'embarrasse pas de savoir s'il est commercial ou pas, comme Ummagumma, le précédent opus floydien. Un disque limite oppressant de par son côté hermétique, il faut dire qu'il est complexe, et qu'il est impossible d'en venir à bout à moins d'une dizaine d'écoutes. La première écoute, et même la deuxième, et même la troisième, seront difficiles, si vous ne connaissez pas encore ce remarquable album qui marque la fin de la période expérimentale du groupe (la suite sera plus zen et commerciale, plus connue aussi). Mis à part le morceau final de 13 minutes, qui est pas mal, mais long et inégal, rien à jeter ici. Sous-estimé et méconnu.

9Lizard, King Crimson (1970) : Le Atom Heart Mother de King Crimson (même année, même ambiance étrange et hermétique, et aussi un morceau de 23 minutes sur une face et 4 morceaux sur l'autre, même si l'ordre est ici inversé : le long morceau-titre achève Lizard, et ne le commence pas). Pochette sublime (la plus belle du groupe), ambiance jazzy et expérimentale, unique album avec Gordon Haskell au chant et à la basse (voix très profonde et grave), un morceau-titre (avec l'aide vocale de Jon Anderson de Yes sur la première partie) grandiose et, sur l'autre face (la A), des chansons sublimes mais à écouter plusieurs fois, car complexes, sauf la dernière. En tout, 42 minutes sensationnelles, recherchées, un des meilleurs opus de King Crimson, mais il faut s'y attarder pour l'apprivoiser. Si telle chose est possible, en fait. Ca reste à prouver.

11Kobaïa, Magma (1970) : Groupe français mené par le batteur Christian Vander, leader incontesté du groupe (apparenté à une secte musicale de par leur dogme, mais ne soyons pas si réducteurs, le mot 'secte' est vraiment exagéré), et fan absolu de John Coltrane. Un batteur d'exception, d'ailleurs, ce Vander, qui a imaginé de toutes pièces Magma, sorte de mélange entre rock, rock progressif et jazz, et même musique classique, et qui chante dans un langage inventé de toutes pièces, le kobaïen, guttural, germanique, aggressif, oppressant et étonnant. Leur premier album, qui est double (pour un premier album, c'est rare) et toujours double en CD, s'appelle Kobaïa, même si, en fait, il n'a pas de nom (Magma). Une album conceptuel sur une bande de Terriens qui, dans le futur, quittent la Terre, devenue inhospitalière, afin detrouver un nouvel Eden, qu'ils trouveront en la présence de la planète Kobaïa. Mais les Terriens restés sur Terre n'apprécient pas cette trahison de planète. 10 titres (6 et 4 sur les deux disques) remarquables, des musiciens et un chanteur principal (Klaus Blasquiz) immenses... Un disque étrange, étonnant, sensationnel, à découvrir à tout prix ! Au fait, le courant musical joué par Magma s'appelle, en kobaïen, la zeuhl. Mais on classe généralement Magma, dans les bacs des magasins, dans le rayon jazz, ce qui est un peu beaucoup erroné, mais bien pratique.

12Trespass, Genesis (1970) : Le groupe livre ici son deuxième album, et sa première réussite (le premier opus est très médiocre). Enregistré sous influence In The Court Of The Crimson King (la pochette de l'album de King Crimson était affichée dans le studio, pour rappeler l'influence à utiliser), Trespass n'est pas le sommet de Genesis, mais il offre, en 6 titres, pas moins de 4 merveilles. Des morceaux, on s'en doute, longs (entre 4 et 9 minutes), mais le plus souvent passionnants. Anthony Philips est un remarquable guitariste, mais Steve Hackett, qui arrivera (comme Phil Collins) dès l'album suivant, est encore meilleur. Le batteur, ici, John Mayhew, est correct, mais fait pâle figure par rapport au futur Philou. Très bon disque.

cover_582421732011_rSarcelles-Lochères, Red Noise (1970) : Groupe français de cintrés, dont le fils de Boris Vian, Patrick (leader du groupe) et deux futurs membres de Komintern, Serge Catalano et Francis Lemonnier. Red Noise offre ici un disque de fous, Sarcelles-Lochères, dont la pochette est aussi folle et belle que le contenu. Album difficile, voire quasi-impossible, à trouver, que ce soit en vinyle, cassette ou CD (mais il existe sous ce format). Album difficile à apprécier aussi, avec son long (19 minutes) morceau final, et son avalanche de courts morceaux sur la A. Une sorte de manifeste engagé, anarchiste et rock en même temps, un happening en forme d'album. Totalement imprévisible et décalé. Mythique, aussi.

13Third, Soft Machine (1970) : Quatre morceaux de 18 à 19 minutes chacun, un par face (double album, donc, mais simple CD désormais). Voilà pour ce Third, troisième opus de Soft Machine, et leur meilleur par ailleurs. Là encore, pas vraiment du rock progressif, mais plus du jazz/rock teinté de psychédélisme, d'un peu de progressif, et de pas mal d'expérimental. Un album très difficile d'accès que ce Third, mais au bout du compte, une fois 'dompté', il offrira toujours quelque chose aux auditeurs, on le redécouvre à chaque écoute. Attention, cependant, à ne pas l'écouter trop souvent, gare à l'overdose. Ce genre de disques se savoure, s'apprécie, et se mérite, aussi, et écouté trop souvent, il risque de devenir lassant malgré lui. Parce qu'il est vraiment hermétique au premier abord !

