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Pour ce 297ème Track-by-track, un disque immense sorti en 1980 sous une pochette journalistique, Heartattack And Vine. C'est un des meilleurs albums de Tom Waits, artiste américain assez déglingué, à la voix inimitable et aussi sublime que difficile à apprécier au premier abord. Ce disque est probablement mon préféré de lui, devant Blue Valentine (1978) ou Rain Dogs (1985), et il offre une des chansons les plus mythiques de Waits, chanson que Bruce Springsteen reprendra par la suite (Jersey Girl). Tom Waits, acteur à ses heures perdues (chez Jim Jarmusch essentiellement), est un artiste difficile à classer : rock, jazz, folk, blues, il fait un peu de tout ça à la fois ! L'album est typique du son de Waits, un peu rock, un peu folk, assez déglingué, et totalement magnifique. Ce disque, le voici:

Heartattack And Vine : L'album démarre fort avec la chanson-titre, Heartattack And Vine donc, et son riff bien bluesy. Paroles fantastiques : Don't you know there ain't no Devil ? There's just God when He's drunk, et interprétation bluffante de Waits, dont la voix déglinguée, ici, fait des merveilles, en totale adéquation avec la musique bluesy et pesante. On a l'impression que Waits en dans le même état que sur la pochette, une pure voix de poch'tron tout du long des 4,40 minutes de ce morceau immense comptant parmi les meilleurs de l'album. Génial.

In Shades : Instrumental. In Shades est un très bon morceau. D'entrée de jeu, une guitare électrique très bluesy (de Roland Bautista ; Waits en joue aussi, mais de la rythmique) assure totalement. Ce qui est sûr, c'est que Tom Waits a toujours su s'entourer de musiciens de grand talent (par la suite, Marc Ribot, notamment, et ici, Bautista, Plas Johnson, Victor Feldman, Larry Taylor, Ronnie Barron), et que ce In Shades est tellement fantastique en tant qu'instrumental qu'il se suffit à lui-même. Je veux dire, des fois, des instrumentaux auraient été encore meilleurs avec des paroles et du chant, mais là, clairement, je pense que ça aurait été superflu. C'est un régal pour amateurs de blues, avec une superbe partition d'orgue Ronnie Barron). Ce morceau dure 4,20 minutes au lieu de 4,05 (ce qui est indiqué sur la pochette) et semble avoir été fait live (en tout cas, on entend des applaudissements à la fin).

Saving All My Love For You : Morceau le plus court (3,40 minutes), Saving All My Love For You est une ballade que Waits interprète au piano (avec aussi Jim Hughart à la basse, Victor Feldman aux percussions, et des arrangements de cordes tout simplement sublimes). C'est vraiment doux, calme, une belle ballade interprétée avec douceur (malgré la voix déglinguée), des paroles sublimes. Saving All My Love From You n'est pas la meilleure de l'album, mais c'est une chanson, franchement, très touchante.

Downtown : Retour à un son plus rock et bluesy avec ce Downtown franchement grandiose, au refrain très rock. C'est bien simple, cette chanson et la suivante (pour la suivante, d'ailleurs...) auraient pu être signées Springsteen, tant elles sont dans le style du Boss (qui reprendra la chanson suivante, comme je l'ai dit, en live). Downtown offre une partition d'orgue électrique (du même Ronnie Barron) absolument fantastique, et Waits l'interprète avec une force, une puissance fantastiques, ce mec ne se contente pas de chanter, il vit ses chansons, tout simplement. Remarquable, encore une fois.

