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Pour ce nouveau et 273ème Track-by-track, encore un disque d'Alain Bashung, et non des moindres, puisqu'il s'agit d'un de ses meilleurs et de ses plus connus, Osez Joséphine, sorti en 1991, enregistré en partie à Memphis (studios Ardent, là où Big Star, ZZ Top, enregistrèrent des albums) et en partie à Bruxelles (studios ICP). C'est un disque court (39 minutes, 11 titres) et mythique, rempli de classiques du regretté chanteur disparu en 2009. Un album sur lequel participent Sonny Landreth, Bernie Leadon (ce dernier a fait partie des Eagles de leurs débuts à 1975), un album tout simplement indispensable à tout amateur de chanson française, de rock français et de country-rock, car c'est un disque plutôt country par moments. Ce disque, le voici détaillé :

J'Ecume : D'emblée, un harmonica très blues retentit (aucun crédit dans le livret pour dire qui en joue, j'en conclus que c'est Bashung himself), ce qui met direct dans le ton. J'Ecume a été enregistré aux studios Ardent de Memphis, Tennessee, USA, et est une des chansons les plus typées d'Osez Joséphine. On sent vraiment qu'après un album aussi sombre et désenchanté que Novice (et qui, de plus, n'aura que très peu de succès et de reconnaissance publique à sa sortie), Bashung avait envie de plaire aux masses, de sortir de l'ombre. Pari tenu. Paroles excellentes (de Jean Fauque et Bashung), musique bluesy fantastique, J'Ecume est remarquable.

Volutes : Enregistrée à Memphis, présente désormais sur le CD dans une version remixée de 1992 (je n'ai jamais écouté la version présente sur l'album de 1991, d'avant le remix, mais j'imagine que la différence doit être infime), Volutes, que Stephan Eicher a reprise (et très bien reprise, d'ailleurs) sur l'album-hommage à Bashung sorti il y à quelques mois (Tels Alain Bashung), est une des meilleures de l'album, une de mes préférées aussi. Guitares sensationnelles (acoustique et slide) de Bernie Leadon et Sonny Landreth, rythmique superbe de Ken Blevins (batteur) et David Ranson (bassiste), cette chanson est très country dans l'âme (la slide y est pour beaucoup) et possède des paroles tout simplement sublimes : J'cloue des clous sur des nuages, un marteau au fond du garage... Vos luttes partent en fumée...

Happe : Encore une fois enregistrée à Memphis (par la suite, Bashung a rajouté, sur chaque titre enregistré à Memphis, des mélodies, instruments, arrangements, faits à Bruxelles, où il a fait une autre partie du disque), avec les mêmes musiciens (qui furent pour la plupart estomaqués par la maîtrise de Bashung de la musique country, eux qui pensaient que ce chanteur français qu'ils ne connaissaient pas allait faire portnawak avec cette musique quasiment sacrée là-bas), Happe est une bien belle chanson, courte (3,05 minutes), mais sans doute moins marquante que les deux précédentes. Elle est plus douce, plus bashungienne que country. Paroles encore une fois fantastiques, interprétation de haute classe, mais n'empêche, Happe, bien que très belle, l'est moins que Volutes. Ce n'est cependant pas une mauvaise (ou moyenne) chanson ! La qualité, ici, baisse très légèrement, infimement, une chanson qui mérite 17/20 au lieu des 19/20 ou 20/20 des précédentes, voyez donc que ce n'est pas dramatique !

Well All Right : Une des quatre reprises en anglais de l'album. Il s'agit ici de la fameuse chanson de Buddy Holly, qui avait déjà été reprise, notamment, par Blind Faith en 1969, Well All Right. C'est la chanson la plus courte de l'album, elle ne dure que 2,05 minutes, et elle est franchement sympathique. Bien entendu, elle a été enregistrée à Memphis, avec Sonny Landreth et Bernie Leadon aux guitares (entre autres musiciens). Well All Right st ce que l'on appellera vulgairement un putain de grand standard rock'n'roll, et si cette reprise n'est pas la meilleure qui soit, c'est quand même franchement bon. Entendre Bashung se la jouer Elvis (avec accent français inimitable, évidemment), c'est quelque chose !!

Les Grands Voyageurs : Une des chansons les plus bluesy de l'album. Harmonica très présent (il y en à deux, signés Bashung et Roland Vancampenhout) pour cette chanson enregistrée à Memphis et Bruxelles (j'imagine que le deuxième harmonica, ainsi que les programmations, sont bruxelloises), une des plus longues de l'album avec 4,45 minutes. Les Grands Voyageurs est une chanson franchement bluffante dans le regstre bluesy, Alain Bashung y est très convaincant, voix nasillarde et blues, remarquable slide de Sonny Landreth. Certains diront sans doute que la chanson est un poil trop longue, mais personnellement, je ne trouve pas, pas plus que ça. Vraiment excellent.

