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Pour ce 294ème Track-by-track, un sommet absolu, encore un, et non des moindres : sorti en 1972 sous une très rigolote pochette dessinée, c'est un des sommets de la carrière de Miles Davis, j'ai nommé On The Corner. D'une durée de 54 minutes pour seulement 4 titres (compte tenu que le premier et le dernier titre sont constitués de plusieurs parties, 4 pour le premier, 2 pour l'autre, il a existé une édition CD proposant 8 titres, avec les sous-parties distinguées sur des plages audio à part ; ce qui est un peu idiot, même si ça devait rendre l'album plus facile à l'écoute), l'album a été enregistré avec la crème des musiciens jazz/rock de l'époque : David Liebman, John McLaughlin, Chick Corea, Herbie Hancock, Bennie Maupin, Michael Henderson, Jack DeJohnette, Al Foster, Carlos Garnett... C'est un disque sauvage et rock, funk en diable tout en étant, évidemment, très jazz. Un album monstrueux qui suscite encore la controverse entre les amateurs et les détracteurs. Un des sommets de Miles, quasiment au niveau de Bitches Brew, pour tout dire, et que voici :

On The Corner/New York Girl/Thinkin' Of One Thing And Doin' Another/Vote For Miles : Ce premier morceau, scindé en quatre sous-parties réunies sur la même plage audio, et que les fans appellent On The Corner pour faire plus court (alors que c'est seulement la première partie qui mérite ce titre), dure 19,55 minutes en tout et pour tout. Autant le dire tout de suite, c'est le sommet de l'album. Les autres titres (et notamment le dernier, Helen Butte/Mr Freedom X, qui est plus long de quelques minutes), sont également fantastiques, mais ce On The Corner/New York Girl/Thinkin' Of One Thing And Doin' Another/Vote For Miles (ouf !) est un monstre. La première partie, surtout (On The Corner), qui dure 3 minutes, est un funk-rock absolument imparable, avecune guitare (John McLaughlin) tout simplement tétanisante. New York Girl surgit à 2,58 minutes, et dure 1,30 minute environ, peu de variantes dans la musique, mais c'est monstrueux aussi. La troisième partie surgit à 4,30 minutes jusqu'à 11,15 minutes (Thinkin' Of One Thing And Doin' Another, elle dure dans les 6,40 minutes et est du même acabit, même si ça se calme un peu). Enfin, on a droit à Vote For Miles (8,45 minutes en tout) pour achever cette longue pièce absolument imparable et indescriptible, à vous faire chavirer. Immense.

Black Satin : 5,15 minutes pour Black Satin, morceau le plus court de l'album, tellement court qu'il fait vraiment bizarre (surtout après la longueur imposante du précédent morceau). Black Satin est un morceau efficace à 100%, qui achevait la première face d'On The Corner avec élégance. On notera la participation, à la cithare électrique, de Khalil Balakrishna, mais aussi du clarinettiste Bennie Maupin. Quant à la guitare électrique, ce n'est pas John McLaughlin (vu que McLaughlin ne joue que sur le premier morceau), mais, et ça sera aussi le cas des deux morceaux suivants, David Creamer. Black Satin est, des quatre titres, le dernier à avoir été enregistré sur l'album (les sessions sont si imposantes qu'elles prennent 5 disques, le coffret, remarquable et vraiment cher, est sorti il y à quelques années ; pour fans acharnés et fortunés seulement !). Un excellent 'petit' morceau.

One And One : La face B s'ouvrait sur le deuxième titre le plus court, One And One, seulement 6,10 minutes en tout et pour tout. Mais quel régal, aussi ! C'est un fait, les deux titres les plus courts de l'album sont ls deux moins marquants, mais ce n'est pas de leur faute s'ils sont sandwichés par deux monstres sacrés de 20 minutes et plus si affinités, aussi. Là aussi, David Creamer à la guitare, et la cithare électrique est de Colin Walcott, comme ce fut le cas sur le premier morceau (et sera encore le cas sur le suivant). One And One est un morceau fantastique de plus, même si c'est probablement celui qui me branche le moins (mais c'est relatif) sur On The Corner. Ca n'en est pas moins un morceau fantastique, certes moins que le premier morceau ou que Helen Butte/Mr Freedom X, mais quand même, c'est excellent.

Helen Butte/Mr Freedom X : Le morceau le plus long de l'album avec 23,20 minutes en tout, scindées, comme le titre le dit, en deux sous-parties réunies sur une seule plage audio. 16 minutes pour Helen Butte, 7,15 minutes pour Mr Freedom X. Le morceau est quasiment aussi légendaire que le premier (qui est légèrement supérieur, aussi). La première partie est assez funkysante, mais reste du pur jazz-rock à la Davis, avec musiciens en état de grâce (dont Miles, évidemment et surtout). Dans la deuxième partie, les choses se calment un petit peu, on notera dans l'ensemble que Helen Butte/Mr Freedom X est, tout en étant groovy, nettement moins puissant et funk-rock que On The Corner/[...]. Mais ce final est une pièce maîtresse (il n'y à de toute façon aucun mauvais moment sur On The Corner), achevant en beauté ce disque long et imparable comptant parmi les meilleurs de Miles Davis. A écouter, donc, obligatoirement.

 Bref, On The Corner est un disque phénoménal, une oeuvre marquante, à la fois jazzy, funky et rock. Si les deux morceaux les plus courts, One And One et Black Satin, tout en étant excellents, sont nettement moins marquants que les deux longues pièces ouvrant et achevant le disque, l'album est dans l'ensemble totalement bluffant, un disque qui marque au fer rouge quiconque l'aura écouté. Mon Dieu, rien que ce drive funky dans la première partie du premier morceau suffit à faire de On The Corner un grand moment dans l'histoire de la musique noire américaine ! Un disque grandiose et indispensable au même titre que Bitches Brew, Kind Of Blue, In A Silent Way et Filles De Kilimanjaro. Pour ne citer que ces albums du grand Miles, mais il y en à d'autres (allez, un dernier : Get Up With It) !