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Attention, pour ce 318ème Track-by-track, un des plus grands albums live jamais enregistrés et publiés : le live de Donny Hathaway, chanteur de soul-music. Enregistré en 1972 au Troubadour d'Hollywood (Los Angeles) et au Bitter End de New York, il s'appelle tout simplement Live. Pourquoi chercher la complication quand on a la possibilité de faire simple ? Donny Hathaway, mort en 1979 (33 ans) dans des circonstances étranges (défenestration, mais il n'avait aucune raison de se suicider ; cependant, aucun signe de lutte dans la pièce, donc, on a écarté la défenestration par un tiers), était un immense chanteur de soul-music. Un auteur remarquable, mais aussi un interprète hors pair (pas mal des 8 chansons, pour 52 minutes, de ce live, sont des reprises). Cet album est tout simplement quintessentiel, aussi bien pour un amateur de soul-music que de musique tout court. Cet album, Live, le voici :

What's Going On : Le Live commende divinement bien, par une reprise, et non des moindres : What's Going On, de Marvin Gaye. Longue de 5,15 minutes, cette reprise est tout simplement...fantastique. Je ne vais pas dire que Donny Hathaway la chante mieux que Marvin Gaye, mais c'est, franchement, aussi bien, ce qui, on en conviendra, est vraiment pas mal. Moins chatoyante que la version Gaye (qui brille de mille feux avec des arrangements lyriques absolument inoubliables), cette version live plus soul pure et dure est magnifiée par la voix chaleureuse, remarquable, de Donny, qui interprète le morceau avec un respect absolu, tout en arrivant à la faire sienne. C'est limite s'il ne nous fait pas oublier que la chanson, à la base, est une reprise ! Bref, c'est tout simplement grandiose.

The Ghetto : Un des morceaux les plus longs de l'album avec 12,20 minutes au compteur (hé oui, ce n'est pas la plus longue non plus !), The Ghetto est une chanson signée Hathaway (en partie), datant de 1970 et de son premier album, le remarquable Everything Is Everything, sur lequel elle dure environ la moitié (un peu moins : 7 minutes). Un des sommets absolus du Live, avec notamment un gigantesque, fantastique solo d'orgue signé d'Hathaway, puisque c'est lui qui joue des claviers ici. The Ghetto, dont le titre se passe de commentaires, est une chanson acide et amère, triste et en même temps enlevée, interprétée à la perfection, et jamais ennuyeuse malgré sa durée très imposante. J'ai même envie de m'arrêter là pour cette chanson, tant la perfection se passe de commentaires. Mis à part Voices Inside (Everything Is Everything) situé en fin d'album, on a ici le sommet absolu du Live. Immense.

Hey Girl : 4 minutes pour cette chanson signée Earl DeRouen (percussionniste). Hey Girl est une chanson qui, après le grandiose et époustouflant (et long) The Ghetto, pourrait passer pour faiblarde, anecdotique...Hé bien, pas du tout ! Interprétation encore une fois remarquable d'un Donny Hathaway décidément en très très grande forme sur l'album (ces concerts du Bitter End et du Troubadour divent sans doute figurer parmi ses meilleurs), Hey Girl est une pure petite merveille, un poil trop courte (mais ce n'est pas la plus courte de l'album), mais magnifique de bout en bout. Vraiment un trésor de plus qui achève (car, à même pas la fin de la face A, on le sait déjà) de faire de ce Live un pur monument du genre.

You've Got A Friend : Autre reprise, longue de 4,30 minutes, You've Got A Friend achevait à la perfection la première face. C'est une chanson folk de Carole King, à la base, une chanson qui, dans sa version initiale présente sur l'album Tapestry de Carole King (une chanteuse folk à la Joni Mitchell) de 1971 (amusant : que ce soit la reprise de King, celle de Gaye ou celle, plus loin, de Lennon, les chansons de base datent toutes de 1971 !), était déjà franchement fabuleuse. Là, je n'ai pas peur de le dire : je trouve cette reprise soul par Donny Hathaway meilleure encore que la chanson initiale, folk, de Carole King. Oui, meilleure, ce qui, pour une reprise, et surtout quand elle est faite par un artiste d'un tout autre style musical, est rarissime ! You've Got A Friend est ici tout simplement quintessentielle, que dire de plus ?