10Yeti, Amon Düül II (1970) : Ambiance germanique (logique, Amon Düül II est allemand !), bergmanienne, étrange, oppressante, pour ce sommet de krautrock (rock progressif et psychédélique/expérimental, allemand) et deuxième album du groupe, un disque double à sa sortie (mais simple CD depuis, 68 minutes). Yeti, avec son premier disque composé de morceaux indépendants (mais on a quand même deux suites musicales) et son deuxième disque constitué de trois longues improvisations, est un album étrange et remarquable. Le morceau-titre, improvisation de 18,30 minutes, notamment, est tout simplement exceptionnel. Tanz Der Lemminge, le suivant, double aussi (même durée, et aussi simple CD, donc), est également à écouter.

15Métronomie, Nino Ferrer (1971) : Oui, Nino Ferrer ! Cet album, Métronomie, est du pur rock progressif, plus qu'un album de chanson française. Un album méconnu, comme l'ensemble des albums de ce remarquable artiste plus connu pour ses rigolotes chansons des années 60 que pour ses albums rock des années 70. Métronomie est un de ses sommets avec Blanat, Nino Ferrer & Leggs, La Désabusion et Nino & Radiah. Remarquable et très oublié, injustement !

14In The Land Of Grey And Pink, Caravan (1971) : Un peu dans la lignée de Soft Machine, Caravan est un très bon (et méconnu, hélas) groupe de rock progressif tendance Canterbury. In The Land Of Grey And Pink, avec cette sublime pochette rose et grise (justement, au vu du titre, ça tombe bien), est leur sommet, un disque qui ne contient pas beaucoup de morceaux (5 dont un de quasiment 23 minutes, toute la face B), mais aucun ratage, un album rare et méconnu, à découvrir de toute urgence !

album200-8137Camembert Electrique, Gong (1971) : Groupe français totalement cintré (rien que le nom de l'album en dit long), dirigé par un Australien, Daevid Allen. Gong offre ici, avec Camembert Electrique, son deuxième album. Et clairement son sommet. Un disque inclassable de rock psychédélique et progressif, expérimental, à la Soft Machine et Caravan (le précédent album de la liste). 4 morceaux font moins de 30 secondes (et 3 en font plus de 6 minutes) ! Un disque de 38 minutes, totalement ravagé et remarquable. Culte. A noter, c'est chanté en anglais.

22Fragile, Yes (1971) : Rick Wakeman (claviers) entre dans le groupe. Fragile ne mérite pas son titre. Sublime pochette du futur fidèle Roger Dean, et album constitué de 4 pièces collectives et de 5 pièces (très courtes) composées chacune par un membre du groupe. L'ensemble, malgré ce côté décousu, est très cohérent avec lui-même, et se pose là comme étant un des meilleurs albums de Yes avec Close To The Edge et Tales From Topographic Oceans. Remarquable. Et encore très accessible pour les néophytes en rock progressif, contrairement aux deux autres albums cités.

18Tarkus, Emerson, Lake & Palmer (1971) : Avec sa longue suite éponyme de 20 minutes, Tarkus, deuxième album d'Emerson, Lake & Palmer, est un classique du rock progressif. On excusera une face B nettement moins marquante (des chansons indépendantes et bien plus courtes) pour se concentrer sur la face A, car cette suite de 20,30 minutes est vraiment remarquable, et rien qu'elle-seule mérite que Tarkus se trouve sur cette liste. Pas le sommet d'ELP, donc, mais un disque important. Interprétation de haute classe du trio Keith Emerson (claviers), Greg Lake (chant, guitare, basse) et Carl Palmer (batterie).

Hedayat_Obsolete-Obsolète, Dashiell Hedayat (1971) : Culte. Qui ne connaît pas Chrysler Rose ? Hé bien, c'est sur cet album, qui ne contient en fait que deux longs titres (ou plusieurs plus courts, c'est selon : en CD, il n'y à que deux longues plages audio, agencement bizarre, mais on n'y peut rien). Obsolète est un album remarquable, progressif, psychédélique et cintré, de Dashiell Hedayat, alias Jack-Alain Léger, alias, de son vrai nom, Daniel Théron. Un romancier et chanteur, qui a enregistré cet album en 1971 avec les musiciens de Gong, groupe français de rock progressif abordé plus haut. On entend la voix de William Burroughs, fameux auteur américain de la Beat Generation, sur un des titres. Obsolète est son deuxième album, et le seul qu'il a signé Hedayat (l'autre, La Devanture Des Ivresses en 1969, a été signé du pseudonyme Melmoth, un de ses  nombreus noms de plume). Un disque culte !

16Pawn Hearts, Van Der Graaf Generator (1971) : Le sommet de la première période de Van Der Graaf Generator. Seulement 3 morceaux dont un de 23 minutes, qui est franchement bluffant (mais les deux autres assurent), Pawn Hearts, au final, est probablement le deuxième meilleur album de VDGG après Godbluff (leur suivant, datant de...1975 !). Interprétation épatante, notamment de Peter Hammill (chant, guitare, piano) et David Jackson (cuivres). Un disque expérimental et progressif, totalement maîtrisé. Un must.

19Meddle, Pink Floyd (1971) : A partir de Meddle, le Pink Floyd devient plus commercial, plus populaire. Echoes (23,30 minutes, toute la face B) est mythique, l'ambiance générale sur cet album dont la pochette représente une oreille humaine dans l'eau (regardez la pochette en format portrait, vous verrez) est très zen, relaxante, en 47 minutes. Trop zen et relaxant, en fait. On sent une facilité dans cet album, un album super bien produit, et quasiment mystique (l'atmosphère, acoustique et zen), rempli de beaux morceaux (il y en à 6, et sur les 6, un des moyen et un autre est pas mal, mais sans plus ; le reste assure totalement), et dont le succès est mérité. Mais on est en droit de préférer, quand même, le Floyd plus recherché de Atom Heart Mother ou même de Wish You Were Here ! Je le place dans la liste parce que, franchement, malgré cela, Meddle est quand même un classique du genre. Ne pas le mettre aurait été vexant.