Blue Eyes Crying In The Rain : 2,15 minutes pour cette deuxième reprise, enregistrée au studio ICP de Bruxelles, Belgique. Blue Eyes Crying In The Rain est une chanson country qui fut en son temps immortalisée par Willie Nelson. C'est probablement, des quatre reprises, la moins réussie, même si elle colle bien, dans un sens, à l'ambiance de l'album, car, après tout, c'est de la pure country, avec pedal steel, paroles parlant d'amour et de séparation, à chialer dans sa tequila. Bashung chante bien, mais ça fait caricature de country quand même. C'est d'ailleurs assez amusant de se dire que cette chanson a été enregistrée à Bruxelles alors qu'elle est typique du son américain, et qu'on aurait pu penser que Bashung l'aurait enregistrée à Memphis, comme c'est le cas de Well All Right ou She Belongs To Me !

Osez Joséphine : Mythique. Riff tueur, tempo martelé comme un galop de cheval de course (le clip a d'ailleurs été fait dans un décor de piste de cirque), Osez Joséphine est une des plus grandes chansons d'Alain Bashung. Enregistrée à Memphis (les guitares sont de Leadon et Landreth, ce dernier aussi à la slide, et il me semble que le riff que l'on entend en intro est à la slide), cette chanson a pour seul et unique défaut sa durée, 2,55 minutes. Foutralement trop court. Mais sinon, c'est immense. Paroles sensationnelles (Et que ne durent que les moments doux, dure que les moments doux, quand Bashung prononce ces paroles, on croirait de l'anglais !), interprétation qui l'est tout autant (quand Bashung prononce les premières paroles, A l'arrière des berlines, frisson assuré), musique d'enfer... Culte. A noter que sur l'album-hommage cité plus haut, c'est Miossec qui reprendra (très fidèlement, mais sans grande âme) cette chanson.

Kalabougie : Enregistrée en totalité à Bruxelles, Kalabougie est la moins bonne d'Osez Joséphine. Voilà, c'est dit. N'allez cependant pas croire que Kalabougie (titre assez con, je trouve) est mauvaise. Elle est un peu moyenne, pas mal décevante mais de là à la qualifier de mauvaise, de médiocre, c'est un pas que je ne ferai pas, personnellement. Les paroles sont pas mal, sans être révolutionnaires, et l'interprétation est comme d'habitude, excellente. Musicalement, c'est une chanson country/variété à la Happe, pas mal du tout, mais sans grande originalité. Aucune trace de Landreth et Leadon ici, le morceau ayant été totalement fait à ICP, et plutôt bien joué, musicalement parlant. Au final, une chanson correcte mais nettement moins bonne que le reste de l'album quand même.

She Belongs To Me : Troisième reprise anglophone de l'album, et dernière chanson, sur l'album, enregistrée à Memphis. She Belongs To Me, excellente, est évidemment une reprise de la fameuse chanson de Bob Dylan (que 17 ans plus tard, Francis Cabrel reprendra en français sur sun remarquable Des Roses & Des Orties), et c'est franchement une excellente reprise, plus longue que les deux autres (4,05 minutes), moins longue que la dernière (et, en fait, que les deux dernières chansons). Interprétation de qualité, musique country/folk de toute beauté, cette reprise d'un classique de Dylan est vraiment excellente.

Madame Rêve : 4,50 minutes absolument immenses, enregistrées à Bruxelles (comme Bashung le dira par la suite, un morceau tel que Madame Rêve n'aurait pas pu être fait à Memphis, ce n'est clairement pas le style musical qui convenait au lieu !). Une sorte de prémices pour L'Imprudence, dans un sens. Arrangements sublimes de cordes (par Vic Emerson), chant hanté, sensationnel, profond, paroles tout simplement grandioses, ambiance planante et envoûtante, hypnotique. Conseil : écoutez cette chanson dans le noir, yeux fermés, et vous voyagerez, vous serez, comme cette madame du titre, épinglés au ciel. Que dire d'autre que : immense ? C'est, avec la chanson suivante, le sommet de l'album.

Nights In White Satin : Dernière reprise anglophone, et dernière chanson de l'album, Nights In White Satin est une reprise des Moody Blues, groupe de rock anglais un peu psychédélique et progressif. Enregistrée à Bruxelles avec seulement Kevin Mulligan (guitare, pedal steel) et Nicolas Liszman (basse), c'est le morceau le pus long avec 4,50 minutes (en fait, c'est le plus long avec Madame Rêve, même durée). C'est aussi un des sommets de l'album avec Madame Rêve. Une interprétation éblouissante, déchirante, de ce standard qui fait partie des classiques pop des années 60. En fait, Bashung a fait sienne cette chanson, avec cette interprétation sobre et remarquable (sa voix ! Cette slide !), qui fait frissonner, littéralement. Immense.

 Au final, deux choses assez moyennes ici, donc : Kalabougie, qui est pas mal, mais pas du niveau du reste, et la durée globale de l'album, 39 minutes, franchement rikiki, on aurait aimé un album plus long, une dizaine de minutes de plus (comme Chatterton, Fantaisie Militaire ou Bleu Pétrole, donc). Mais malgré cela, Osez Joséphine est un grand cru, avec un nombre remarquable de classiques (Madame Rêve, la chanson-titre), une production sensationnelle, une ambiance country remarquable sur les morceaux faits à Memphis, et Bashung est, vocalement, en grande forme. Un de ses meilleurs albums, un de ses plus connus et vendus, un de ses plus cultes, et on n'a pas besoin de se demander pourquoi, tant la réussite est évidente !