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284ème Track-by-track, et pour ce faire, un disque aujourd'hui assez méconnu, hélas, mais franchement immense, comptant parmi les meilleurs de Tim Buckley : Greetings From L.A., sorti en 1972. Ce disque marque un profond tournant dans la carrière de Tim père de Jeff Buckley. Après deux albums très avant-gardistes n'ayant eu que peu de succès commercial (Lorca et Starsailor, tous deux de 1970, tous deux, et surtout Starsailor, immenses), Tim change radicalement d'optique : il passe à une folk teintée de rock et même de funk, une musique sexuellement engagée, destinée à faire remuer les petits culs, tout en restant, quand même, du Tim Buckley (les textes ne sont pas négligés). Greetings From L.A. est le premier des trois albums (ses trois derniers albums, Tim étant mort d'overdose en 1975...) qu'il fera, dans ce style musical, les autres étant Sefronia (1973) et Look At The Fool (1974). C'est aussi le dernier bon disque (et le dernier grand disque, même) du chanteur, car les deux autres albums, ses deux derniers, sont franchement mauvais. L'album, que voici, est sorti sous une pochette en forme de carte postale représentant Los Angeles envahi par un nuage de pollution (photo non truquée), et, au dos, en guise de timbres, deux photos de Tim, portant ou tenant en main un masque à gaz. Voici le disque :

Move With Me : Un peu moins de 5 minutes pour Move With Me, première chanson de l'album et une des plus rythmées. Piano de bar, choeurs sensuels et féminins tout simplement fantastiques, chant enlevé, cuivres, cette chanson met la patate d'entrée de jeu et se pose là comme étant une des plus énergiques et plaisantes de l'album. On sent vraiment la différence avec Starsailor (écoutez la dernière chanson de Starsailor, Down To The Borderline, et cette chanson, et constatez le chemin parcouru en deux ans par Tim !). Une chanson trépidante et fantastique.

Get On Top : 6,35 minutes pour ce Get On Top assez sensuel aussi (la chanson parle probablement de sexe, comme la précédente : le titre est éloquent, 'mets-toi sur le dessus'), et faisant partie des plus connues de Tim Buckley. Une chanson construite sur le même principe que Move With Me : cuivres, ambiance groovy, choeurs superbes et parfaits, chant énergique, piano groovy, soul attitude, Get On Top est certes longue et répétitive, mais elle assure totalement, sans être e sommet de l'album (pour ça, il ne faudra pas attendre longtemps : c'est tout simplement la suivante !). Une grande chanson de plus qui fait d'emblée de Greetings From L.A. un très grand cru de Buckley Sr.

Sweet Surrender : Le sommet de l'album. Je vais être clair : Sweet Surrender est même un des sommets de Tim Buckley. Achevant la face A à la perfection avec 6,50 minutes (pas le morceau le plus long, mais un des plus longs), Sweet Surrender permet à Buckley Sr de concilier ses fameuses vocalises avant-gardistes de rossignol (une voix inoubliable dont a hérité son fils Jeff) avec une mélodie totalement envapée, funky/soul (des arrangements de cordes, une ambiance, qui me font penser au Right On de Marvin Gaye, issu de son album What's Going On de 1971), et en même temps, assez psychédélique. Sweet Surrender est en fait une chanson tellement belle, tellement étrange (il se dégage vraiment quelque chose de cette alchimie parfaite entre la voix et les arrangements lyriques), qu'elle est indescriptible. Personnellement, c'est le frisson à chaque écoute.

Nighthawkin' : Chanson la plus courte (3,20 minutes), Nighthawkin' ouvrait la face B sur une note très énergique, après l'ambiance planante et étrange de Sweet Surrender. De par sa durée minuscule (comparée aux autres chansons), c'est probablement la moins marquante des sept de l'album, mais Nighthawkin' n'en demeure pas moins très efficace et agréable, avec sa guitare remarquable et son chant enlevé et tout simplement somptueux. Une très très bonne chanson dans le style de l'album, groovy et folk en même temps.

Devil Eyes : 6,50 minutes pour ce Devil Eyes tout bonnement exceptionnel. Une chanson jamais chiante en dépit de sa longueur assez imposante, et que certains trouveront sans doute éreintante. Moins funky/groovy que les précédentes, Devil Eyes est plus folk traditionnel à la Buckley, avec cependant de beaux atours rock (un solo d'orgue, une guitare énergique, un chant très énergique lui aussi). Désolé de ne pas en dire plus, mais je ne sais quoi dire au sujet de cette chanson, qui est probablement la deuxième meilleure de l'album !

Hong Kong Bar : La plus longue avec 7,10 minutes (pas beaucoup plus longue que Devil Eyes ou Sweet Surrender). Hong Kong Bar est encore une fois une remarquable chanson. Encore plus folk pur que Devil Eyes, ce Hong Kong Bar très long (sans doute un peu trop long, il faut le reconnaître : là, la durée se fait ressentir) est, comme je l'ai dit, remarquable malgré cette durée. Encore une fois, le chant est tout simplement sensationnel, les paroles sont magnifiques (dommage : absentes de la pochette), la musique est inoubliable et, en même temps, ici, très sobre. Sublime.

Make It Right : Seulement 4 minutes pour Make It Right, ultime chanson de Greetings From L.A. et, sans être le sommet de l'album, c'est encore une fois une incontestable réussite. Retour à un son plus groovy/soul/funk à la Get On Top ou Nighthawkin' pour cette conclusion tout simplement parfaite, bluffante, avec un Tim en grande forme (dire qu'il décèdera trois ans plus tard...). C'est la dernière fois, sur un de ses albums, qu'il sera aussi bon, si on excepte Dolphins sur Sefronia. Make It Right, avec ses arrangements lyriques, est une pure réussite ! 

 Alors, que dire donc au sujet de ce disque offrant, pour 39 minutes, 7 chansons ? Greeting From L.A. (la pochette est en total accord avec le titre, qui signifie 'salutations de L.A.') est un excellentissime album de Tim Buckley. N'ayant eu que peu de succès, sauf en radio où une station locale de Los Angeles le diffusera souvent (succès local et d'estime, donc), c'est le dernier grand disque du chanteur, et tout simplement son dernier disque valable (mieux vaut ne pas s'attarder sur les deux qu'il fera par la suite, ses deux derniers, heureusement difficiles à trouver dans le commerce). Un régal de folk/funk/rock, sexuel au possible (Get On Top, Make It Right...), totalement sublime. Et ce Sweet Surrender, mon Dieu... Rien que pour ce titre, il vous fait l'album !