17Islands, King Crimson (1971) : Comme le Floyd de Meddle, King Crimson, ici, se repose. Mais la différence est quand même de taille : tout en étant zen (avec un chanteur et bassiste, Boz Burrell, très suave), Islands est quand même purement crimsonien dans l'âme, on a quelques (rares) passages inquiétants et frippiens ici. Album injustement sous-estimé, considéré comme le ratage du groupe, Islands est un sublime album à la fois reposant et un peu inquiétant par moments (mais c'est surtout reposant), qui montre que le groupe sait se renouveler. Ce qui a réussi au Floyd réussit aussi à Crimso. Mais entre Meddle et Islands, c'est clairement Islands que je préfère !

20Nursery Cryme, Genesis (1971) : Arrivée de Phil Collins (batterie, et chant, non crédité, sur le court deuxième morceau) et de Steve Hackett (guitare) en remplacement de Mayhew et Philips. Nursery Cryme est un des plus grands opus de Genesis, un disque sublime, de sa pochette aux 7 morceaux, et rempli de classiques. Un de mes albums préférés du groupe, aussi, et malgré deux défauts : une production bonne, mais pas exceptionnelle (la moins exceptionnelle du groupe après From Genesis To Revelation, leur premier) et une durée assez courte, 39 minutes (leur plus court). Mis à part ça, rien à dire, c'est encore une fois un essentiel pour tout fan de prog-rock anglais.

21Aqualung, Jethro Tull (1971) : J'ai toujours eu un peu de mal avec cet album. Aqualung est, comment dire, mythique pour tout amateur de rock progressif. Il est globalement considéré comme un des sommets du genre, et c'est aussi, probablement, le sommet du groupe (qui a fait pas mal d'albums moyens, voire même nuls). Je dois dire que le chant et surtout la flûte de Ian Anderson, parfois, me gênent beaucoup. Mais sinon, ce disque à moitié conceptuel (une critique virulente de l'Eglise anglicane) offre de grandes chansons, et est une mélange parfois détonnant entre rock progressif et hard-rock pur (pas étonnant que Steve Harris, bassiste d'Iron Maiden, tienne ce disque parmi ses favoris, et que le groupe ait repris Cross-Eyed Mary en live). Aqualung est sans doute un peu surestimé, mais c'est quand même un indispensable du genre, dont acte de sa présence ici !

24Argus, Wishbone Ash (1972) : Un excellent mélange de hard-rock pur et dur et de rock progressif que cet Argus, probablement le meilleur album de Wishbone Ash. D'immenses chansons, pour la plupart longues (aucune ne fait 15 ou 20 minutes, aucune n'atteint même 10 minutes, mais elles sont quand même longues), sur cet album desservi par une pochette assez moche montrant un guerrier observant un OVNI arriver. Mais on ne se fie franchement pas qu'aux pochettes pour dire si un tel album est réussi ou raté, et Argus, vraiment, fait partie des réussites du genre. A découvrir, car c'est au final peu connu.

23666, Aphrodite's Child (1972) : Un double album (toujours en CD, mais ça ne devrait pas : tout tient, logiquement, sur un seul disque) totalement frappadingue. Première vraie oeuvre solo de Vangelis (claviers du groupe ; la basse et le chant sont signés Demis Roussos, mais il ne chante que sur 4 des 24 titres, donc, les anti Demis Roussos n'ont rien à dire, ah ah ah - et c'est un remarquable bassiste), 666, album basé sur le dernier des livres de la Bible, et écrit par Costas Ferris, est un album conceptuel totalement remarquable. Le groupe était au bord de l'implosion au moment d'enregistrer, ambiance de merde dans le studio (en France), mais ça ne se ressent pas musicalement. Mélange de rock, rock progressif, expérimentations, narration, musique traditionnelle grecque, pop, jazz, théâtre, ambient, tout est fantastique ici. A noter la participation de l'actrice Irène Pappas, qui livre une prestation vocale (des vocalises) totalement érotique et insensée sur . 666 est un album à découvrir, totalement cintré (plusieurs écoutes sont nécessaires) et totalement magistral et cohérent avec lui-même, malgré le côté fourre-tout.

1286261572_gentle-giant-octopus-1972Octopus, Gentle Giant (1972) : Gentle Giant est un de ces groupes de rock progressif anglais (avez-vous de toute façon remarqué que le rock progressif est essentiellement britannique ?) qui, aujourd'hui, n'est quasiment plus connu. Le groupe a cependant offert de très grands albums, comme Gentle Giant, In A Glass House, The Power And The Glory ou ce Octopus, indéniablement leur sommet, un disque riche et prenant, avec une pochette signée du spécialiste es-pochettes d'albums de Yes, Roger Dean. Octopus est un album bluffant qui ravira les amateurs de progressif. Rien d'autre à dire, sinon : écoutez !

