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Pour ce 293ème Track-by-track, un disque remarquable et hybride, enregistré live (mais les applaudissements et bruits de foule ont été virés intentionnellement), constitué d'une face folk et d'une face heavy rock : Rust Never Sleeps. Sorti en 1979, c'est un des plus grands albums de Neil Young, et probablement même son dernier chef d'oeuvre absolu (d'autres albums plus récents comme Freedom ou Ragged Glory sont bons, mais pas aussi bons). Cet album est rempli de grandes chansons et offre donc une face acoustique de toute beauté et une face rock violemment heavy et énergique. Le son est assez grunge sur cette deuxième face, par ailleurs. On notera, comme hélas c'est trop souvent le cas chez le Loner, une pochette franchement foirée (ce lettrage un peu informatique pour Neil Young & Crazy Horse, c'est d'un moche...), même si ce n'est pas la pochette la plus flinguée du Loner (Qui a dit Zuma et American Stars'n'Bars ? Celui-là à gagné un filet garni pour la peine !). Un disque mythique, un des sommets du Loner, et que voici, détaillé :

My My, Hey Hey (Out Of The Blue) : Magnifique et intense manière d'ouvrir l'album. My My, Hey hey (Out Of The Blue), avec ses paroles cultissimes (Rock'n'roll is here to stay, it's better to burn out than to fade away, que Cobain citera dans sa lettre de suicide), est une des plus grandes chansons du Loner. Rust Never Sleeps s'achèvera par une reprise électrique de cette chanson (et à vous de voir quelle est celle que vous préférez), mais en attendant, cette première mouture, acoustique, est une pure merveille mélancolique, mélodique, à vous faire venir les larmes aux yeux par moments. C'est court (3,45 minutes, plus court que la version électrique qui dure 5,20 minutes), mais c'est intense et puissant. En revanche, ce final en fade-up est frustrant...

Thrasher : Le morceau le plus long de l'album avec 5,40 minutes. Thrasher est une pure merveille, une des meilleures chansons de tout l'album. Que dire ? La magnificence des paroles (But me I'm not stopping there, got my own row left to hoe/Just another line in the field of time/When the thrashers come and I'm stuck in the sun like dinosaurs in shrines/Then I'll know thetime has come to give what's mine), la voix toujours aussi sublime, surtout quand il chante calmement avec pour seul accompagnement sa guitare et un harmonica, de Neil... Au final, Thrasher est une réussite absolue à écouter et à réécouter sans cesse, c'est beau et poignant.

Ride My Llama : Comme c'est souvent le cas sur un album (à ce que j'ai remarqué), le morceau le plus long cotoie le morceau le plus court. C'est encore le cas ici avec Ride My Llama, qui ne dure que 2,30 minutes et est, donc, le plus court de Rust Never Sleeps. C'est aussi probablement le morceau qui me plaît le moins ici, mais ce n'est pas particulièrement un mauvais titre. Ride My Llama est plutôt correct, même, même si ce n'est franchement pas le sommet ni de l'album, ni de la face acoustique. Acoustique, mais un peu énergique par rapport à Thrasher et My My, Hey Hey (Out Of The Blue), ce morceau est assez sympathique, mais tout de même loin d'égaler la maestria mélodique de Thrasher ou du morceau suivant, Pocahontas.

Pocahontas : Un des deux morceaux enregistrés en studio contrairement au reste de l'album (qui est, je le rappelle, et malgré que Neil Young ait volontairement effacé les clameurs du public, un live). L'autre morceau est tout simplement le suivant et dernier de la face A. Pocahontas est une pure petite merveille datant de 1975, qui parle des mauvais traitements que les hommes blancs ont fait subir aux Indiens d'Amérique (The killed un in our teepees and cut our women down/They might have left some babies cryin' on the ground). La fin de la chanson fait allusion à un évênement survenu lors des Oscars 1973 : Le Parrain de Coppola obtient plusieurs statuettes, dont le meilleur acteur pour Marlon Brando. Lequel n'est pas venu à la cérémonie, et a envoyé une jeune femme d'origine Indienne pour refuser la statuette et laisser un message de sa part : une manière de protester contre les mauvais traitements qu'Hollywood a fait subir, dans ses films, aux Indiens. Ca n'a pas échappé à Neil Young qui cite explicitement Brando (And maybe Marlon Brando will be there by the fire/We'll sit and talk of Hollywood and the good things there for hire, and the Atrodome, and the first teepee, Marlon Brando, Pocahontas and me). Une chanson qui dénonce ces mauvais traitements de la même manière que Brando les avait dénoncés, avec subtilité et efficacité.

