14

316ème Track-by-track, et pour ce faire, un disque très réussi, sorti en 1972, le premier album de Steely Dan : Can't Buy A Thrill. La pochette est assez hideuse, mais le contenu est, croyez-moi, franchement excellent. Steely Dan, groupe de pop/rock qui passera au jazz-rock dès 1976, était alors constitué de Donald Fagen (chant, claviers), Walter Becker (basse), David Palmer (chant), Denny Dias et Jeff 'Skunk' Baxter (guitares) et Jim Hodder (batterie, percussions, chant sur un titre). Palmer quittera le groupe après ce premier album, laissant ensuite à Fagen la totalité du chant dans le groupe. Dès 1975, le groupe se résumera à Fagen et Becker, perfectionnistes aigus qui, dès lors, engageront des musiciens de studio pour leurs albums,tous immenses jusqu'à Gaucho (1980). Qui sera leur dernier en 20 ans, avant un retour en 2000 et 2003, et puis, plus rien. Pour en revenir à Can't Buy A Thrill, ce n'est pas leur sommet, mais il offre déjà des chansons mémorables. Le voici :

Do It Again : Chaque chanson est, dans le livret (et c'est aussi le cas pour l'album suivant, Countdown To Ecstasy, que j'aborderai en TBT un de ces jours), décrite succintement par une petite phrase. Pour Do It Again, chanson remarquable (et longue : presque 6 minutes), c'est tout simplement "Traditional", ce qui est amusant, car la chanson est une des plus particulières de l'album, une des moins traditionnelles ! Interprétée par Donald Fagen, c'est un des deux hits de l'album, une des meilleures chansons de Steely Dan. Ambiance latino, percussions remarquable, guitares (solo de Denny Dias) sonnant comme le meilleur de Santana, Do It Again est une réussite totale qui ouvre l'album sous les meilleurs auspices. Un monstre sacré, en somme, et le meilleur morceau de l'album, ce qui est toujours gênant quand il s'agit du premier morceau, mais, on n'y peut rien !

Dirty Work : Première chanson interprétée par David Palmer, Dirty Work est décrite comme "How's my little girl ?", autrement dit, assez nébuleuse, la description (Fagen et Becker ont toujours eu beaucoup d'humour, il suffit de lire les notes de pochette des rééditions CD, et surtout celle de Katy Lied, pour en convenir). Dirty Work est une très belle chanson, j'ai même envie de dire que c'est une sublime petite chanson, interprétée avec brio par Palmer. Certes, il n'est pas aussi emblématique que Fagen, vu qu'il ne chante que sur Can't Buy A Thrill, mais il chante bien, vraiment bien, surtout sur cette chanson très pop et au refrain inoubliable. Musicalement, c'est superbe, avec un solo de saxophone de Jerome Richardson (un guest, mais voir ci-dessous pour la liste des guests). Chanson courte (3,10 minutes), malheureusement.

Kings : Fagen au chant pour cette chanson de 3,45 minutes, franchement mémorable (décidément, l'album commence bien, non ?), Kings. On sent déjà tout le cynisme à venir dans cette chanson très bien écrite, musicalement on ne peut plus plaisante, et interprétée avec talent par Donald Fagen, lui qui, à la base, ne voulait pas chanter dans le groupe (il se fera convaincre, et le départ de David Palmer l'obligera à prendre le chant sur toutes les chansons du groupe). Le solo de guitare est signé Elliott Randall, un des musiciens invités sur l'album (premier opus du Dan, et déjà des pointures en guests : Victor Feldman, Randall, Jerome Richardson, les choristes Clydie King, Venetta Fields et Shirley Mathews...),et il est franchement excellent. La chanson est, au final, une des meilleures de l'album. A noter que la phrase décrivant la chanson, dans le livret, est "No political signifiance" ('aucune signification politique') !

Midnight Cruiser : Unique chanson de l'album (4 minutes) à ne pas être chantée par Fagen ou par Palmer, mais par le batteur Jim Hodder, Midnight Cruiser est une assez bonne chanson, sans pour autant être une des meilleures de Can't Buy A Thrill. La faute au chant, ui n'est pas extraordinaire. Pour tout dire, Hodder est un bon batteur (sans pour autant rivaliser avec Keith Moon, John Bonham, Ian Paice, Phil Collins ou Bill Bruford, hein ! Il est juste très bon), mais vocalement parlant, ce n'est pas ça du tout. Bon, ce n'est pas non plus catastrophique (ce n'est que le premier album du Dan, mais Fagen et Becker devaient déjà être bien perfectionnistes, et si Hodder avait chanté comme de la merde, ils n'auraient pas laissé la chanson telle quelle sur l'album), mais ce qui est sûr, c'est que le chant n'est pas pour lui. D'ailleurs, il ne chantera plus sur un album du groupe (dont il fera partie jusqu'à Pretzel Logic inclus, le troisième album et dernier du Dan en tant que 'vrai' groupe) par la suite ! Bref, pas mal, mais mineur. Ah oui, la petite phrasounette de la description est "The cruiser and his cronie out for a last fling"...et tout devient plus clair, hein ?

