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306ème Track-by-track, et pour ce faire, un disque très réussi et très peu connu sorti en 1974, Heroes Are Hard To Find. C'est un album de Fleetwood Mac, et c'est le cinquième et dernier des albums que le groupe fera avec le guitariste et chanteur Bob Welch, arrivé en 1971, et qui partira de lui-même après ce dernier album. Sur la très étrange (et plutôt ratée) pochette, Mick Fleetwood, batteur du groupe, avec un mioche inconnu, en trois exemplaires. Bizarre. Musicalement, aussi, l'album est parfois un peu bizarre : sur les 11 titres (pour 39 minutes), Welch en a signé et chanté 7 (les 4 autres sont signés de la claviériste Christine McVie, à l'époque femme du bassiste du groupe, John McVie), et ces morceaux sont, pour certains, assez aventureux, atmosphériques. Assurément, c'est, des cinq albums du groupe avec Welch (une période très réussie, ma préférée du groupe, mais pas la plus connue et estimée, et au succès commercial pour le moins minime), le plus welchien. Après le départ du chanteur/guitariste, le groupe recrutera la chanteuse Stevie Nicks et le guitariste et chanteur Lindsey Buckingham (qui étaient ensemble), et la période faste du groupe commencera alors (album Rumours en 1977, un best-seller mondial et une réussite absolue). Mais en attendant, c'est Heroes Are Hard To Find, que voici, qui nous intéresse ici :

Heroes Are Hard To Find : La première chanson de l'album est signée Christine McVie, et est donc la chanson-titre. Heroes Are Hard To Find est une chanson pop remplie de cuivres très réjouissants et d'une sublime partition de piano (Christine McVie est la claviériste du groupe). Pop, entraînante, cette chanson, c'est 3,35 minutes de pur bonheur. McVie n'offre que peu de chansons sur cet album, mais c'est à chaque fois une grande réussite. Bref, dans l'ensemble, on a ici une pure petite merveille pop emblématique de Fleetwood Mac, qui ouvre bien l'album.

Coming Home : Première chanson signée Bob Welch sur l'album, Coming Home est quasiment un instrumental, et est le morceau le plus spécial de l'album. Bruits étranges, distorsion, voix bizarres, piano et guitare lounge, qui surgissent de nulle part, Coming Home se pose là comme étant le titre le plus atmosphérique, aventureux, étrange, de Heroes Are Hard To Find. Quand la voix de Welch (douce, suave, aérienne et distante) surgit, c'est magnifique, mais ça ne rend pas le morceau plus mainstream pour autant. Welch chante super bien, de sa si douce et particulière voix (une voix parfaite pour la pop), et ce morceau est, au final, une des incontestables réussites de l'album, et même de la période 1971/1974 du groupe, pendant laquelle Welch fut membre.

Angel : Welch encore, pour cette chanson également assez atmosphérique, mais tout de même plus rock et classique. Angel est une autre grande chanson méconnue à découvrir absolument. Tout comme Coming Home, Angel dure 3,55 minutes. Welch livre une performance vocale très réussie, chant plus énergique que de coutume et niveau guitare, il est également en grande forme (le morceau démarre par un court solo de guitare distordue). J'adore le son de la guitare de Welch pendant les refrains, qui sont également très bien foutus. Au final, une chanson tout bonnement excellente, qui place vraiment l'album parmi les meilleurs du groupe (les trois premières chansons sont aussi réussies les unes que les autres), et aussi comme étant, avec Tusk, un des plus aventureux.

Bermuda Triangle : Welch toujours, avec Bermuda Triangle, chanson de 4,10 minutes qui livre encore une fois une ambiance étrange et aventureuse, recherchée. Percussions tribales de Fleetwood, guitare remarquable et acoustique, et le chant de Welch, toujours aussi excellent, pour ouvrir cette chanson franchement sublime. Au bout de 1,15 minute, le morceau passe à la vitesse supérieure, devient plus rythmé, avec des nappes de claviers, l'arrivée de la basse, et un jeu de batterie plus soutenu et classique. Et toujours cette guitare acoustique, un peu flamenco, tout simplement sublimissime. Encore une fois, Bob Welch prouve son immense talent d'auteur/compositeur avec Bermuda Triangle, qui fait, comme les autres chansons, partie des sommets (il y en à !) de l'album.

Come A Little Bit Closer : Retour de Christine McVie pour la dernière chanson de la première face, le sublimissime Come A Little Bit Closer, 4,45 minutes de pur bonheur pop. Que dire ? Christine McVie, avec sa sublime voix rauque et grave, a toujours eu le chic pour écrire de sublimes chansons pop, entraînantes (Morning Rain, Homeward Bound) ou douces (Spare Me A Little Of Your Love, Songbird, Warm Ways). Come A Little Bit Closer, avec ses sublimes arrangements, est une chanson tout simplement immense, avec des choeurs parfaits et une rythmique énergique, mais pas trop. Achevant à la perfection la face A, c'est sans doute la meilleure chanson de McVie sur l'album, rien que ça.