Little Ghetto Boy : 4,30 minutes aussi pour ce Little Ghetto Boy signé Earl DeRouen et Mike Howard (guitare), ouvrant la face B. Sublime chanson, interprétée à la perfection. Amusant, de constater que la face A et la face B possèdent toutes deux une chanson avec le mot 'ghetto' et une chanson avec le mot 'friend(s)' dans deux chansons distinctes ! C'était pour l'anecdote à la con. Sinon, Little Ghetto Boy, qui sera samplée par divers artistes de rap (Dr Dre, notamment), ce qui en dit long sur son statut mythique, est une chanson encore une fois tout simplement admirable, intouchable, grandiose.

We're Still Friends : Chanson co-écrite par Hathaway, We're Still Friends, longue de 5,15 minutes, est encore une fois une pure merveille. Une chanson admirable qu'on aimerait écouter et réécouter sans cesse, qu'on aimerait voir durer encore plus longtemps que 5 petites minutes... We're Still Friends est encore une fois, et pas pour la dernière, une chanson admirable, grandiose, interprétée à la perfection et qui suffirait à elle seule à faire de l'album un grand disque. Compte tenu que 7 autres titres peuvent également être décrits de la sorte, ça en dit vraiment long sur le niveau de ce Live, non ? En résumé, c'est immense, une fois de plus, ça en devient même gênant !

Jealous Guy : Seulement 3 petites minutes pour cette chanson, la plus courte du Live (et comme souvent sur un album, comme je l'ai déjà fait remarquer, elle suit ou précède - ici, elle précède - la plus longue de l'album). Il s'agit d'une reprise, la dernière de l'album, et une des plus marquantes malgré sa courte durée. Jealous Guy est évidemment une reprise de la fameuse et magnifique chanson de John Lennon. Ici à la sauce soul-music, ce qui, franchement, tout comme pour la chanson de Carole King plus haut, est absolument magnifique. Interprétation bluffante et chaleureuse d'Hathaway (décidément une des plus belles voix masculines de la soul avec Marvin Gaye, Otis Redding, Stevie Wonder et Al Green), musiciens remarquables, interprétation fidèle de la chanson...Le seul reproche, c'est que c'est trop court !

Voices Inside (Everything Is Everything) : Enfin, le final, avec une chanson issue du premier album d'Hathaway : Voices Inside (Everything Is Everything). Là, je ne sais que dire : c'est le plus long morceau de l'album avec 13,40 minutes, mais croyez-moi, aucune de ces 13,40 minutes n'est en trop. On a droit à un solo de basse fantastique, immense, signé Willie Weeks, et à une interprétation encore une fois époustouflante, aussi bien vocale qu'instrumentale (claviers), de Donny Hathaway, sur cette longue version live d'un de ses classiques, une chanson à la base longue de seulement 3,30 minutes (!) sur l'album studio Everything Is Everything, lequel contient aussi The Ghetto. Chanson signée Phil Upchurch, Richard Powell et Richard Evans. Les deux premiers sont des musiciens d'Hathaway, Upchurch joue d'ailleurs de la guitare sur la première face du Live (sur la deuxième, c'est Cornell Dupree). Cette version imposante de Voices Inside (Everything Is Everything) est tout simplement quintessentielle, le meilleur moment de l'album avec The Ghetto.

 Au final, que dire sur ce Live ? Un album tout simplement parfait, un des plus grands albums live de l'histoire de la musique (et pas seulement de la soul-music), avec une série de chansons qui, originales ou reprises, sont à chaque fois de grands moments pour l'auditeur. Durée parfaite (long, mais pas excessivement long : ce n'est pas un double album de deux titres par face, ce genre de trucs), remarquablement interprété, il n'y à qu'un défaut, et en CD seulement : le livret est ridicule, une simple feuille de papier avec, au dos, en blanc, la liste des morceaux, sans aucune autre précision, ça fait d'un cheap... Mais, sinon, le son est remarquable, surtout pour un live des années 70, et on dire pour finir que ce Live est un des albums essentiels d'une discothèque se respectant.