Only A Fool Would Say That : Interprétée par Palmer et Fagen, Only A Fool Would Say That (2,55 minutes) achève plutôt bien la face A, sans être pour autant une grande chanson. Décrite comme "A message cha-cha" (allez comprendre...), elle est bien interprétée. Les paroles sont franchement remarquables (Becker et Fagen signent, en duo, toutes les chansons de l'album...des albums !), la musique est, ma foi, très correcte (beau solo de guitare par Baxter), l'interprétation est très bonne, surtout de Fagen, car Palmer chante vraiment mieux sur Dirty Work et Brooklyn (Owes The Charmer Under Me). Dans l'ensemble, cette chanson ne vaut pas les précédentes, exception faite de la précédente directe, mais elle se laisse écouter sans problème.

Reelin' In The Years : Egalement décrite par la sybilline phrase "How's my little girl ?" (une erreur, probablement), Reelin' In The Years, ouvrant la face B, interprétée par Fagen, est l'autre grand classique absolu de l'album après Do It Again. Une chanson pop remarquable, refrain inoubliable et interprétation de haute classe. Ceci dit, si j'aime vraiment la chanson, qui est sublime et imparable, je dois dire que je préfère amplement Do It Again. Mais la chanson assure totalement, avec cette steel guitar jouée par Jeff 'Skunk' Baxter, et cette ambiance pop, vaguement jazzy, et totalement remarquable. Bref, une chanson mémorable de plus pour l'album. Elle dure, au fait, 4,35 minutes.

Fire In The Hole : Aucune description dans le livret pour cette chanson de 3,30 minutes, pour laquelle il n'est d'ailleurs pas précisé qui chante ! Solo de guitare de Baxter, et chant tenu par Donald Fagen. Fire In The Hole est une chanson sympathique, mais très mineure, probablement même la moins bonne de Can't Buy A Thrill. Pour une fois, on peut dire du chant de Fagen qu'il est correct, mais pas transcendant. Fire In The Hole ne suscite, au fond, qu'un ennui poli, une chanson sympa mais pas intéressante, un peu fantôme, coincée, de plus, entre deux très très belles chansons. Le point faible de l'album, même si ce n'est pas nul à chier.

Brooklyn (Owes The Charmer Under Me) : D'une durée de 4,20 minutes, Brooklyn (Owes The Charmer Under Me), interprétée par Palmer, est décrite par la phrase "President Street Pete is the beneficiary here". Chanson très pop remarquablement bien interprétée par David Palmer, dans le même registre que Dirty Work, elle fait partie des plus belles de l'album. Même si Palmer ne correspond pas vraiment au son steelydanien, c'est quand même, dans un sens, dommage qu'il soit parti, car une chanson telle que celle-là, franchement, c'est du grand art, une pure petite merveille douce comme une pluie d'été. On en redemande !

Change Of The Guard : 3,40 minutes pour Change Of The Guard, chantée par Palmer (avec un peu Fagen), décrite par la phrase "Remember this one from college ?". Encore une chanson ssez mineure, mais tout de même largement supérieure à Fire The The Hole. Change Of The Guard est du même niveau que Midnight Cruiser, avec une interprétation vocale supérieure. Une chanson très sympa, pas trop longue, bien écrite et composée, qui ne rend pas l'album meilleur, mais ne le rabaisse pas non plus. Franchement, c'est du bon boulot, une fois de plus !

Turn That Heartbeat Over Again : "A solemn prayer for peace", voilà comment est décrite, dans le livret CD, Turn That Heartbeat Over Again, dernière chanson de l'album, et assurément une des plus réussies. On notera que cette chanson, essentiellement interprétée par Fagen, possède des choeurs signés Walter Becker, probablement sa seule vraie participation vocale à un album du groupe, vu que le Becker se contente, dans le groupe, généralement, de jouer de la guitare ou de la basse. Palmer chante aussi sur ce titre qui achève à la perfection ce premier album pas grandiose en totalité (mais contenant franchement plus de belles chansons que de chansons moyennes), mais très réussi, et qui est à conseiller à tous les amateurs de pop/rock et du groupe (parmi ceux qui ne connaîtraient pas encore Can't Buy A Thrill, évidemment). Remarquable chanson (5 minutes) au refrain imparable.

 Alors, que dire ? Oui, Can't Buy A Thrill ne contient pas que des merveilles : peu de chansons sont moyennes (on en note deux, voire trois), d'accord, mais il y en à, là où les albums suivants du Dan ne contiendront que des merveilles. Sinon, ce premier album est franchement aussi bon que sa pochette est ratée (et un simple coup d'oeil au haut d'article vous montrera à quel point elle est ratée, cette pochette ! Montrant des putes, elle sera censurée en Espagne franquiste, pour ce que ça change). Niveau chant, Fagen est d'ores et déjà parfait, et David Palmer, qui ne sera donc plus dans le groupe dès l'album suivant, est, ma foi, convaincant la plupart du temps (mais néanmoins, sa voix, pour bonne qu'elle est, ne correspond que moyennement à Steely Dan ; je l'imagine difficilement chanter des chansons telles que Kid Charlemagne, Aja ou Everyone's Gone To The Movies, chansons du groupe, par exemple). Les chansons sont essentiellement excellentes, la production est bonne (et déjà du fidèle Gary Katz)... Bref, s'il n'arrive pas au même niveau que les suivants (excepté Gaucho, qui est du même niveau, mais que je préfère), Can't Buy A Thrill n'en demeure pas moins une réussite, surtout en tant que premier album !