Sail Away : Fin de la face A, la face acoustique, avec Sail Away, sublime chanson enregistrée, comme Pocahontas, en studio (pendant les sessions de l'album Comes A Time de 1978). Encore une fois un pur trésor acoustique, enregistré sans Crazy Horse (contrairement à Comes A Time en globalité), chanson trop courte comme la quasi-totalité des titres de la face A (Sail Away ne dure que 3,45 minutes), mais musicalement proche du Nirvana, encore une fois. La beauté de la voix de Neil, les paroles sensationnelles, ce morceau est un enchantement absolu, comme Pocahontas ou Thrasher, qui pourrait durer 40 minutes et rester, définitivement, trop court, tellement le temps passe vite à l'écouter. Magnifique.

Powderfinger : La face B, face électrique, raw, sauvage, commence avec Powderfinger, deuxième chanson la plus longue de l'album (5,30 minutes). Si le reste de cette deuxième face est plutôt violent et agressif, Powderfinger est, lui, plus mélodique, et n'aurait pas été de trop sur Zuma, cet immense album de 1975. Une chanson permettant à Neil d'offrir un superbe solo, une chanson rock, mouvementée, mais pas trop, assez sobre encore (à partir de Welfare Mothers, ça devient saignant). Une pure splendeur de plus qui achève vraiment de faire de Rust Never Sleeps un disque indispensable ; la suite de l'album, certes grandiose, n'a plus rien à faire prouver, on sait déjà que ce disque est immense !

Welfare Mothers : Nettement plus courte, Welfare Mothers ('Mères de l'assistance publique') est un bon gros rock bien efficace. Welfare mothers make better lovers, welfare mothers make better lovers... Deeee-vor-ceeeeee !!! Une chanson bien rock et teigneuse, limite du hard-rock en fait, que ce Welfare Mothers qui souffre, comme la face B en général, d'un son assez saturé (le Loner et ses potes de Crazy Horse jouent, il faut le dire, très fort, puissamment, ça a du peser dans la balance, pour le côté saturé, prêt à exploser dans le potard, du son). Mis à part ce son particulier, rien à dire.

Sedan Delivery : Attention, grosse claque avec ce Sedan Delivery ! Encore une fois, un son brut, saturé, mais bon, on s'y fait et on écoute. Une grosse charge de 4,40 minutes, ce Sedan Delivery ('livraison de limousine') bien teigneux, sanglant, heavy au possible. On écoute ce morceau en se disant que, définitivement, le Loner a aidé à la création du mouvement grunge, pas étonnant que Cobain ait cité My My, Hey Hey (Out Of The Blue)/Hey Hey, My My (Into The Black) dans sa lettre de suicide, pas étonnant que le Loner ait fait un disque avec Pearl Jam (le très bon Mirror Ball) et fasse jouer Sonic Youth avec lui en live, pour les lancer une fois arrivés chez Geffen Records (qui signait le Loner dans les années 90). Oui, le Loner est le papa du grunge, et Sedan Delivery le prouve. Teigneux et efficace comme une coup de boule en pleine poitrine.

Hey Hey, My My (Into The Black) : Version électrique surpuissante (le son ! Grunge, rock, rocailleux) de la chanson qui ouvrait le bal. My My, Hey Hey (Out Of The Blue) devient ici Hey Hey, My My (Into The Black). Dans sa lettre de suicide, Kurt Cobain citera une phrase de cette chanson (en fait, de la version acoustique : It's better to burn out than to fade away), ce qui la rend encore plus culte chez les fans de grunge, dont Neil Young est en quelque sorte le précurseur. Ce qui, dans sa version acoustique, était déjà superbe devient ici tout simplement dantesque, monstrueux (le riff est immense). Les paroles, à quelques variantes près (pour les rimes), sont les mêmes : The King is gone but is not forgotten/Is this the story of a Johnny Rotten ? et Rock'n'roll will never die, sans oublier Out of the blue and into the black (Stephen King utilisera cette phrase en frontispice de son roman Ca, du moins, dans le texte original anglais). Une chanson légendaire, comme la version acoustique. A vous de voir (et c'est valable pour tout l'album) si c'est l'acoustique ou l'électrique qui vous procure le plus de sensations !

 Alors, que dire, donc, au sujet de ce Rust Never Sleeps que je suis bien content de posséder en vinyle (en plus du CD) ? La face A, acoustique, est de toute beauté, et la face B, électrique, sauvage et limite hard-rock, est bluffante et jouissive. Difficile de dire laquelle est la meilleure, d'autant que la seconde répond quelque peut à la première par le biais des morceaux ouvrant et achevant l'album. On a ici les deux facettes de la musique du Loner, réunies sur un disque court (38 minutes) et cultissime, totalement réussi, offrant aussi bien des douceurs (Pocahontas) que des furies (Welfare Mothers). Un disque essentiel et majeur dans le répertoire de Young, tout simplement.