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Pour ce 302ème Track-by-track, un disque mythique pour tout amateur de rock progressif et de rock français : Au-Delà Du Délire. C'est le troisième album studio d'Ange, groupe de rock progressif français (sans doute un des meilleurs groupes de rock de notre pays, même si sa musique n'est pas exempte de clichés), et il est sorti en 1974 sous une sublime illustration de Philippe Huart. Il contient une des plus fameuses chansons de rock français, et est, dans l'ensemble, une réussite, au même titre que l'album suivant du groupe (Emile Jacotey de 1975). De plus, contrairement aux deux précédents albums (Caricatures et Le Cimetière Des Arlequins, qui sont, de plus, inégaux), il possède une production franchement très bonne, à la hauteur j'ai envie de dire (elle a vieilli, mais comparé aux deux précédents albums, rien à voir). En gros, ce disque est une belle réussite de rock progressif français, que voici :

Godevin Le Vilain : 3 minutes pour Godevin Le Vilain, première chanson de l'album. Mellotron envoûtant, joli piano, et la voix de Descamps, lyrique mais très belle, tout concourt à faire de ce morceau à l'ambiance très médiévale un des meilleurs de l'album. Je ne sais plus très bien son nom, je crois qu'il s'appelait Godevin le Vilain... Un très bon solo de guitare, court, mais vraiment efficace. Au final, cette chanson est emblématique du son d'Ange. Sans être le sommet de l'album, c'est une des plus belles. Pas facile de parler sur cette chanson assez simpliste malgré sa mélodie très progressive.

Les Longues Nuits D'Isaac : 4 minutes pour Les Longues Nuit D'Isaac. Un gros riff bien doom démarre la chanson avec énergie et violence. Clairement, la chanson est plus mouvementée, sombre et rock que le très médiéval Godevin Le Vilain. C'est encore une fois une très très bonne chanson, meilleure encore que la précédente et que la suivante. Une chanson sombre sur l'adultère. Le chant de Christian Descamps, bien que trop pompeux quand il monte dans les aigus, est excellent, puissant. Changements de rythmes, ambiance étrange, Les Longues Nuit D'Isaac est un modèle de rock progressif. Bon, c'est clair que rien, sur Au-Delà Du Délire, n'atteint les sommets des meilleures chansons de Genesis, Yes ou King Crimson, mais c'est franchement du très très bon !

Si J'Etais Le Messie : Un morceau légendaire. 3 minutes tout rond pour Si J'Etais Le Messie, qui n'est en fait qu'une déclamation de Christian Descamps, avec une musique plus ou moins oppressante en fond sonore (c'est de plus en plus oppressant au fur et à mesure, jusqu'à l'explosion finale). Le texte est donc très présent, et est assez poétique, Descamps, qui déclame ce texte d'une voix parfois moyenne, explique ce qu'il ferait, ce qui se passerait, s'il était le Messie. Le final de la chanson est glaçant : Il y à très longtemps, il y eût un Messie, il venait d'ailleurs, d'une autre galaxie, et les gens l'ont...tué !...Ils avaient cru bien faire... Ce final, avec Descamps s'énervant, finissant par hurler, avant de dire les derniers mots d'une petite et triste voix, est très marquant. Une sublime et très étrange chanson faisant partie des plus mythiques d'Ange et du rock français, mais pas non plus le sommet de l'album.

Ballade Pour Une Orgie : Une très bonne chanson que ce Ballade Pour Une Orgie, 3,20 minutes en tout. Intro magnifique, acoustique, de toute beauté. Claveçin, chant parfait et très doux, quasiment une déclamation en spoken-word en fait, et guitare acoustique pour cette chanson franchement belle, reposante, avec des paroles assez caustiques. On notera un passage instrumental assez ridicule vers 2,20, mais mis à part ça, Ballade Pour Une Orgie est une bien belle chanson. Décidément, cet Au-Delà Du Délire commence super bien, aucune mauvaise chanson pour le moment !

