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Pour ce 278ème Track-by-track, un sommet absolu de folk-rock, un des meilleurs albums de Neil Young, sorti en 1974 sous une très belle pochette : On The Beach. L'album a été enregistré en 1973/1974, après Tonight's The Night, album très sombre (pléonasme) qui fut enregistré en 1973. Mais Tonight's The Night sortira en 1975, la maison de disques de Neil Young estimant le disque trop sombre, et ayant retardé la sortie pendant quasiment deux ans. Entre temps, On The Beach sera fait et, lui, sortira dans les temps. Ce qui est bizarre, car l'album est quasiment aussi sombre que Tonight's The Night ! L'album ne sortira en CD qu'en...2003. Pour on ne sait quelle raison, cet album et quelques autres seront absents des éditions CD pendant des années, avant 2003 (les autres albums sortis aussi tardivement ne sont franchement pas aussi bons). Certains albums (Journey Through The Past, et surtout Time Fades Away, mythique album live sorti en 1974), à ce jour, n'existent toujours pas en CD. Mais que fout Neil ? Il a en tout cas autorisé la sortie de cet On The Beach (encore heureux !), et cet album, le voici :

Walk On : Sublime intro pour ce Walk On court (2,40 minutes, c'est la plus courte de On The Beach) et très rock, sur lequel joue Crazy Horse, le groupe de Neil : Billy Talbot, Ralph Molina, Ben Keith. Excellent et court solo de guitare, le Loner en grande forme vocalement parlant, une chanson au rythme irrésistible qui ne laisse pas présager du reste de l'album, bien plus sombre et dépressif que ce titre introductif assez ensoleillé. Mais comme le dit la chanson suivante, regardez donc le ciel, on dirait qu'il va pleuvoir... Profitez-donc bien de Walk On !

See The Sky About To Rain : Neil au piano Wurlitzer (qui ouvre d'ailleurs le morceau) sur See The Sky About To Rain, chanson qui change radicalement d'optique après Walk On. Ambiance country dépressive (steel guitar), chant tristounet, cette chanson, nettement plus longue (5 minutes) est une pure merveille à ne pas écouter, cependant, quand on se sent triste, car on ne risquera pas d'aller mieux après. See The Sky About To Rain semble pleuvoir comme le ciel dans le titre de la chanson. Quand le Loner prononce ces paroles servant de titre, et qui ouvrent le morceau, on a envie de le consoler, de lui dire que tout ira bien... Triste, mais beau. A noter, Levon Helm, batteur du Band, joue sur ce titre, qui daterait de 1970, apparemment (pas l'enregistrement, mais l'écriture du morceau).

Revolution Blues : Le batteur Levon Helm et le bassiste Rick Danko, du Band, jouent sur ce titre, sur lequel David Crosby joue aussi (guitare rythmique). Revolution Blues parle de Charles Manson, et de sa "Famille" de dégénérés qui a perpétré ces crimes atroces (massacre de Laurel Canyon, dans la villa de Sharon Tate, alors épouse enceinte de Polanski, qui fut tuée par eux). We got 25 rifles, just to keep the population down... Musicalement très rock, limite grunge, avec un Loner en forme et assez agressif, Revolution Blues fera scandale (en concert avec Crosby, Stills & Nash, ces derniers quitteront la scène le temps que le Loner la chante, ne se sentant pas en phase avec lui en ce qui concerne le texte, très virulent et s'achevant sur l'allusion au massacre de Laurel Canyon). Well I hear that Laurel Canyon is full of famous stars, but I hate them more than lepers, and I'll killed them in their cars... Une chanson provocante, violente, mais également franchement grandiose, une des meilleures de Neil Young, 4 minutes de bonheur malsain. Quel solo !!

For The Turnstiles : 3 petites minutes absolument magnifiques. For The Turnstiles est juste interprété par Neil Young (banjo) et Ben Keith (dobro et choeurs), rien d'autre, mais c'est amplement suffisant. Une petite pépite folk interprétée à la perfection. Sans doute est-elle trop courte (3,15 minutes), mais en même temps, on imagine mal une chanson aussi sobre avec une durée de 5 ou 6 minutes, non ? Ca deviendrait même usant à la longue, car en plus d'être belle, For The Turnstiles est, surtout, tristounette comme c'est pas permis. Un superbe solo de banjo au programme de cette sublime chanson mélancolique.