She's Changing Me : La face B s'ouvre sur le court (3 minutes) et très pop She's Changing Me, de Welch, une chanson aussi simple (simpliste, même), traditionnelle, pop pure, que Coming Home, Angel et Bermuda Triangle étaient recherchées. N'allez pas croire que She's Changing Me n'est pas bonne, au contraire ! C'est une bien belle petite chanson bien réjouissante, un petit joyau pop sans prétention, facilement retenable, et qui ouvre à merveille la face B. En un mot comme en cent, She's Changing Me assure.

Bad Loser : Chanson signée McVie, Bad Loser est assez sympathique. Une chanson démarrant d'une manière assez sombre et aventureuse, un peu comme Coming Home, en moins space. Batterie tribale, piano entêtant, chant remarquable de Christine McVie, Bad Loser est plus rock que les deux précédentes chansons signées de la claviériste. Basse sensationnelle de son mari de John, guitare très remarquable aussi de Bob Welch. Sans être le sommet de l'album, tout comme la chanson suivante, Bad Loser est définitivement une très très bonne chanson assez rock.

Silver Heels : Welch aux commandes pour ce Silver Heels aussi long (3,25 minutes) que la précédente chanson. Comme c'était aussi le cas pour Bad Loser, Silver Heels est une très très bonne chanson, sans pour autant se classer dans les sommets de Heroes Are Hard To Find. Une chanson assez rock, qui démarre directement, sans intro, par le chant de Welch et sa très efficace guitare. Refrain plus pop, limite aérien. Mais le morceau est tout aussi rock, sinon, que l'était Angel, ou même She's Changing Me, Welch est limite énervé sur ce morceau (mais sa voix reste suave, douce, ce mec ne peut pas vraiment hurler, ce n'est pas dans son style). Silver Heels est, dans l'ensemble, excellent.

Prove Your Love : Dernière chanson signée Christine McVie, voici l'efficace Prove Your Love, 4 minutes bien pop. Un morceau grandiose (intro fantastique : ces vocalises, à vous filer le frisson tant elles sont belles). Avec Come A Little Bit Closer, c'est la meilleure chanson de McVie sur l'album. Prove Your Love est le genre de chanson qui peut vous rendre accro aux chansons de McVie : l'alchimie entre sa voix et la mélodie (piano entêtant et sublime) est totale, et totalement réussie. Vraiment grandiose.

Born Enchanter : 2,55 minutes absolument étonnantes, aériennes, bluesy et pop, signées Welch, que sont celles de ce Born Enchanter, avant-dernier morceau de l'album. Là, le chant de Bob Welch est juste sublime, tout dans les aigus, une de ses meilleures performances vocales de l'album. Et sa guitare... Born Enchanter est trop courte, mais remarquable. Cet album est décidément l'album de Welch, qui en a profité (sans doute pensait-il déjà partir, quitter Fleetwood Mac, au moment d'enregistrer l'album) pour se lâcher, offrir des ambiances inclassables, faire de ce disque un album à part dans la discographie du Mac. Tout simplement sublime.

Safe Harbour : Enfin, le morceau le plus court de Heroes Are Hard To Find : Safe Harbour. 2,30 minutes en tout pour ce morceau atmosphérique, aventureux, sublimissime et signé Welch, quasiment instrumental. S'il n'y avait quelques mots prononcés par Welch, de sa si magnifique voix, en toute fin de morceau, le morceau serait un instrumental ! Ambiance parfaite, relaxante, on est, après tout, dans un port on ne peut plus sécurisé (le titre), rien ne peut arriver ici. Safe Harbour est un morceau vraiment sublime, idéal pour achever cet album on ne peut plus remarquable et original, bénéficiant d'une assez bonne production du groupe et de Bob Hughes. Excellent.

 Bref, un très très bn disque que ce Heroes Are Hard To Find, un album rempli de superbes chansons. Si Christine McVie est un peu négligée ici (seulement quatre titres), ce qu'elle avouera avoir ressentie par la suite au cours de cette période (elle se rattrapera par la suite sur les albums suivants), elle offre cependant de vraies réussites. Mais l'album est définitivement celui de Bob Welch, musicien sous-estimé et peu connu, qui a réussi à faire survivre le groupe de 1971 à 1974, époque où le Mac avait du mal à vendre ses albums. Welch, il me semble, ne sera pas invité à la cérémonie du Rock'n'Roll Hall Of Fame, quand le Mac y sera intronisé, ce qui est douteux, car sans lui, le Mac n'aurait pas vraiment existé dans les années 70 ; il a servi de transition entre le blues-rock des débuts et la pop/rock des années 1975/2003 (année de sortie du dernier opus studio, Say You Will). Certes, les albums de la période Welch ne sont pas connus, et pas commerciaux (aucun tube, sauf Hypnotized en 1974, sur Mystery To Me, et encore, ce fut un tube mineur et surtout sur les radios américaines), mais ils sont franchement remarquables (sauf Penguin de 1973), et il faut les écouter (deux d'entre eux, dont ce Heroes Are Hard To Find, sont en TBT). Ce dernier opus de cette période peu connue est un des meilleurs avec Bare Trees et Future Games, respectivement de 1972 et 1971. Remarquable.