26Pictures At A Exhibition, Emerson, Lake & Palmer (1972) : Un live (qualité sonore très bonne, malgré les claviers de Keith Emerson qui, des fois, sonnent très atrocement) qui est en fait une adaptation à la sauce progressive de la suite musicale Tableaux D'Une Exposition de Modeste Moussorgsky, fameux compositeur russe auteur entre autres de La Nuit Sur Le Mont Chauve (rappelez-vous le final de Fantasia). Avec une réinterprétation très personnelle (et ratée) du Casse-Noisettes de Tchaïkovsky en final (rappel). Mis à part ce rappel foiré, rien à dire (si vous aimez le rock progressif et la musique classique, vous aimerez ; sinon, passez votre chemin). Chant sublime de Greg Lake quand il y en à, trois musiciens en forme, réinterprétation convaincante, originale, intéressante (mais pas puriste) de Moussorgsky... Pictures At An Exhibition est un excellent album d'ELP ! Mon préféré du groupe avec Brain Salad Surgery, en fait.

28Foxtrot, Genesis (1972) : Autre réussite pour Genesis, de la pochette aux morceaux (Supper's Ready de 23 minutes). Foxtrot est un des albums de chevet de Steve Harris, bassiste d'Iron Maiden (un autre est Aqualung de Jethro Tull), marrant, mais vrai ! Musiciens en grande forme, y compris Peter Gabriel au chant, morceaux légendaires, production très bonne pour l'époque... Oui, sans doute que les claviers de Tony Banks vieillissent parfois moyennement bien, mais c'est secondaire. Dans l'ensemble, Foxtrot est un des meilleurs du groupe et un sommet de prog-rock.

27Trilogy, Emerson, Lake & Palmer (1972) : Titre étrange (aussi celui d'un morceau) pour l'album. C'est le troisième album studio (mais quatrième album tout court) d'ELP, ELP est au nombre de trois membres, et on dénote un morceau en trois parties. Et trois grands moments, aussi, sur Trilogy, trois passages immenses (Abaddon's Bolero, Trilogy et la suite The Endless Enigma). Un très très grand cru d'Emerson, Lake & Palmer, qui compte parmi les classiques du rock progressif. 9 titres pas tous immenses (on a un morceau assez moyen, caricatural), mais dans l'ensemble, c'est du très bon travail.

25Close To The Edge, Yes (1972) : Seulement 3 morceaux pour 37 minutes, avec le morceau-titre long de 18,30 minutes en tout. Close To The Edge, aussi sobre à l'extérieur que riche à l'intérieur, est un immense album de rock progressif, un de plus, et un des sommets les plus absolus de Yes. Si je préfère Tales From Topographic Oceans, Close To The Edge est quand même une oeuvre parfaite, rien à jeter, trois morceaux longs et différents les uns des autres, et une interprétation tout simplement quintessentielle. Magnifique.

35Selling England By The Pound, Genesis (1973) : Pour moi, c'est le meilleur album de Genesis avec Peter Gabriel (j'entend déjà les fans de The Lamb Lies Down On Broadway lancer une fatwa contre moi ; mais attendez un peu de le découvrir plus bas dans la liste, les mecs, je ne l'ai pas oublié !). Un album long (54 minutes en vinyle, c'est au final peu courant à l'époque) et quasiment parfait. C'est dommage que The Battle Of Epping Forest, le plus long (11,45 minutes), soit si moyen, il gâche vraiment l'ensemble. Le reste est tout simplement somptueux. Un des sommets du rock progressif.

29The Dark Side Of The Moon, Pink Floyd (1973) : Evidemment. Comment parler de rock progressif sans parler de The Dark Side Of The Moon ? Album essentiel à toute discothèque se respectant, mais je ne peux m'empêcher de le trouver franchement surestimé, quand même (une édition ultra collector vient de sortir, le concernant). Album remarquable, c'est sûr, un des best-sellers les plus immenses de l'histoire, une collection de morceaux imparables, des classiques à foison, une production d'enfer... Une oeuvre d'art culte et remarquable. Mais le Floyd a fait et fera mieux, aussi. Un peu surestimé, donc. Mais tout de même culte.

31Larks' Tongues In Aspic, King Crimson (1973) : King Crimson passe à la vitesse métallique avec ce disque servi par une pochette grandiose et un titre trouvé par le percussionniste Jamie Muir, qui partira pour ne pas revenir avant la sortie de l'album. Un album grandiose, le premier avec John Wetton (basse, chant), Bill Bruford (batterie) et David Cross (violon, claviers). Et Fripp à la guitare et claviers. Larks' Tongues In Aspic, avec son morceau-titre en deux parties de 13,30 et 7 minutes, notamment, est un album tout simplement mythique et essentiel.

32Tales From Topographic Oceans, Yes (1973) : Double album, et toujours en CD : 4 titres, un par face, chacun fait entre 18 et 21 minutes. Tales From Topographic Oceans sera pendant un temps le dernier album de Yes avec Rick Wakeman ; lassé de jouer ces longs, complexes et chamaniques morceaux sur scène, il quittera Yes, sera remplacé notamment par Patrick Moraz. Quant à Bill Bruford (batterie), il n'est plus là, parti rejoindre King Crimson, et est remplacé par Alan White, ancien du Plastic Ono Band (entre autres). Un album difficile d'accès, caricatural selon les anti-progressif (il faut dire que Yes a fait fort), et très hermétique au premier abord. Au fil des écoutes, on découvre toujours quelque chose de plus sur cet album admirable, mon préféré et un des meilleurs de Yes. Sublime pochette comptant parmi les plus belles au monde (c'est pas moi, mais un sondage officiel qui le dit).

33Mekanik Destruktiw Kommandöh, Magma (1973) : Le deuxième meilleur album studio de Magma après Kobaïa. Mekanik Destruktiw Kommandöh, lui, est simple (37 minutes), et à lui seul, il résume parfaitement le style Magma, à la fois jazz, rock, progressif, classique et expérimental. Morceaux légendaires, interprétation bluffante, ambiance inclassable et prenante...La seule chose de moyenne, ici, c'est la pochette, qui représente simplement la griffe, le logo de Magma. Mis à part ça, MDK est un des albums les plus cultes qui soient dans le paysage musical hexagonal.

