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Pour ce 288ème Track-by-track, un disque qui compte parmi les meilleurs de Toto, groupe de pop-rock américain (californien) fondé en 1978. Cet album, sorti en 1979, est leur deuxième, et il s'appelle Hydra. C'est probablement leur meilleur album, tout compte fait. Sa pochette représente un homme (ou une femme) debout devant une épée (symbole du groupe, présent sur pas mal de pochettes), dans un décor bleu qui semble être une entrée d'égouts (voir l'échelle au mur, à droite, moyennement visible). Le groupe, à l'époque, est constitué du chanteur Bobby Kimball, du guitariste et chanteur Steve Lukather, du claviériste et chanteur David Paich, du claviériste Steve Porcaro, du batteur Jeff Porcaro (frangin de l'autre), et du bassiste David Hungate (qui, dès 1984, sera remplacé par Mike Porcaro, troisième de la fratrie). Ce disque, seulement 8 titres pour 42 minutes, le voici :

Hydra : Attention, Hydra démarre fort : la chanson-titre, Hydra donc, dure 7,30 minutes ! C'est le morceau le plus long de l'abum, et le plus progressif. En fait, ce morceau et le suivant se complètent, et forment une histoire très heroïc-fantasy : un chevalier partant affronter un dragon, une hydre (dragon à plusieurs têtes), afin de sauver la mise à une princesse que l'hydre tient prisonnière. Hydra est une pure merveille interprétée par David Paich, et sur laquelle le groupe a donné tout ce qu'il a : batterie, claviers, guitare, basse, chant (un chant un peu pépère, mais c'est Paich), tout est au service d'un morceau de grande qualité, une bombasse pop progressive épique dont la durée passe comme une lettre à la Poste. Immense.

St. George And The Dragon : 4,45 minutes très pop un peu disco par moments, et interprétée à la perfection par Bobby Kimball (le chanteur principal de Toto jusqu'à 1984, puis il reviendra dans les années 90, vers 1997, et est toujours là ; il sera viré en 1984 pour des problèmes de came). St. George And The Dragon est une chanson pop remarquable, assez connue (ce n'est cependant pas elle, le tube de l'album, car Hydra possède un tube et un seul), et dont le sujet est à rapprocher de celui de Hydra. On y parle d'un homme cherchant où se trouve l'hydre, afin de la tuer. Non, Hydra n'est pas un album-concept, mais il faut avouer que les deux premières chansons peuvent le laisser présumer ! Une grande chanson pop au refrain remarquable.

99 : Le voilà, le tube de l'album. 5,15 minutes renversantes interprétées par Steve Lukather. 99 est une chanson qui, malgré que cela soit un classique présent sur les best-ofs, n'aura pas un succès monstrueux (comme l'album) : on la trouvera trop cryptique, complexe dans ses paroles (et le titre, aussi). En fait, 99 se base sur le film THX 1138 de George Lucas, fil mde SF/anticipation dans lequel les hommes, dans le futur du film, vivent dans une société dirigée par des robots. Dépersonnalisés, ils sont désormais appelés par des matricules, des chiffres. En gros, 99 raconte l'histoire d'un amour impossible dans une société dépersonnalisée, 99 représentant une femme. Mais pour quiconque n'ayant pas vu le film (et rien dans les paroles ne permet de savoir que c'est une chanson inspirée par THX 1138, je l'ai su en regardant sur le Net), c'est obscur. Mis à part ça, une chanson sublimissime, la plus belle de l'album, baignée par un piano renversant et un solo de guitare tuant et aérien dans le final. Un slow qui tue !

Lorraine : 4,45 minutes entièrement signées Paich, qu'il chante par ailleurs en totalité. Achevant la première face, Lorraine est une des nombreuses chansons de Toto portant un titre représentant un prénom féminin (il y à Angela, Carmen, Holyanna, Rosanna, Anna, Pamela, Lea, Mushanga...). C'est une belle chanson, à la fois douce et entraînante (le refrain et le final sont assez mouvementés, si tant est qu'on peut utiliser ce terme pour une chanson de Toto interprétée par Paich, sans vouloir être méchant, car j'aime vraiment Toto), mais c'est aussi celle que j'aime le moins, et de loin, sur Hydra. Un peu trop longue et lassante, je trouve. Dommage, la partie douce (les couplets) est vraiment belle.

