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Pour ce 296ème Track-by-track, un disque essentiel pour tout fan de rock progressif, sorti en 1971 sous une sublime pochette signée de celui qui deviendra un fidèle des pochettes de Yes (car c'est album album de ce groupe qu'il s'agit) à savoir Roger Dean : Fragile. Le groupe est alors constitué du chanteur Jon Anderson, du guitariste Steve Howe, du bassiste Chris Squire, du claviériste Rick Wakeman et du batteur Bill Bruford. Fragile est un album remarquable qui offre aussi bien des titres faits par le groupe que des compositions solo de chaque membre. L'ensemble est d'une cohérence totale malgré le titre de l'album (ah ah ah), et Fragile est au final un des meilleurs albums de Yes. Et ce disque, le voici :

Roundabout : 8,30 minutes pour ce premier morceau, collectif (écrit par Howe et Anderson, mais joué par le groupe) : Roundabout. Sorti en single dans une version considérablement raccourcie (5 minutes de moins), version single qui se trouve en bonus-track sur le CD, Roundabout est un des morceaux les plus cultes de Yes. Pas moins de cinq albums live du groupe contiennent une version de cette chanson ! Selon Anderson, la chanson (pour les paroles) lui est venue en esprit après un long voyage en van, de l'Ecosse (nord de l'Ecosse) à l'Angleterre, ce qui entraîna notamment pas mal de détours (le titre) au travers des montagnes, de superbes lacs... Musicalement, c'est du progressif pur et dur : changement de rythmes, claviers en folie, longueur imposante... avec, cependant, une touche pop non négligeable. Un morceau très accessible au final, et franchement réussi.

Cans And Brahms : 1,40 minute pour la première section solo de l'album, et c'est celle de Rick Wakeman, le claviériste : Cans And Brahms. Un extrait de la Quatrième Symphonie en E Minor, Troisième Mouvement de Johannes Brahms, agrémentée de sons un peu chelous et à la sauce progressive et Wakeman. Bien entendu, instrumental, comme les autres pièces solo excepté celle d'Anderson (et un peu celle de Squire). Cans And Brahms est un peu étrange, mais pas trop mal, car pas trop longue (pléonasme) !

We Have Heaven : 1,40 minute là encore, pour We Have Heaven, pièce solo de Jon Anderson. Ce morceau n'est constitué que de plusieurs pistes vocales de Jon Anderson, répétant, en harmonie, un texte (Tell the Moon Dog, tell the March Hare...)que l'on retrouvera par ailleurs en conclusion de Heart Of The Sunrise, en une sorte de canon final. We Have Heaven ne sert pas à grand chose, est un peu étrange... De là à dire que c'est sans utilité, je ne franchirai pas ce pas, mais c'est clair que ce n'est pas la meilleure section solo de l'album !

South Side Of The Sky : 8 minutes pour ce morceau collectif achevant la face A. South Side Of The Sky est signé Squire et Anderson. Wakeman, non crédité à cause de problèmes de droits d'auteur (il ne faisait pas partie de la même maison de disques que le groupe, n'étant dans le groupe qu'en tant qu'invité de luxe et permanent), a participé à la conception du morceau (les interludes de claviers en sont la preuve). Un morceau qui semble plus sombre que Roundabout, le chant de Anderson est plus posé, plus sombre. Paroles fantastiques qui parlent apparemment d'une expédition polaire ayant fini en tragédie (inspiré par une histoire vraie ou fiction, je ne sais pas). Un très bon morceau que ce South Side Of The Sky, moins connu sans doute que les trois autres pièces collectives de l'album, mais franchement excellent, je le préfère à Roundabout et Long Distance Runaround (mais pas à Heart Of The Sunrise) !

Five Percent For Nothing : Euh...35 secondes. Five Percent For Nothing (qui ne doit même pas représenter 5% des 40 minutes de Fragile !!) est le segment solo du batteur Bill Bruford. Il ouvrait la face B, et n'est constitué que de 35 secondes de bruit, apparemment le groupe en train de jouer une section rythmique, et le tout, passé bien plus vite que d'ordinaire. Enfin, c'est 35 secondes inclassables, bordéliques, et surtout, inutiles...