Vampire Blues : Fin de la face A avec ce Vampire Blues (deuxième chanson avec le mot 'blues' dans le titre, et il y en à encore une sur l'album), 4,10 minutes assez bluesy, justement. Une chanson plus rythmée que la précédente, moins que Walk On ou Revolution Blues. Définitivement, Vampire Blues mérite bien son titre, le rythme est lancinant, la chanson est vraiment bluesy à l'extrême (superbe orgue joué par Ben Keith). Pas ma préférée de l'album, pas le somet de l'album non plus, mais On The Beach ne contient aucune mauvaise chanson, et celle-ci achève bien la première face (la face B, donc, ne contient que trois titres, qu'on imagine longs ; c'est le cas pour deux d'entre eux).

On The Beach : La face B s'ouvre sur la chanson-titre, On The Beach donc, d'une longueur de 7 minutes. D'emblée, on est pris par la guitare, son fantastique et quelque peu grunge (et bluesy aussi), et la voix de Neil, triste, marquante, profonde, fragile comme à son habitude (voix frêle). On The Beach possède une ambiance admirable, impossible de ne pas regarder la pochette montrant Neil seul sur une plage, face à la mer, de dos, qu'on imagine avec le visage fermé, yeux dans le vague et dents serrées, mélancolique, rêveur, triste. La guitare, électrique, donne cette impression de profond spleen, de mélancolie contagieuse, qui prend l'auditeur et le tord dans tous les sens, durant 7 magnifiques et intenses minutes. Un des sommets absolus de l'album. A noter, Graham Nash au piano Wurlitzer.

Motion Pictures (For Carrie) : Seulement 4,20 minutes pour cette chanson. Le sous-titre (For Carrie) est une allusion à Carrie Snodgress, actrice avec qui était le Loner, ils étaient alors séparés, et Neil, apparemment, avait du mal à panser les plaies de cette rupture. Probablement le morceau le moins fort de On The Beach, ce Motion Pictures (For Carrie), mais il n'en demeure pas moins franchement bon. Comme Leslie Barsonsec le disait dans sa chronique de l'album, sur ce blog, cette chanson et Vampire Blues sont les deux moins marquantes de On The Beach, et elles sont quand même fantastiques, pour dire le niveau global de l'album ! Une chanson très triste et mélancolique, assez country/folk, à la For The Turnstiles en version électrique, avec plus d'accompagnement musical.

Ambulance Blues : Morceau le plus long avec pas moins de 9 minutes au compteur. Ambulance Blues mérite bien son titre, comme Vampire Blues (mais pas Revolution Blues, qui aurait pu s'appeler Revolution Rock, titre qui sera, lui, utilisé par les Clash en 1979, ah ah ah) : c'est une chanson terriblement bluesy, triste comme un jour sans musique pour un mélomane. Malgré sa longueur imposante de presque 10 minutes, Ambulance Blues n'est jamais longuette, jamais ennuyeuse. Il faut le faire, avec 9 minutes en tout ! Interprétation tout simplement quintessentielle, paroles sublimes et marquantes, sombres aussi, cette chanson achève à la perfection un album qui entre dans le Top 5 des meilleurs albums du Loner, et probablement en première position, devant Tonight's The Night, Everybody Knows This Is Nowhere, Zuma et Rust Never Sleeps. Immense.

 Au final, On The Beach est un disque immense, triste et puissant, rempli de grandes chansons. Moins sombre que Tonight's The Night, mais de peu, il est vraiment à découvrir, et offre un condensé du meilleur de Neil Young. La période 1969/1979 est définitivement sa meilleure, avec un pic de 1972 à 1975, et cet album aussi sombre que la nuit est définitivement un de ses meilleurs. Pour amateurs de rock et de folk-rock, cet album est à écouter absolument, donc !! A écouter aussi, les autres albums que je viens de citer plus haut (et ceux qui ne sont pas encore abordés en TBT le seront un jour, dans les semaines à venir, rassurez-vous) !