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Pour ce 308ème Track-by-track, un disque assez complexe, sorti en 1978 : le deuxième album solo de Peter Gabriel. Comme le précédent, et comme le suivant, il ne porte pas de titre, mais est connu, outre par l'appellation I, II ou III, par un surnom en rapport à la pochette (le premier album est surnommé Car car on y voit une voiture, le troisième est surnommé Melt, car Gabriel est représenté avec un visage qui coule, fond, se mélange). Ce deuxième album, Peter Gabriel II, est surnommé Scratch, car la pochette en noir & blanc, arty, montre Gabriel déchirer, de ses mains, le visuel. A noter que le quatrième album de Gabriel sera appelé Security, bien qu'à aucun endroit ce titre n'apparait, mais c'est une anecdote sans lien avec le deuxième album, donc, on s'en fout un peu. Revenons à ce deuxième opus, lequel a été enregistré avec des musiciens de grand talent (Tony Levin, Larry Fast, Roy Bittan, Jerry Marotta), et a été produit par Gabriel et Robert Fripp, lequel joue aussi sur le disque (c'est crédité sur la pochette vinyle, mais plus sur le livret CD de la plus récente réédition !). C'est un disque assez froid, complexe, parfois expérimental (pas tout le temps), et généralement mal-aimé des fans, car ne contenant que peu de classiques, et assez froid de ton. N'empêche, c'est probablement un des meilleurs albums de Gabriel avec les deux suivants, et le voici :

On The Air : Une des chansons les plus connues de Peter Gabriel. On The Air est aussi la plus longue de l'album avec 5,30 minutes. Après 15 secondes de silence, un immense riff surgit, et la voix de Pete Gab', fantastique. On The Air est une des chansons les plus évidentes de Peter Gabriel II/Scratch, une chanson très rock, franchement remarquable, cultissime, que Gabriel chantera souvent en live. Sur le double Plays Live de 1983 (qui est excellent et résume bien le début de carrière solo de Gabriel), c'est, avec la suivante, la seule chanson de Scratch présente. On comprend pourquoi, même si c'est dommage qu'il n'y en ait pas plus sur le live ! Ambiance fantastique, court mais nerveux solo de guitare (de Sid McGinnis et Fripp), claviers remarquables (Larry Fast au synthétiseur dans le remarquable final futuriste)...Bref, gigantesque !

D.I.Y. : Seulement 2,35 minutes (mais ce n'est pas la plus courte des chansons de l'album) pour D.I.Y., au titre étrange signifiant en fait Do It Yourself (un des credos punk avec No Future). D.I.Y. est une chanson mémorable, elle aussi (et ce n'est pas la dernière sur l'album à être dans ce cas !), qui bénéficie d'une excellente partition de piano signée Gabriel (qui la joue). Chanson assez tribale, dans un sens : courte, elle est pleine d'urgence, sans être punk. Le piano entêtant et omniprésent, le chant de Gabriel dans le refrain, qui est aussi simpliste qu'efficace (D.I.Y., D.I.Y., D.I.Y., D.I.Y....), tout concourt à faire de cette chanson une de mes préférées du chanteur.

Mother Of Violence : Co-écrite par Gabriel et sa femme de l'époque Jill, Mother Of Violence est une chanson aussi calme que son titre est agressif ('la mère de la violence'). Laquelle est, selon Gabriel, la peur (Fear, she's the mother of violence). Magnifique chanson, interprétée avec talent et douceur par un Gabriel tout simplement bluffant, accompagné essentiellement d'une sublime partition de piano (Roy Bittan, du E-Street Band). 3,10 minutes tout simplement sensationnelles. Mother Of Violence bénéficie de plus de paroles vraiment bien écrites, ce qui ne gâche rien, et est un indéniable moment de répit après deux chansons assez énergiques. Sublimissime.

A Wonderful Day In A One-Way World : 3,30 minutes pour A Wonderful Day In A One-Way World, chanson qui, sur certaines éditions de l'album (en cassette audio), se trouve inversée avec Home Sweet Home et White Shadow : White Shadow se trouve en lieu et place de A Wonderful Day In A One-Way World, qui se trouve, elle, à la place de Home Sweet Home, qui se trouve, elle, à la place de White Shadow ! Mais prenez donc une aspirine ! Bon, revenons à la chanson, qui est plus rythmée que Mother Of Violence, sans être du pur rock. Mélodie étonnante, faisant un peu penser à du reggae dans les couplets, et plus du tout dans le remarquable refrain. Ce n'est pas ma préférée de l'album, mais, franchement, A Wonderful Day In A One-Way World ('une merveilleuse journée dans un monde à sens unique') est une pure petite réussite pop/rock, assez étrange cependant (Gabriel's style).

White Shadow : Achevant la face A, White Shadow possédait, en vinyle, du moins sur son édition originale, un locked groove (sillon bloqué, faisant éternellement tourner le disque jusqu'à ce que l'auditeur se lève pour le stopper), procédé aussi utilisé sur le Metal Machine Music de Lou Reed ou le Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles. Mais le morceau dure 5,15 minutes sans le locked groove. White Shadow est incontestablement une des plus grandes réussites de l'album et de Peter Gabriel en solo. Que dire ? Solo de guitare absolument grandiose de Robert Fripp (marrant que dans le livret, il ne soit pas crédité en tant que musicien - c'est le cas sur le vinyle - car on l'entend bien !), ambiance franchement fantastique, synthé de Gabriel, White Shadow est un must.