34Le Cimetière Des Arlequins, Ange (1973) : Ce deuxième opus des belfortois d'Ange est ruiné par une production totalement pourrie. A se demander si Le Cimetière Des Arlequins n'aurait pas été enregistré dans une grotte ou une cave humide, tel le pire album de black-metal norvégien à la Darkthrone/Burzum ! Dommage, car les morceaux sont, dans l'ensemble, excellents (pas tous, cependant, mais la majorité). Musicalement, c'est très bon, les paroles sont, en revanche, comme le chant, parfois pompeux(ses). Mais rien de grave. Ange fera mille fois mieux, mais en attendant, c'est pas mal. Immense reprise du Ces Gens-Là de Brel en entrée de jeu.

30Brain Salad Surgery, Emerson, Lake & Palmer (1973) : Le sommet d'ELP pour les albums studio. Sous sa sublime pochette signée Giger, sous son titre explicite signifiant 'fellation' (une bite est légèrement visible sous le menton de la femme, représentée d'après l'épouse de Giger), sous sa pochette qui s'ouvre en deux en vinyle, Brain Salad Surgery est un classique absolu. Longue pièce musicale en 30 minutes et 4 sous-parties et deux faces pour les séparer (Karn Evil 9), et morceaux indépendants qui, à part un, sont tous fantastiques. Un album difficile d'accès en raison de Karn Evil 9 (bien que les 30 minutes soient scindées en 4 parties), mais au final, un modèle du genre.

41The Lamb Lies Down On Broadway, Genesis (1974) : Immense double album (toujours en CD), conceptuel, le dernier de Genesis avec Peter Gabriel. L'histoire est absconse, celle d'un jeune voyou new-yorkais d'origine portoricaine, Rael, qui plonge dans les bas-fonds des égoûts de la ville pour retrouver John, son frère, disparu. Il va vivre d'étranges aventures... Rempli de grands moments, prétexte à un spectacle hallucinant en live, The Lamb Lies Down On Broadway est un album culte, mythique, essentiel, grandiose. Mon premier Genesis, que je n'ai pas aimé dans un premier temps, avant de, lentement, l'apprécier. La dernière face est un peu faiblarde, mis à part The Colony Of Slippermen et it, mais dans l'ensemble, c'est du lourd et du divin, sans être le sommet de l'ère Gabriel (Selling England By The Pound), ni du groupe en général (Wind & Wuthering ou Selling England By The Pound). Il fait partie des 5 meilleurs de Genesis, de toute façon.

38Starless And Bible Black, King Crimson (1974) : Deuxième volet de la trilogie métallique de Crimso après Larks' Tongues In Aspic et avant Red. Starless And Bible Black, c'est un peu le disque ultime du groupe. Enregistré en grande partie live (applaudissements et clameurs de foule virés), c'est un disque expérimental et violent (Fracture, immense), jusqu'auboutiste, empli d'une atmosphère lugubre et sournoise, qui empuantit l'album comme de la gangrène, comme la moisissure sur la pochette, autour du titre. Climat imparable, lente descente aux Enfers, perte de vitalité tout du long de l'album jusqu'à ce Fracture final qui explose tout. SABB (pour faire vite) est une oeuvre complexe, difficile, dure, violente, malsaine et, en même temps, immense et magnifique. Le sommet du groupe.

37Relayer, Yes (1974) : Patrick Moraz remplace Wakeman aux claviers pour cet album qui, en une quarantaine de minutes, n'offre que 3 titres, dont un, forcément, occupant à lui seul toute une face. Relayer est un album probablement moins connu que Close To The Edge, mais il est quasiment aussi fort et réussi. Pochette magnifique, morceaux complexes (The Gates Of Delirium, 20 minutes, mérite bien son titre), interprétation de haute classe notamment de la part de Jon Anderson (chant) et Steve Howe (guitare), paroles superbement bien écrites, Relayer est, au final, un très grand cru de Yes, et de prog-rock.

39Todd Rundgren's Utopia, Utopia (1974) : Attention les yeux, 58 minutes pour 4 titres, en un seul disque ! The Ikon, le plus long morceau, fait 30 minutes (évidemment, toute une face à lui seul). Premier album d'Utopia, groupe fondé par le génie Todd Rundgren (chant, guitare), Todd Rundgren's Utopia est, sous sa très mégalomaniaque pochette, un classique. Desservi par une production un peu faiblarde (due au fait que l'album soit long : les sillons du vinyle sont écrasés, et le CD n'a pas trop amélioré les choses), l'album, bien que long, est fantastique. Attention, il faut le vouloir, écouter ce disque, car c'est du lourd ! Mais quels sons, quelles ambiances ! Magistral, quoi. En solo, niveau durée, Todd fera encore plus fort un an après avec Initiation, 7 titres, dont un de 35 minutes, pour 67 minutes sur un seul vinyle (même souci de son faiblard) ! Mais on s'éloigne du sujet, Initiation n'étant pas progressif (ou si peu)...

42Mirage, Camel (1974) : Groupe très peu connu que ce Camel, dont Mirage est une très grande réussite (Moonmadness est encore meilleur, voir plus bas sur la liste). Pochette amusante qui, évidemment, pastiche une fameuse marque de cigarettes déjà pastichée via le nom du groupe. Seulement 5 titres pour environ 38 minutes, le plus long fait 13 minutes, aucun titre n'occupe à lui seul une face (ce n'est pas si rare que ça pour du rock progressif !). Mirage est un disque franchement remarquable, à découvrir ou redécouvrir d'urgence.