All Us Boys : La face B s'ouvrait sur une chanson interprétée et écrite par Paich (citron - humour !), All Us Boys. J'ai dit plus haut, sur Lorraine, que les chansons interprétées par Paich ne sont pas très mouvementées. Mea culpa, car All Us Boys est un bon gros hard-rock des familles qui, niveau guitare, bute pas mal. Steve Lukather prouve ici son indéniable talent de gratteux. Longue de 5 minutes, la chanson est certes interprétée par Paich, ce qui signifie, compte tenu de la voix de Paich (assez pépère), qu'elle n'est pas très énergique vocalement parlant. Je ne critique pas Paich, mais il ne convient pas aux chansons énergiques, et All Us Boys est surtout excellente pour sa musique, qui assure à fond. J'aime beaucoup !

Mama : Une chanson très soul, sur laquelle Kimball est en forme, c'est clair et net. Mama, longue de 5,15 minutes, est une pure merveille soul/funk/rock, plus soul et rock que funk en fait (ça, se sera pour la chanson suivante, dans un sens, même si White Sister sera dans le fond plus rock qu'autre chose). Pas très rythmée, mais assez groovy (la basse et la guitare : sensationnel), la chanson est interprétée à la perfection par Bobby Kimball, dont la voix aiguë fait ici de vraies merveilles. La chanson a été écrite par Kimball et Paich, qui, au piano, prouve ici, une fois de plus, qu'il possède des bras et des mains (pour un pianiste, c'est un atout non négligeable - humour !), et qu'il sait s'en servir. Mama est une vraie réussite.

White Sister : 5,40 minutes pour White Sister, une chanson comptant parmi les meilleures non seulement de l'album, mais de Toto tout simplement. Attention, c'est totalement réussi, une chanson mémorable interprétée de voix de maître par un Bobby Kimball en état de grâce. Signée Paich et Kimball, White Sister est un rock un petit peu funky endiablé au refrain mémorable, grandiose, une chanson qui, malgré une durée assez  imposante (la deuxième plus longue de l'album, lequel album compte, sur ses 8 titres, 5 de plus de 5 minutes !), est totalement réjouissante. Une pure merveille que j'adore comme vous ne pouvez pas savoir !

A Secret Love : Chanson la plus courte (3 minutes et des poussières). Une intro assez étrange, signée Steve Porcaro (spécialiste des claviers bidouillants assez électroniques), intro assez calme mais très synthétique ; et, passé cette intro, le morceau devient plus sobre, avec un piano sublimissime (de Paich). Le chant est signé Kimball, mais le morceau est signé Kimball, Paich et Steve Porcaro. A Secret Love est une sublime chanson, magnifique manière d'achever Hydra, en douceur, en finesse. Le chant de Kimball est assez sobre, difficile de le reconnaître, sauf quand il s'énerve un petit peu. Magnifique chanson !

 Hydra est donc un disque fantastique, interprété à la perfection par un groupe totalement boosté par le succès de son précédent (et premier) album. Néanmoins, un seul tube ici, et un tube que l'on considérera comme mineur (en strict terme d'impact commercial, car, sinon, la chanson, qui est 99 je le rappelle, est franchement une des meilleures de Toto), ce qui, pour un album de Toto, est peu (mais l'album suivant, Turn Back de 1981, n'aura quasiment aucun tube aussi). Plus recherché, dans un sens, que les autres albums du groupe, plus froid, moins évident, Hydra offre quand même de vrais régals quasiment funky (Mama, White Sister...), et se pose là comme étant le sommet du groupe, clairement. Pas le disque idéal pour découvrir Toto, mais pour un amateur, c'est indispensable !