Exode : 5 minutes pour ce morceau achevant la face A, Exode. Progressif à fond, ce morceau, qui démarre par un mellotron très très présent, limite caricatural et pompeux (mais limite, hein), imitant notamment une trompette (ça fait pouett pouett). Exode est, malgré cette intro assez pompeuse (et durant environ 1 minute), un bon morceau. Paroles bien foutues, le chant est également très correct ici. On notera encore une fois un break assez moyen (le mellotron est pas mal envahissant, mais un solo de guitare très très réussi, par contre, ainsi que la partie de batterie ; c'est juste que ce break ne va pas trop avec le reste du morceau), mais dans l'ensemble, Exode vaut le coup. Surtout le solo de guitare.

La Bataille Du Sucre (inclus La Colère Des Dieux) : Ouverture de la face B (sur le CD, la reproduction du vinyle montre Exode placé sur la colonne de la face B, mais il achève bien la face A). La durée est encore un peu plus étendue : 6,30 minutes. La Bataille Du Sucre (inclus La Colère Des Dieux) est probablement le moins marquant des morceaux de l'album. C'est quand même pas mal, mais on s'ennuie un tout petit peu ici, pour être franc. Des parties vocales pas toujours réussies, de plus. De jolis claviers, des paroles assez bien faites, ceci dit. J'ai toujours pensé à The Battle Of Epping Forest de Genesis (de la même année), aussi le morceau le moins bon de l'album (Selling England By The Pound) sur lequel il se trouve (le parallèle 'bataille'/'battle'), ce qui est idiot, car, au final, rien à voir, si ce n'est de parler d'une bataille fictive, entre les deux chansons. Dans l'ensemble, donc, ce morceau ouvrant la face B est le moins bon de l'album. On notera une dernière partie assez marquante, oppressante, avec un bon solo de guitare (décidément), mais entre ça et les paroles, c'est tout ce que je retiens vraiment...

Fils De Lumière : 3,50 minutes pour Fils De Lumière. Un assez bon morceau dans l'ensemble. Intro assez réussie, et toujours ce mellotron envahissant (mais très envoûtant, aussi, je le reconnais). Une chanson plus sobre, dans un sens, que la précédente, elle est plus courte et plus simple, aussi. Ce n'est cependant pas un des meilleurs morceaux de l'album, mais il est plus réussi que La Bataille Du Sucre (inclus La Colère Des Dieux) quand même ce Fils De Lumière s'achevant par ailleurs en fanfare (une conclusion bluffante qui vient se coller dans le morceau suivant et dernier) !

Au-Delà Du Délire : Le grand final, morceau le plus long (et morceau-titre), Au-Delà Du Délire, long de 9 minutes, est aussi le sommet de l'album. Je ne peux personnellement me passer ce ce morceau, et notamment de son final instrumental, qui est divin, grandiose, et consiste en un monstrueux solo de guitare agrémenté de nappes sensationnelles de mellotron, tissant un thème franchement immense. Sinon, Au-Delà Du Délire possède des paroles parfois moyennes, mais est, dans l'ensemble, une réussite, un morceau certes long, et plus réussi dans sa fameuse conclusion que dans sa partie chantée, mais jamais chiant. La conclusion parfaite pour l'album. Ce final...

 Pour finir, on peut donc dire de cet album, Au-Delà Du Délire, qu'il est un excellent cru de rock progressif, même si certains paroles sont parfois un peu ridicules, et l'interprétation de Christian Descamps assez pompeuse parfois. Mais les morceaux sont bien là, légendaires, et la production, pour une fois, assure. Un disque, donc, essentiel pour tout amateur de rock progressif, et probablement le meilleur opus d'Ange avec Emile Jacotey (album suivant, 1975), que je préfère légèrement pour son côté conceptuel. Au-Delà Du Délire est vraiment une bien belle réussite, au fond !