36Au-Delà Du Délire, Ange (1974) : Malgré une production là encore un peu moyenne (mais meilleure que pour Le Cimetière Des Arlequins quand même), Ange livre ici un excellentissime album. Toujours des paroles parfois ridicules (le prog en français, ça le fait bizarrement) et un chant qui l'est aussi parfois, mais sinon, de grands morceaux. Le final du morceau-titre est à tomber le Q par terre, vraiment : solo de guitare et mellotron, miam ! Un très très bon cru de rock français, donc.

66690092Rock Bottom, Robert Wyatt (1974) : Coincé à vie dans un fauteuil roulant à la suite d'un accident très con (chute du quatrième étage d'un immeuble au cours d'une soirée trop arrosée en 1973), Robert Wyatt, ancien batteur de Soft Machine (et chanteur occasionnel), se reconvertit au chant et claviers avec ce deuxième album solo, son premier depuis l'accident, sorti le jour où il épousera sa femme Alfreda Benge. Rock Bottom a été écrit avant l'accident, Wyatt n'en parle donc pas (par la suite, ça lui arrivera). C'est un disque étrange et intense, doux et oppressant en même temps, une oeuvre (mieux, une Oeuvre, avec une majuscule) forte, qui ne laissera personne indifférent, que l'on aime ou déteste. On ne peut, en tout cas, pas ignorer plus longtemps cet album ayant obtenu le Prix Charles-Cros en France, et produit par Nick Mason, batteur du Floyd. Essentiel. A noter que la pochette ci-contre est celle du CD, celle du vinyle étant différente et monochrome. Plus étrange, mais moins belle que celle du CD.

40Red, King Crimson (1974) : King Crimson splittera immédiatement après la sortie de l'album (euh, non, en fait, juste avant, ah ah ah !) et ne se reformera pas avant 1981. Red, dernier volet d'une trilogie métallique constituée de Larks' Tongues In Aspic et Starless And Bible Black, est une sorte de résumé habile des deux précédents albums : le côté métallique de l'un, le côté expérimental de l'autre. Un des premiers albums de grunge de l'histoire, tout compte fait, un disque puissant et d'une noirceur absolue, très sombre et sans espoir. Kurt Cobain en parlera comme d'un de ses albums de chevet. Un disque tout simplement immense, même s'il est, aussi, moins jusqu'auboutiste que les deux précédents, et surtout le précédent direct. Crimso n'innove pas, ici, il se conforte dans ce qu'il fait de mieux.

45Wish You Were Here, Pink Floyd (1975) : Que dire ? Un des plus grands opus du Floyd, ce Wish You Were Here dédié à Syd Barrett (qui rendra visite au groupe pendant l'enregistrement de l'album ; Waters ne le reconnaîtra pas, puis, quand il le reconnaîtra, fondra en larmes, il faut dire que Syd était méconnaissable, bouffi, grossi, quasi chauve, et totalement dans la lune). 5 grands morceaux interprétés à la perfection, dont la magistrale chanson-titre. A noter que l'album offre une chanson interprétée par un chanteur étranger au groupe, le folkeux Roy Harper, ce qui est unique dans le répertoire de Pink Floyd. Un album qui fut longtemps mon album préféré du groupe. Si, aujourd'hui, je préfère Ummagumma et A Saucerful Of Secrets (et More), j'adore toujours Wish You Were Here, qui compte énormément pour moi. La preuve, je vais me payer le collector monstrueux qui sort le 7 novembre prochain ! 

44Godbluff, Van Der Graaf Generator (1975) : Comme King Crimson l'a fait de 1973 à 1974, Van Der Graaf Generator passe, ici, du rock progressif classique (dont le sommet, pour le groupe, est Pawn Hearts, mais il y à aussi H To He Who Am The Only One qui vaut le coup) à un rock progressif violent et très métallique, plus brutal. Godbluff, 37 minutes pour seulement 4 titres, est incontestablement le meilleur opus du groupe de Peter Hammill. Ici, on est dans l'agressivité, la violence, c'est grunge avant l'heure, un peu comme le Crimso de Starless And Bible Black et Red. C'est sombre, aussi, à vif (le chant, les cuivres, le clavinet). Et totalement fantastique. Essentiel et culte.

43Minstrel In The Gallery, Jethro Tull (1975) : Probablement mon préféré de Jethro Tull, devant Aqualung. Une réussite absolue dans le registre du folk progressif, un disque très médiéval dans l'âme, on sent vraiment le groupe jouer comme des ménestrels dans une galerie de ménestrels (voir la pochette, sublime), dans une grande salle de château-fort. Malgré que l'album soit électrique et sonne, donc, un peu moderne aussi. Minstrel In The Gallery est un remarquable album. Comme toujours avec le Tull, j'ai un peu de mal avec le chant et la flûte de Ian Anderson, mais bon, dans l'ensemble, ça va. Un album indispensable à tout fan du genre.

46Emile Jacotey, Ange (1975) : Revoilà Ange, pour la troisième et ultime fois dans la liste. Et voici mon préféré du groupe, Emile Jacotey, album dédié en grande partie à la paysannerie française, rurale (le titre de l'album est celui d'un maréchal-ferrand à la retraite que le groupe rencontrera, et qui leur inspirera l'album). Encore une fois, ce Genesis français offre ici des chansons magnifiques, mais le chant de Christian Descamps est toujours aussi horripilant par moments, de par son côté excessivement lyrique. Mais c'est un détail. Mis à part ça, cet album d'Ange est vraiment leur meilleur (et Au-Delà Du Délire, leur deuxième meilleur).