Indigo : Indigo ouvre donc la face B, avec 3,30 minutes. Chanson douce, calme, avec une sublime partition de piano de Bittan. Un peu comme Mother Of Violence, Indigo est une pure petite merveille mélodique, sobre, calme, zen, qui ouvre à merveille la face B de Scratch. Le morceau devient plus rythmé au bout d'un moment, mais reste très calme et zen. Sid McGinnis à la steel guitar, Tony Levin à la string-bass, notamment, sur cet Indigo vraiment magnifique et reposant. Une des plus belles chansons de l'album, sans être cependant ni la plus belle, ni ma préférée. Mais je l'aime beaucoup.

Animal Magic : Gabriel au synthétiseur sur cet Animal Magic au piano (joué par un musicien du nom de Bayete) très boogie, très piano-bar. Chanson encore une fois assez courte (3,25 minutes) et qui, sans être le sommet de Peter Gabriel II/Scratch, est vraiment très bonne. Le chant de Peter Gabriel est aussi énergique et entraînant (tout en restant du Gabriel) que le piano de saloon, et Animal Magic est au final une chanson, ma foi, très agréable à l'écoute. La guitare ne me semble pas être de Fripp, mais plutôt de McGinnis (cependant, je ne crois pas qu'un guitariste soit vraiment crédité sur ce titre, bizarre, non ?).

Exposure : 4,10 minutes quintessentielles. Même si la version présente sur l'album du même nom de Robert Fripp (Exposure, 1979), chantée par Terre Roche, est encore supérieure. Mais Exposure est tout simplement grandiose, un morceau atmosphérique, oppressant, vaguement oriental (la mélodie de claviers), expérimental, signé Gabriel et Fripp. Un morceau simple, niveau paroles (on entend surtout le titre, répété), mais pas du tout, niveau musical. Exposure est une claque, bénéficiant de Frippertronics (effets sonores joués par Fripp), et possédant une atmosphère tout simplement impalpable. Une sorte de transe tout simplement culte et remarquable. Le sommet de l'album, devant White Shadow, On The Air et D.I.Y., clairement. Mais la version chantée par Terre (prononcer Terry) Roche, sur l'album de Fripp, est encore plus forte.

Flotsam And Jetsam : Morceau le plus court (2,15 minutes), Flotsam And Jetsam (le titre signifie 'épaves', et est le titre d'un des chapitres du Seigneur Des Anneaux de Tolkien, mais la chanson ne parle pas de ça) est une bien belle petite chanson bénéficiant d'une ligne de piano (de je ne sais pas qui, ce n'est pas crédité, ah ah ah !), et interprétée encore une fois à la perfection par Gabriel. Une chanson qui semble parler d'un bateau en train de sombrer corps et biens dans la mer. Une chanson beaucoup trop courte que ce Flotsam And Jetsam, mais ça ne signifie pas pour autant, au contraire, qu'elle ne soit pas bonne. Elle est vraiment belle !

Perspective : Un riff bien rock (de Sid McGinnis) ouvre les 3,25 minutes de Perspective, chanson assez basique mais très agréable et sympathique, très bien foutue. Un remarquable saxophone de Tim Capello (qui joue aussi sur le titre suivant) pour apporter un peu d'intérêt en plus à ce morceau assez simple, donc (vraiment du classique, pas d'originalité, Gabriel chante bien, mais ce n'est pas Exposure ou White Shadow), ce qui ne l'empêche pas d'être vraiment agréable à l'écoute. C'est cependant e morceau qui me branche le moins sur Scratch, au final.

Home Sweet Home : 4,35 minutes pour le final. Home Sweet Home est une excellente chanson bénéficiant encore de Tim Capello au saxophone, de Bittan au piano, mais aussi de Gabriel à l'orgue. Une sublimissime conclusion pour Scratch, album vraiment réussi, souvent recherché, et étonnamment mal-aimé des fans (enfin, de la moitié des fans), parce que ne contenant pas assez de tubes. Ce qu'il ne faut pas entendre ! Home Sweet Home est une chanson admirable, qui achève à la perfection ce disque plus agressif de part sa pochette déchirée que part ses morceaux, plus sobres qu'il n'y parait (mais ça reste plus expérimental que l'album précédent et que les suivants, IV/Security excepté). Immense !

 Peter Gabriel II/Scratch est donc un remarquable album, que le co-producteur Robert Fripp (guitariste/leader de King Crimson) considère comme étant, quelque part, le premier volet d'une trilogie dite MOR ('Middle Of the Roa'd, autrement dit, en gros, du rock mainstream) constituée aussi de son album Exposure de 1979 et du Sacred Songs de Daryl Hall (qui ne sortira que tardivement, en 1980, mais date de 1977). Fripp doit avoir une bonne raison pour dire ça (à noter que sur Exposure, on trouve, comme je l'ai dit plus haut, une autre version de Exposure, mais aussi de Here Comes The Flood, chanson présente sur le premier album solo de Gabriel) ! Mais revenons à Scratch. C'est un disque un peu complexe, froid (la pochette est glaciale, dans le vrai sens du terme, on voit, au dos, Gabriel, en n&b, marcher, penché en avant, dans un décor urbain glauque et surtout enneigé), mais franchement remarquable, rempli de grandes chansons tout du long de ses 42 minutes, et tout amateur de Peter Gabriel se doit de l'écouter !