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320ème Track-by-track, et pour ce faire, un classique : le premier album, éponyme, des Pretenders. Sorti en 1980, il s'appelle, donc, Pretenders. Le groupe, produit par Chris Thomas pour ce premier album (sauf une chanson produite par Nick Lowe, Stop Your Sobbing), est constitué, de gauche à droite, de Pete Farndon (basse), Chrissie Hynde (chant, guitare), Martin Chambers (batterie) et James Honeyman-Scott (guitare, claviers). Les trois mecs sont aussi aux choeurs. Ce disque, renversant, offre 12 titres pour 47 minutes, une offre donc assez généreuse. Sur ces 12 titres, aucun rejet à faire (enfin, si, un, mais minime), faisant de ce Pretenders un classique du rock et de la pop (avec des accents punk par moments). Un seul titre un peu moyen pour 11 qui, eux, sont tout simplement quintessentiels, vous mordez donc l'intérêt de cet album ? Ce disque, sorti sous une pochette toute blanche, le voici :

Precious : Le morceau punk de l'album. Precious est un des premiers classiques des Pretenders (un an avant l'album, le groupe sortira Stop Your Sobbing, qui sera son premier succès). Un morceau légendaire qui sera utilisé dans des publicités, probablement aussi dans des films et autres. Un classique du groupe, s'ouvrant sur un riff légendaire et punk, et que dire de cette arrivée du chant, Chrissie Hynde déboulant, I like the way you cross the street, cousin (preeeeecious), c'est tout simplement jouissif ! A un moment donné, vers la fin, on entend un léger couac, une sorte de foirage court mais amusant, permettant d'entendre un fuck off ! ('putain !') bien distinct de la part de la môme Chrissie. Ca accentue le côté punk et direct de cette chanson mémorable qui semble donc avoir été enregistrée live en studio. Un morceau très vif, vraiment punk, plus brutal (le mot est un peu fort, ceci dit) que le reste de l'album, excepté la suivante. Un des classiques, et c'est vraiment, le moins qu'on puisse dire, un morceau génial.

The Phone Call : Chanson la plus courte de l'album avec 2,30 minutes, The Phone Call est une chanson efficace et elle aussi très punk (un riff bien sanglant, très Dead Boys), avec quelques effets sonores (tonalité de téléphone, on s'en serait douté, vu le titre) pour agrémenter le tout. Ce n'est pas le sommet absolu de Pretenders, mais c'est une chanson totalement efficace, avec un break hallucinant et totalement destroy, qui fait vraiment plus penser aux Dead Boys, Heartbreakers (de Johnny Thunders) ou Dead Kennedys qu'à un groupe de pop/rock qui, quelques années plus tard, sortira I'll Stand By You ! The Phone Call est courte, mais assure. Et ce n'est pourtant pas le sommet de l'album !

Up The Neck : Le voilà, le sommet de l'album. Enfin, un des sommets, car cette chanson n'est définitivement pas la seule à pouvoir être qualifiée de sommet de l'album (4 ou 5 autres sont dans ce cas, dont Precious). Plus rock traditionnel, Up The Neck s'ouvre sur un riff dévastateur qui laisse rapidement la place à une mélodie imparable, pop et rock en même temps (guitare claironnantes, sublimes). Le chant de Chrissie Hynde est juste magistral, quand elle prononce Sweetheart dans la fin de refrain, c'est à frissonner. Je parle pour les mecs. Une chanson terrible, rock et pop en même temps, jubilatoire, bénéficiant d'une rythmique ahurissante et d'un jeu de guitare tout simplement grandiose. Instantanément culte ! 4,25 minutes de bonheur absolu.

Tattooed Love Boys : En revanche, cette chanson assez courte (3 minutes tout rond) est assez moyenne. Pas nulle à chier, mais clairement la moins bonne de l'album, Tattooed Love Boys possède une ambiance vaguement rétro/kitsch un peu comme certains chansons de Blondie du style Pretty Baby, X-Offender, Denis ou I'm Gonna Love You Too. Ce n'est pas qu'on s'ennuie avec cette chanson (la guitare est pas mal), mais elle est vraiment, et ce n'est pas pour le plaisir de prendre une chanson et de dire voilà, c'est celle-là la moins bonne que je dis ça, elle est vraiment, donc, le maillon faible de ce premier album des Pretenders, un album, mis à part ça, tout simplement bluffant et parfait. Mais c'est pas non plus mauvais, juste moyen.

Space Invader : Instrumental saisissant (3,25 minutes) signé Farndon et Honeyman-Scott. Intro remarquable qui montre que Farndon, l'élément punk du groupe (malgré son look vaguement rockabilly digne des Stray Cats), était un bassiste remarquable. Space Invader, malgré son titre ronflant inspiré du fameux jeu vidéo d'arcade qui était à la mode à l'époque (je trouve que donner un titre pareil à un instrumental est assez ridicule, mais bon), est un instrumental grandiose, sur lequel les guitares (surtout de Honeyman-Scott, vu qu'il est co-auteur du morceau) se livrent à des riffs sensationnels. Un y retrouve un peu le riff du Day Tripper des Beatles, d'ailleurs. Un grand moment sur l'album, un des classiques absolus de ce Pretenders décidément remarquable. 

The Wait : Co-écrite pr Hynde et Farndon (je le précise, car, dans l'ensemble, mis à part quand je fais des précisions de la sorte, c'est Hynde qui signe les chansons de l'album ; quand il n'y à pas de précision, c'est donc elle seule qui a écrit les morceaux), The Wait est un morceau remarquable, moyennement long (3,35 minutes), enlevé, énergique mais pop, interprété à la perfection par Chrissie. Les choeurs (des trois mecs du groupe) sont, comme toujours, impeccables. The Wait n'est pas un morceau aussi quintessentiel que le précédent, le suivant, ou Up The Neck (pour ne citer qu'eux), mais c'est franchement un morceau de choix, qui ne dépare pas sur l'album. Excellent !

