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314ème Track-by-track, et pour ce faire, un disque essentiel à tout amateur de rock : Funeral. C'est le premier album d'Arcade Fire, groupe de rock canadien, et il date de 2004. L'album s'appelle ainsi, car plusieurs des membres du groupe ont eu à subir un deuil dans leurs familles, au moment de l'enregistrement, ou de la création, de l'album. Le titre mortifère ('enterrement') n'empêchera pas Funeral de super bien marcher et de se classer directement parmi les sommets du rock des années 2000. Un disque sublime et quasiment conceptuel (quatre des cinq premières chansons forment un cycle, Neighborhood), très étrange, parfois chanté en français (Régine Chassagne, accordéoniste, claviériste et chanteuse occasionnelle, est canadienne francophone), doté de mélodies aussi remarquables qu'inclassables (j'ai classé ça en rock alternatif, mais en fin de compte, ça n'en est pas vraiment !), très étranges, des sonorités sublimes et particulières qui rendent ce disque totalement marquant et original. Ce disque, d'ailleurs, le voici :

Neighborhood #1 (Tunnels) : Que dire de plus, sinon que Funeral s'ouvre aussi magnifiquement qu'étrangement ? Tunnels est le premier des quatre morceaux du cycle Neighborhood, et est une des plus belles chansons de l'album. Interprété par Win Butler (américain du Texas, aussi à la guitare), ce morceau possède une ambiance indescriptible. Des paroles, également, aussi fantastiques qu'étonnantes sur des enfants et adolescents retournant quasiment à l'état sauvage après que des tempêtes de neige gigantesques aient entièrement recouvert leurs maisons. Ils creusent des tunnels d'une fenêtre à une autre, pour se retrouver entre eux, partant vivre ensemble, entre enfants, Then we think of our parents, whatever happened to them ? Le morceau est sensationnel, le chant de Butler est particulier (il faut s'y faire, à sa voix parfois discordantes, grimpant dans les aigus sans prévenir), l'accompagnement musical, qui est aussi bien rock (guitare, batterie, basse) que très 'folklorique' (accordéon, xylophone, harpe), offre une palette incroyable au morceau (à l'album, en fait). Indescriptible et sublime.

Neighborhood #2 (Laïka) : Deuxième partie de la suite Neighborhood, Laïka est tout aussi étrange, musicalement parlant (le morceau commence par un accordéon, joué par Régine Chassagne). Interprété par Butler avec des vocalises de Chassagne (sauf erreur de ma part, les deux forment, dans la vie, un couple, mais je peux me tromper), le morceau est assez trépidant, plus énergique et 'joyeux' que Tunnels. Le refrain est très mouvementé, et franchement grandiose : Our mother shoulda just named you Laïka, it's for your own good, it's for the neighborhood (quand Butler prononce 'Neighborhood', on dirait un coq en train de se faire égorger...). Le morceau est plus énergique et rock que le précédent, tout en étant très folklo aussi (l'accordéon). Ca s'emballe vers la fin, d'une manière remarquable. A noter que Laïka, historiquement parlant, est le nom de la chienne russe qui fut la première à aller dans l'espace, ne revenant pas vivante de cette expédition...

Une Année Sans Lumière : Magnifique chanson interprétée par Butler, en français (enfin, il y à un peu d'anglais aussi). Oui, les paroles de Une Année Sans Lumière sont parfois moyennes (Je monte un cheval qui porte des oeillères et par la suite Ne dis pas à ton père qu'il porte des oeillères), mais on s'en cogne un peu (au fait, les paroles sont dans le livret). Musicalement, c'est doux, sublime, avec cependant une grosse accélération dans le final, ça s'emballe encore une fois, devient plus rock, plus énergique, sans pour autant passer dans le rouge. Une Année Sans Lumière, qui ne fait pas partie de la suite Neighborhood et sert donc de pause, d'intermède, est une des meilleures chansons de Funeral. Vraiment une splendeur.

Neighborhood #3 (Power Out) : Retour à la suite Neighborhood avec Power Out, dont l'intro est on ne peut plus réjouissante pour un amateur de pop '80's. En effet, Power Out commence comme un pur morceau de new-wave à la New Order ! L'effet est saisissant. Très rock et trépidant, interprété par Butler (Régine Chassagne n'interprète que peu de morceau, à elle seule, sur Funeral : deux, en fait), ce troisième volet des Neighborhood est une réussite de plus, même si je préfère amplement Tunnels et Laïka, qui ont plus de charme, d'intérêt (leur côté inclassable, musicalement recherché). Power Out est franchement une très bonne chanson, mais plus classique, dans un sens, et en cela, elle me touche moins. Mais ça reste, vraiment, du grand art !

Neighborhood #4 (7 Kettles) : La fin du cycle musical Neighborhood avec 7 Kettles, pour moi le morceau le moins bon de la suite. Si Power Out était classique mais franchement réussi, 7 Kettles, moins classique, plus proche du son des précédents morceaux, est un peu moyen, selon moi. Sans être non plus vraiment moyen, car il est très écoutable et sympa, ce morceau encore une fois interprété par Win Butler. Mais je n'ai jamais vraiment réussi à m'attacher à ce 7 Kettles un peu anecdotique, quelque part. Je n'arrive jamais à me souvenir de la mélodie, du chant de ce morceau, ce qui n'est jamais bon signe : quand un morceau ne marque pas, c'est qu'il est moyen (ou pire, mais 7 Kettles n'est pas nul). Bref, un des deux morceaux qui me plaisent le moins avec Crown Of Love, qui est...le suivant.