Jersey Girl : Magnifique chanson que le Boss reprendra (en live sur le coffret Live 1975/1985, la chanson, d'ailleurs, achève le coffret), et qu'il reprendra à la perfection. Mais Jersey Girl est grandiose, déjà, dans sa version initiale. 5,15 minutes en tout pour cette magnificence comptant clairement parmi les sommets de Waits (avec bien d'autres chansons comme Downtown Train, Downtown, Hang Down Your Head, Heartattack And Vine, On The Nickel, Romeo Is Bleeding...). Jersey Girl, ballade rock, achevait avec efficacité mais douceur la face A. A écouter la chanson, on comprend que le Boss l'ait reprise. Les refrains en vocalises (Sing shalalalalalala shalalalalalala shalalalalala Jersey Girl) sont inoubliables, sublimes, et l'orchestre en arrière-plan aussi. Bref, un monument que cette chanson, reprise aussi par Bon Jovi en live, et écrite par Waits pour sa femme.

'Til The Money Runs Out : La face B s'ouvrait sur 'Til The Money Runs Out. 4,20 minutes pour cette chanson assez typique du son Tom Waits : rock, mais assez particulier, chant bien destroy, une voix qui correspond bien à la description qu'un critique en fera (une voix trempée dans un fut de Bourbon, séchée et fumée pendant quelques mois, puis sortie et renversée par une voiture). Ambiance bluesy (toujours cet orgue électrique fantastique), batterie tribale, chant envapé et concerné de Waits, paroles sensationnelles, 'Til The Money Runs Out est une réussite de plus pour l'artiste.

On The Nickel : Conçue comme chanson d'un film du même nom, réalisé par Ralph Waite, On The Nickel est la chanson la plus longue (6,15 minutes) de Heartattack And Vine. Tout comme Saving All My Love For You, on a Waits accompagné d'un piano (mais pas de lui : c'est Michael Lang qui en joue), avec, aussi et surtout, un accompagnement lyrique (arrangements de cordes) tout simplement incroyable. On The Nickel est une ballade sensationnelle, une des plus belles chansons non pas de l'album, mais de Tom Waits, tout simplement. Quant au film, je ne le connais pas, mais en même temps, ici, c'est pas le propos !! Chanson phénoménale, triste, mélancolique, mais ô combien grandiose. Le sommet de l'album, probablement.

Mr. Siegal : Long de 5,15 minutes, Mr. Siegal est encore une fois une très bonne chanson. Une chanson qui, par ailleurs, parle du fameux mafieux Bugsy Siegel. Un piano de bastringue, un chant encore une fois destroy de poivrot en manque de whisky, c'est limite si, en écoutant la chanson (l'album, en fait), on ne sent pas les fragrances d'alcool et de clopes ! Mr. Siegal est une réussite, certes pas aussi quintessentielle que la précédente chanson, que Jersey Girl ou que la chanson-titre, mais c'est franchement du bon boulot, avec des paroles qui assurent encore une fois à Waits le statut de grand conteur. Bref, excellent.

Ruby's Arms : Enfin, le final, long de 5,35 minutes, ce Ruby's Arms sublime. A nouveau une ballade, ce qui est super, car, de Jersey Girl à Saving All My Love From You en passant par On The Nickel, les ballades sont les meilleures chansons de Heartattack And Vine. Ce Ruby's Arms vaut vraiment le coup d'oreille et est, malgré sa longueur, une totale réussite avec, encore, des arrangements de cordes sublimissimes et une interprétation de haute classe, très sobre, douce, de Waits (qui tient le piano). Pour achever l'album, que demander de mieux que cette chanson sublime, épatante, touchante, je vous le demande ?

 Au final, Heartattack And Vine est donc un grand cru de Tom Waits, mon préféré personnel du chanteur, et un album comptant parmi les plus grandes réussites du rock des années 80. Morceaux légendaires, interprétation de haute classe, production très bonne, ce disque est vraiment à conseiller, à écouter, bref, un indispensable ! Tom Waits prouve ici définitivement qu'il est un grand conteur (des paroles immenses, un chant bluffant mais particulier), et, en général, un artiste de grand talent et ayant son univers bien à lui. Grandiose album, 44 minutes de bonheur en tout, sur 9 titres !