Stop Your Sobbing : Reprise d'une chanson des Kinks, signée Ray Davies, Stop Your Sobbing, qui achevait la face A (qui contient donc 7 titres contre 5 sur la B), sortira en single en 1979, avant l'album donc, et sera un assez beau petit succès. Une chanson magnifique, douce, interprétée à la perfection par une Chrissie très convaincante. Une chanson plus pop que la majorité des titres de l'album, une chanson, aussi, plutôt courte (2,40 minutes), qui achève superbement bien la face A. A noter que Chrissie Hynde a vécu quelques années avec Ray Davies, elle a eu une fille avec lui (par la suite, elle a été aussi avec Jim Kerr, chanteur des Simple Minds). Stop Your Sobbing, à la base, se trouve sur le premier album des Kinks (1964). Une superbe chanson.

Kid : La face B s'ouvre sur Kid, morceau court (3,05 minutes) au style proche de celui de Tattooed Love Boys, autrement dit, assez rétro/kitsch. Mais là, en revanche, c'est du bon, du très bon, même (même si Kid est probablement, certainement, même, la chanson la moins grandiose de la face B). Le chant de la miss Hynde est encore une fois parfait, les guitares sont remarquables, ambiance pop et rock en même temps, vaguement rétro mais très agréable, appréciable... En guise d'ouverture, cette chanson, qui passera souvent à la radio à l'époque, est une belle réussite, pas un des sommets, mais il serait dommage de s'en priver !

Private Life : Morceau le plus long de l'album (6,25 minutes), Private Life est un monstre sacré, une chanson immense qui, vous l'aurez compris, fait partie des intouchables de Pretenders, des sommets absolus. Ambiance languissante, avec mélodie remarquable à base de guitare claironnante et de basse, claviers discrets, et ce chant, toujours aussi mémorable. L'atmosphère de ce Private Life est assez intense et lente en même temps, une sorte de tension qui jamais ne s'efface, à peine atténuée par, de temps en temps, des breaks vocaux assez enlevés, de Chrissie. Un morceau qui, malgré sa durée, n'est jamais ennuyeux, une pièce maîtresse qui suffirait à elle seule à faire de ce disque un classique, s'il n'y avait pas déjà d'autres chansons mémorables dessus. Immense.

Brass In Pocket : 3 minutes (dernière chanson aussi courte sur l'album) et un des plus gros succès du groupe. Une chanson co-écrite par Hynde et Honeyman-Scott. Un tube, sorti en single, une chanson emblématique du son des Pretenders. Brass In Pocket ('de l'argent dans les poches') est une chanson, comment dire, mythique. Intro légendaire (ce son de guitare, mon Dieu, qu'est-ce que je peux l'adorer, ce son claironnant, tintant comme du cristal !), chant mémorable de Chrissie (I...'m gonna make you see, what nobody else see, no one but me), mélodie imparable, choeurs sensationnels, ambiance pop/rock parfaite, même la durée est idéale, c'est la parfaite petite balle, la chanson pop qui éclate comme une bulle de savon parfumée, et ce, malgré des paroles un peu cyniques. Grandiose, quoi !

Lovers Of Today : Deuxième morceau le plus long, avec 5,50 minutes en tout. Lovers Of Today est un exemple parfait de ballade rock, une chanson aussi bien tendre (des couplets chantés avec passion et douceur par Chrissie, sublime) qu'enlevée (des guitares très rock, un final dantesque, des refrains assez énergiques, pas violents, mais sans commune mesure avec la douceur des couplets). Tout comme Private Life, malgré la longueur imposante (par rapport à quasiment tous les titres de l'album), aucun ennui ici, c'est une chanson tout simplement fantastique. Mais cependant pas autant que la dernière chanson de l'album, qui est...

Mystery Achievement : 5,25 minutes pour ce dernier titre. Une bombe, une claque, avec ligne de basse sensationnelle, guitares immenses, interprétation bluffante, paroles en béton armé. Mystery Achievement est probablement une des fins d'albums les plus réussies au monde, on trouvera difficilement une dernière chanson aussi quintessentielle, aussi immense, qu'elle (il y en à : When The Levee Breaks de Led Zeppelin, Starless de King Crimson, The Fountain Of Salmacis de Genesis, Cargo Culte de Gainsbourg, mais je parle de chanson vraiment grandioses, comme celles citées, et pas seulement de bonnes chansons). Mystery Achievement est une claque absolue qui donne directement envie de réécouter les 47 minutes de l'album.

 En un mot, pour finir : immense. OK, une chanson que j'estime correcte, mais inférieure aux autres (Tattooed Love Boys), mais ça ne change pas le fait que ce Pretenders premier du nom est un vrai classique du rock et de la pop/rock. Interprétation vocale de haute classe de la part d'un des plus grands sex-symbols rock des années 80 avec Debbie Harry de Blondie (je parle de sex-symbols vu du point du vue masculin, vous m'aurez compris), et dont la voix est remarquable, musiciens de grand talent (en 1982/83, Honeyman-Scott et Farndon, avec qui Chrissie était d'ailleurs pour ce dernier, décèderont d'overdoses...), production parfaite, chansons imparables, deux tubes, font de ce premier album des Pretenders un joyau, une totale, absolue réussite. Essentiel.