Long Distance Runaround : Cette troisième oeuvre collective de Yes est la plus courte de toutes, elle ne dure en effet que 3,30 minutes (profitez-en ! Par la suite, Yes fera rarement des morceaux de 3,30 minutes !). Long Distance Runaround est un morceau assez sympathique, quasiment pop, sorti en face B du single de la version courte de Roundabout. Ce qui ne l'empêchera pas, à la surprise du groupe, de devenir un petit hit radiophonique lui aussi ! Il faut dire que la chanson a de quoi marcher en radio (pour l'époque) : efficace, entraînante, sympathique, pas trop longue, et le rock progressif avait alors le vent en poupe... Pas ma chanson préférée de Yes, et même, des quatre oeuvres collectives de l'album, celle qui me plaît le moins. Mais Long Distance Runaround est tout de même très bien foutue.

The Fish (Schindleria Praematurus) : Quatrième pièce solo de l'album, The Fish (Schindleria Praematurus) est signée du bassiste Chris Squire. C'est un morceau principalement instrumental, mais on entend les voix d'Anderson et de Squire. Sinon, c'est un morceau, forcément, à base de basse, et qui, en live (voir YesSongs), deviendra un moment de choix, généralement inclus dans un autre morceau (sur YesSongs, il est partie intégrante de Long Distance Runaround, mais il a aussi été joué en complément de Sound Chaser, par exemple). Un excellent morceau au titre étrange (la partie en latin est le nom latin d'un poisson marin), qui montre la virtuosité du bassiste, en 2,40 minutes.

Mood For A Day : Enfin, la cinquième et ultime pièce solo est celle du guitariste Steve Howe : Mood For A Day. En 3 minutes, Mood For A Day est une pure merveille acoustique qui montre à quel point Howe est un bon guitariste. A noter qu'en 1991, sur le Innuendo de Queen, c'est lui qui, sur la chanson du même nom (Innuendo, donc), joue la section acoustique de flamenco (il est d'ailleurs crédité) ; section flamenco qui n'est pas sans rappeler Mood For A Day, fait 20 ans plus tôt ! Un grand moment de douceur, de mélancolie, de pure beauté musicale, incontestablement la meilleure des cinq compositions solo de Fragile. Inoubliable et grandiose.

Heart Of The Sunrise : Dernière des compositions de groupe, et dernier morceau de Fragile, Heart Of The Sunrise est le morceau le plus long de l'album avec 11,30 minutes. Signé Anderson, Squire et Bruford, il a bénéficié aussi de la collaboration de Wakeman, mais non créditée, comme pour South Side Of The Sky et pour les mêmes raisons de droits. C'est le sommet de l'album et un des sommets de Yes, clairement. C'est même le quatrième morceau de Yes le plus joué en live ! Chanson qui parle de quelqu'un qui se perd dans une grande, immense ville, mais d'autres explications (chanson sur le pouvoir de l'amour, chanson sur le pouvoir du soleil) ont été données par Anderson au cours des multiples interprétations live ! Un morceau légendaire, typique du prog-rock et de Yes, avec de grands moments, comme les refrains. La voix de Jon Anderson est fantastique, bluffante, touchante, quand il chante Sharp distance, How can the wind with so many around me, c'est le frisson assuré. On notera que ce morceau légendaire et indescriptible se finit sur un rappel de We Have Heaven, après quelques secondes de silence.

Au final, Fragile est un excellentissime album de rock progressif, assez cohérent malgré le fait que la moitié (un peu plus, en fait) des titres sont des oeuvres solo des différents membres du groupe. Ces pièces solo sont très courtes, et pas toujours grandioses (celles de Squire et de Howe sont immenses, celle de Anderson est bizarre, celle de Wakeman, ça passe, et celle de Bruford est inutile), et évidemment moins abouties que les quatre morceaux collectifs, quasiment tous très longs. Mais Fragile est franchement un excellent album, sorti sous une sublime pochette de Roger Dean (je suis bien content d'avoir le vinyle pour cet album), et c'est aussi un des meilleurs albums de Yes.