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Pour ce 299ème Track-by-track, et avant un 300ème TBT assez exceptionnel (pour tout à l'heure), le retour de Dire Straits, avec leur troisième album, Making Movies, sorti en 1980 sous une immonde pochette rouge et bleue (surtout rouge) symbolisant un clap de cinéma. Un disque court, 38 minutes pour seulement 7 titres (certains sont, donc, longs), et c'est celui à partir duquel tout va changer pour Dire Straits : le succès commence à vraiment arriver (le vrai succès mondial), le son de l'album devient plus pop/rock, américanisé (d'ailleurs, Roy Bittan, claviériste du E-Street Band de Springsteen, est invité sur l'album). Le groupe est à trois sur ce disque : Mark Knopfler (chant, guitare), John Illsley (basse) et Pick Withers (batterie), vu que David (guitare), frangin de Mark, sur une dispute, a quitté le groupe et ne reviendra pas (dès l'album suivant, Love Over Gold, un nouveau guitariste, Hal Lindes, et un claviériste, Alan Clark, arriveront). Making Movies est un disque très pop, rempli de tubes, mais pas parfait. En fait, c'est loin d'être le meilleur opus du groupe, qui perd un peu son âme en américanisant à outrance sa musique ! Mais l'album, que voici, est quand même pas mal :

Tunnel Of Love : Un des deux gros tubes de l'album. Et la chanson la plus longue, 8 minutes, s'ouvrant sur la Carrousel Waltz de Rodgers & Hammerstein. Tunnel Of Love est une chanson mémorable, autant le dire directement, avec un solo remarquable en final. Une montée en puissance sublime et efficace que cette chanson qui parle d'un amour ayant lieu dans une fête foraine. Gros, gros succès pour Dire Straits avec cette chanson qui, en live, atteindra quasiment le quart d'heure (Alchemy) parfois. Difficile de parler de cette chanson, tant elle est...immense.

Romeo And Juliet : Autre tube, ce Romeo And Juliet de quasiment 6 minutes ; je pense qu'il est inutile de dire de quoi la chanson parle, n'est-ce pas ? Enorme tube, probablement plus encore que Tunnel Of Love, Romeo And Juliet est une pure petite merveille, mélodique, pop, sucrée, un peu trisounette quand même, avec un Mark Knopfler en état de grâce dans les refrains. Sublime de bout en bout, des paroles au chant, en passant par la mélodie. L'album, donc, commence très très bien !

Skateaway : Fin de la face A avec cette chanson sur une jeune femme pratiquant le roller, Skateaway, et qui dure la bagatelle de 6,30 minutes. Contenant le titre de l'album dans ses paroles (dans le refrain), Skateaway est une chanson efficace, pop, agréable, qui aurait pu être un tube, oui mais voilà, ça ne sera pas le cas. En tout cas, elle fait de cette première face de Making Movies une totale réussite. Si seulement la face B avait été du même acabit, on aurait ici un chef d'oeuvre, mais voilà, la face B, tout en commençant assez bien, se finira très médiocrement... Une chanson efficace, entraînante, bien interprétée, musicalement intéressante... Vraiment bon !

Expresso Love : 5 minutes pour ouvrir la face B. Expresso Love est une chanson très pop, amusante, mais au final un petit peu énervante. Clairement pas une des meilleures chansons de l'album ; la version live sur Alchemy est cent fois supérieure, tout en étant aussi énergique que la version studio. Néanmoins, ce n'est pas nul à chier, au contraire, mais après trois chansons aussi puissantes que la face A, et avant un Hand In Hand également parfait, c'est moins marquant. Trop simpliste. Piano tout bonnement excellentissime.

Hand In Hand : Contenant quelques bribes de 24 Hours From Tulsa (une ligne de guitare) de Burt Bacharach dans sa mélodie, Hand In Hand, qui cite aussi Elmore James dans les paroles (allusion à une de ses chansons), est une ballade sublime qui s'avèrera être le dernier grand titre de l'album. Hé oui. Ici, le chant de Knopfler est juste sublime, une chanson mémorable, touchante, élégante, musicalement sublimissime (très douce, piano remarquable de Bittan). C'est d'autant plus dommage que la suite de l'album soit ratée, il aurait fallu mettre Hand In Hand en final, pour au moins finir l'album sur une bonne note...

Solid Rock : Chanson la plus courte (un peu plus de 3 minutes), et la moins bonne selon moi. En fait, c'est même clair et net, je déteste Solid Rock ! A un point tel que je fus vraiment attristé quand, bien des années auparavant, j'ai découvert le live Alchemy de 1984 (qui est remarquable), sur lequel non seulement se trouve cette chanson (c'est ça qui m'a attristé, ah ah), mais dans une version de 5,30 minutes ! On peut dire qu'en effet, la chanson est rock, mouvementée, énergique, trépidante, ce qu'on veut, mais elle m'a toujours franchement énervée, dès la première écoute. Et ça n'a jamais changé. Vraiment, je bloque sur ce Solid Rock !

Les Boys : Et le final, aussi ridicule que Solid Rock selon moi (Making Movies se finit vraiment mal). Allez savoir pourquoi Knopfler prononce Lez Boys au lieu de le prononcer correctement à la française ! Est-ce que je prononce son nom Quenopefleur, moi ? Les Boys est une chanson qui parle d'homosexuels dans une boîte gay de Munich (a disco bar in old München), une chanson pleine de clichés, de stéréotypes, sur les gays (Jean Genet, backrooms de Munich, SM, tenues affriolantes...), avec une musique assez folklorique à la sirtaki du pauvre (je ne plaisante pas). En un mot, ridicule. En un autre mot, raté. En deux mots, très mauvais. En 115 mots, la totalité du paragraphe.

 Au final, on peut donc parler d'album moyen, à moitié réussi (face A grandiose) et à moitié raté (les deux derniers titres sont mauvais, et Expresso Love est assez moyen), pour parler de Making Movies. Ce n'est pas le moins bon du groupe (On Every Street, de 1991, est assez ennuyeux, plus encore), mais le deuxième moins bon. Certes, les tubes sont là, Knopfler est toujours aussi bon, niveau guitare, et niveau textes, comme dit dans les notes de pochette de la réédition CD, chaque chanson fait penser à un petit scénario de film (le titre de l'album et son design de pochette en forme de clap de cinéma sont d'autant plus évidents). Mais l'album est foutrement inégal, et le son trop pop et américain, yankee, comme du Springsteen de seconde zone, ne correspond pas au groupe, qui reviendra à un son un peu plus classique avec Love Over Gold (dont les morceaux très longs ne conviennent pas au format radiomical pop). Après, certes, il y aura Brothers In Arms, très pop/rock, best-seller, mais l'album sera assez sombre niveau textes, ce qui le rend plus intéressant que ce Making Movies pas mal, mais décevant, vraiment.