48A Trick Of The Tail, Genesis (1976) : Après le départ de Peter Gabriel, Genesis fait passer des auditions pour un nouveau chanteur, Phil Collins n'ayant pas voulu accepter l'offre des autres, à savoir, prendre le chant. Mais il devra accepter, car les auditions ne donneront rien. Premier album du groupe avec Philou au chant, donc, et un des sommets de Genesis, ce A Trick Of The Tail rempli de grandes chansons, doté d'une atmosphère sublime, féérique, aventureuse et assez légère, malgré une ou deux chansons plus tristes. Un album essentiel pour tout amateur de rock progressif, 50 magistrales minutes qui trouveront leur pendant 'froid' en 1977 avec Wind & Wuthering, son complément indispensable (et remarquable).

47Moonmadness, Camel (1976) : Aussi remarquable que Mirage, et même encore plus remarquable, c'est probablement le meilleur album de Camel, groupe vraiment méconnu et oublié, comme d'autres de la liste (Red Noise, Gentle Giant, Caravan), mais à (re)découvrir. Avec sa sublime pochette faisant penser à celle du Relayer de Yes, Moonmadness offre encore une fois de grandioses chansons, et s'impose comme un des classiques méconnus du genre. Pour amateurs !

50Still Life, Van Der Graaf Generator (1976) : Dans la lignée de Godbluff. Avec son illustration de pochette qui montre un champ d'électricité provoqué par un générateur de Van Der Graaf, Still Life est un des meilleurs albums de Van Der Graaf Generator, et le deuxième volet de la trilogie métallique du groupe, commencée par Godbluff, finie par World Record (ce dernier, de 1976, ne sera pas dans la liste : il est bon, mais pas extraordinaire non plus). 5 morceaux fantastiques, un Peter Hammill déchaîné, vocalement parlant, 47 remarquables minutes que celles de cet album violent et lyrique. Ceci dit, je préfère encore plus Godbluff !

49Tales Of Mystery And Imagination, The Alan Parsons Project (1976) : Album concept sur les histoires d'Edgar Allan Poe (le titre de l'album est celui du fameux recueil de nouvelles que Baudelaire a traduit sous les titres Histoires Extraordinaires et Nouvelles Histoires Extraordinaires), c'est aussi le premier album du Alan Parsons Project, groupe fondé par un ancien ingénieur du son ayant bossé avec le Floyd, les Beatles (sur Abbey Road)... Un disque remarquable, avec la voix d'Orson Welles (en narrateur) sur sa version 1987, version remaniée légèrement. Album injustement méconnu, et le meilleur du APP.

52Wind & Wuthering, Genesis (1977) : Le pendant hivernal, glacial, de A Trick Of The Tail (de la pochette à l'ambiance générale). Le dernier album studio avec Steve Hackett il est aussi sur Seconds Out, le double live de la même année). Mon album préféré de Genesis, et aussi ma période préférée (1976/1977). Avec son titre en allusion aux Hauts De Hurle-Vent d'Emily Brontë (et deux des morceaux possèdent des titres qui forment la dernière phrase du roman, unquiet slumbers for the sleepers in that quiet Earth), Wind & Wuthering est un album fantastique. C'est aussi le dernier vrai album de rock progressif du groupe, la suite, dès ...And Then There Were Three... de 1978, sera plus pop (tout en restant vaguement progressif de ci de là). Immense et sous-estimé.

51Animals, Pink Floyd (1977) : Le disque punk du Floyd, sorti en pleine année punk, et assez virulent dans ses paroles et son interprétation (quasiment tout est signé Waters seul). Un disque offrant 5 chansons, dont deux de 1,25 chacune, et trois allant... de 10 à 17 minutes. Autrement dit, c'est du lourd. Chaque chanson décrit une tranche de la société anglaise de l'époque (sous gouvernance de Margaret Thatcher, un régime de crise économique et sociale assez grave) sous la forme d'animaux : chiens (businessmen), cochons (policiers, Gouvernement) et moutons (le peuple). Inspiré par La Ferme Des Animaux d'Orwell, Animals est un album violent (au niveau des paroles), virulent, et en même temps, très progressif. Un album sous-estimé et comptant parmi les plus radicaux qui soient.

53Seconds Out, Genesis (1977) : Mon live préféré du groupe. Certes, le son est si parfait qu'il y à des rumeurs de bidouillages en studio (c'est apparemment le cas), mais dans un sens, on s'en fout, car Seconds Out, double (en CD aussi), est vraiment sublime. Le dernier album du groupe avec Steve Hackett, par ailleurs. Seul regret : pas assez de morceaux (juste un) de Wind & Wuthering, qui était pourtant l'album que le groupe défendait sur scène pendant les concerts ayant été utilisés pour ce live. Mais mis à part ce détail, rien à dire, un des sommets du live de rock progressif et du live tout court.