Crown Of Love : A partir de ce morceau, Funeral passe à des chansons indépendantes, plus de suites musicales. Crown Of Love est donc la deuxième chanson indépendante de l'album (n'oublions pas Une Année Sans Lumière) de l'album, et c'est probablement le morceau qui me plaît le moins ici. Je ne vais pas aller jusqu'à dire que Crown Of Love est mauvaise, certainement pas (il n'y à pas de ratages sur cet album), mais c'est clairement le morceau que je n'aime pas trop sur Funeral, il en fallait un, dans un sens (j'aurais préféré que non), et c'est celui-là. La suite de l'album est franchement bonne, voire grandiose pour le final de Funeral, mais Crown Of Love m'a toujours un peu ennuyée. C'est, au fait, Butler au chant, qui chante bien, mais ça ne suffit pas pour moi (les paroles sont également très bien écrites).

Wake Up : Bien meilleure est cette chanson, Wake Up, encore une fois interprétée par Butler. Si les deux chansons précédentes m'avaient quelque peu déçues, je ne l'ai pas été du tout par Wake Up, chanson franchement remarquable, certes pas le sommet de Funeral (pour ce qui est du sommet, j'hésite entre Une Année Sans Lumière, Neighborhood #1 (Tunnels), In The Backseat et Rebellion (Lies), pour tout dire !), mais assurément une chanson du niveau de Neighborhood #3 (Power Out), autrement dit, un très très bon niveau général. Un morceau encore une fois très inclassable, dans le plus pur style Arcade Fire. Une bien belle réussite !

Haïti : Interprétée par Réginne Chassagne, et essentiellement en français, Haïti est une pure petite merveille en hommage à cette fameuse île des caraïbes ayant par ailleurs bien morflé l'an dernier. Bien que née au Québec, Chassagne est originaire d'Haïti (sa famille est de souche française et d'origine haïtienne). La chanson, pas du tout rock et, même, totalement dans l'esprit caribéen, est une pure petite merveille en hommage à l'île non pas de sa naissance, mais de ses origines. Une superbe voix, des paroles très belles (un peu d'anglais aussi dans la chanson, mais surtout du français), font de ce Haïti une sublime chanson. Une chanson bien triste, aussi et surtout.

Rebellion (Lies) : Un des quatre singles issus de l'album. Rebellion (Lies) est interprété par Butler, et est une chanson tout simplement exceptionnelle. Une montée en puissance phénoménale, magnifique, grandiose, sublime, magistrale, en fait, les mots me manquent pour décrire cette chanson. C'est probablement sur cette chanson que Win Butler livre sa meilleure prestation vocale sur Funeral, tout simplement. Rebellion (Lies) est une claque mémorable sans pour autant être violente (oh que non !). C'est une chanson du style à faire chanter tout un stade (Every time you close your eyes), remplie d'émotion, une chanson toute en finesse, en douceur, tout en étant assez énergique, au fur et à mesure qu'elle avance. Un morceau tout simplement...sublime. Et pourtant, pas le meilleur de l'album, dingue, mais vrai !

In The Backseat : Le morceau le plus long (6,20 minutes) et le meilleur de l'album. In The Backseat est interprété par Régine Chassagne. Un morceau qui prend aux tripes (je vous défie de rester insensible au final lyrique, ou bien au refrain), interprétation tout simplement exceptionnelle de Chassagne (quelle voix !), musicalement paradisiaque avec ces arrangements lyriques et le groupe qui, discrètement, accompagne avec des instruments plus rock (batterie, basse, etc). Le morceau, bien que long, défile trop rapidement, et se finit avec une forte envie (mieux : un besoin) de revenez-y. Une conclusion admirable, triste, mélancolique, et de toute beauté, pour un album franchement remarquable qui sera qualifié, à sa sortie, d'album rock de l'année par Bowie lui-même, fortement impressionné.

 Disque émouvant et trippant, Funeral est donc une réussite absolue. Sur les dix titres de l'album (pour un peu moins de 50 minutes), pas moins de six sont de totales merveilles. Notamment ce couplé final, inoubliable. Musiciens nombreux (Arcade Fire, en fait, c'est un gang, une clique, plus qu'un groupe) et talentueux, interprétation vocale éblouissante de Win Butler et Régine Chassagne, mélodies souvent étranges, mais toujours parfaites, textes superbes également, ambiance impalpable et inoubliable, Funeral est un album tout simplement essentiel. On notera juste en reproche la production, très bonne, mais pas aussi bonne que ce que l'on pourrait attendre d'un disque de rock (ou d'un disque tout court) sorti en 2004. Mais on sent que le groupe n'a pas bénéficié de moyens gargantuesques pour enregistrer l'album, donc, c'est totalement excusé. Sinon, un disque tout simplement essentiel.