54Discipline, King Crimson (1981) : Sept ans après avoir raccroché les gants après Red, King Crimson, largement revampé (Robert Fripp - guitare, claviers - et Bill Bruford - batterie - sont toujours là) avec l'arrivée du bassiste Tony Levin et du guitariste et chanteur Adrian Belew, se reforme, donc. Le titre de l'album était à la base celui du nom de la nouvelle reformation, qui se retitrera King Crimson pour ne pas décontenancer, pour que ça soit plus facile pour les masses. Discipline, sous influence Talking Heads (le chant de Belew, caméléon vocal, est sans équivoque), sous influence pop et world music, est une oeuvre formidable, pop, rock et progressive. Un disque important : le label de Fripp, par la suite, s'appellera Discipline Global Music, allusion à l'album, qui sera un très beau succès, et le premier opus d'une trilogie pop progressive (les deux autres sont Beat en 1982, inégal mais offrant de sublimes moments, et Three Of A Perfect Pair, en 1984, excellent, mais mal-aimé, comme Beat d'ailleurs). En gros, Discipline est le dernier sommet absolu intouchable du groupe.

iron-maiden-seventh-son-of-a-seventh-sonSeventh Son Of A Seventh Son, Iron Maiden (1988) : Oui, Iron Maiden dans la liste ! OK, c'est du heavy metal, mais du heavy metal progressif, surtout sur cet album de 1988, court (44 minutes) mais intense, album conceptuel sur un enfant né septième fils d'un père ayant déjà été le septième fils de ses parents (la légende dit que le septième fils d'un septième fils aurait des dons de voyance), et qui, comme la légende le dit, possède des dons qui, dans le village où il vit, le rendent indésirable et haï (les superstitions). Avec sa chanson-titre de 9 minutes basée sur les Chroniques d'Alvin Le Faiseur d'Orson Scott Card (fameuse série de romans d'heroïc-fantasy), avec ses synthés remarquables et tout sauf envahissants, ses soli de guitare sensationnels (Adrian Smith, un des deux, partira après ce disque, pour revenir en 2000) et son chant parfait de Bruce Dickinson, Seventh Son Of A Seventh Son, immense succès malgré le côté conceptuel qui décontenancera les fans, est un des sommets du groupe. Et quelle pochette, aussi !

55The Division Bell, Pink Floyd (1994) : Dernier opus floydien, et si ce n'est pas le sommet, c'est quand même un disque sublimissime, qui prend son temps (plus d'une heure pour 11 titres), et offre des chansons tout simplement remarquables, aériennes, avec des parties de guitare et de claviers (retour officiel de Wright, qui en profite pour écrire et chanter un titre, il n'avait pas chanté dans le groupe depuis 1972 !) tout simplement remarquables, très progressives. Un très très bon cru sous-estimé en tant que bouquet final d'une brillante et cultissime carrière.

56O.K. Computer, Radiohead (1997) : Le THE sommet de Radiohead. Mythique, immense, 53 minutes absolument quintessentielles, grandioses, les mots me manquent... Une sorte de Pink Floyd très moderne, ce O.K. Computer parfait, doté d'une atmosphère tragique, lyrique et progressive. Désolé de faire plus court que de coutume, mais face à un tel album, que dire qui n'a déjà été dit ?

58Agaetis Byrjun, Sigur Ros (1999) : Ah la la... Sigur Ros, groupe islandais (les artistes les plus connus de leur pays après Björk), signe en 1999 ce disque admirable, cultissime de ses morceaux à la pochette représentant une sorte de foetus extra-terrestre, in utero. Pour tout dire, Agaetis Byrjun, chanté, comme tous les autres albums du groupe, dans un idiome inventé par eux et s'appelant le vonleska (ou hopelandic) - on pense au kobaïen de Magma, mais en version carrément angélique, relaxante, et non pas gutturale et agressive comme le kobaïen - est une claque sonore digne du meilleur du Floyd. Un album relaxant et rock en même temps, pas violent pour un sou, qui vous transporte dans un univers chatoyant, zen et merveilleux. La musique des sphères. En 72 minutes, le chant de Jonsi (chanteur, donc, du groupe) vous transportera dans un monde musical et sensoriel qu'il sera difficile, ensuite, de quitter (après cet album, impossible de mettre quoi que ce soit d'autre dans le lecteur CD). Immense.

59Origin Of Symmetry, Muse (2001) : Oui, je sais. Muse. Ces quatre lettres suffisent généralement à faire gerber un fan de rock normalement constitué. Je l'avoue, j'ai aimé ce groupe, pendant quelques mois. J'aime toujours ce Origin Of Symmetry, dont la pochette, qui voudrait sans doute être une parabole de je-ne-sais-quoi, est surtout une parabole, tout court, un champ de paraboles (humour). Ce deuxième album de Muse, et leur sommet, est une sorte de O.K. Computer bis, moins grandiose (logique, ce n'est ni O.K. Computer, ni Radiohead), mais franchement excellent, avec envolées lyriques aussi bien musicales que vocales. Du progressif moderne, un peu comme Porcupine Tree ou Sigur Ros.

57In Absentia, Porcupine Tree (2002) : Le meilleur album de Porcupine Tree. Sous une pochette assez intriguante et limite angoissante se cachent 68 minutes franchement phénoménales, très progressives (le groupe est une sorte de nouveaux Pink Floyd mélangés à Van Der Graaf Generator et à King Crimson), mais aussi très psychédéliques et métalliques, assez violentes par moments. Un album, de plus, conceptuel, qui raconte l'histoire d'un homme, de son enfance à sa vie d'adulte, d'un meurtier et fou. De grandes chansons, pour un album difficile d'accès, mais remarquable.

 60(), Sigur Ros (2002) : Les Islandais de Sigur Ros vont encore plus loin ici : pas de titre, pas de titres de chansons (enfin, si, mais pas sur la pochette), livret de papier transparent calque, idem pour le boîtier... Ce disque littéralement sans nom (et que tout le monde appelle (), rapport aux parenthèses sur la pochette) va encore plus loin dans la zen attitude que le déjà sensationnel Agaetis Byrjun de 1999. Je ne vous cache pas que je préfère de loin Agaetis Byrjun, qui est plus remarquable selon moi, mais () n'en demeure pas moins une pure petite merveille progressive et relaxante.