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Pour ce 270ème Track-by-track, un disque qui me tient totalement à coeur, sorti en 1973 dans une relative indifférence (bide commercial) malgré qu'il ait été plutôt correctement accueilli par la presse (pas par tous). C'est le premier album de Bruce Springsteen, et il s'appelle Greetings From Asbury Park, N.J. (et il est sorti sous une pochette assez criarde niveau couleurs, représentant une carte postale d'Asbury Park, ville du New Jersey, Etat d'où vient Bruce). Au moment de la sortie de ce disque court (37 minutes, 9 titres), Bruce n'est pas encore le Boss. En fait, il n'est rien qu'un petit gars issu de la classe ouvrière, du New Jersey, qui fait de la musique folk/rock à la Dylan électrique avec son groupe, lequel n'est pas encore le E-Street Band malgré le tag que j'ai mis dans l'article, en bas. Son groupe, c'est Vincent Lopez à la batterie, Clarence Clamons au saxophone, Garry Tallent à la basse, David Sancious aux claviers, et on notera aussi Harold Wheeler (piano) et Richard Davis (basse) sur quelques titres. Bruce tient les guitares, percussions, harmonica, un peu de basse et un peu de claviers. A noter que Tallent et Clemons deviendront des fidèles du Boss, tandis que les autres, passé le deuxième album, seront remplacés. Ce disque, produit par Mike Appel (avec qui le Boss aura par la suite des embrouilles juridiques) et Jim Cretecos, le voici :

Blinded By The Light : 5 minutes assez exubérantes pour ouvrir le bal. Mama always told me not to look into the sights of the sun, oh, but mama, that's where the fun is. Incroyable longueur pour les paroles, il faut une double page entière du livret (il y à une photo sur la première page, certes, mais sur la troisième page, on a un peu de paroles aussi) pour les reproduire ! Une chanson très réussie, énergique, interprétée avec joie, très vive. Blinded By The Light sortira en single (ne marchera pas fort), et si ce n'est pas la meilleure chanson de l'album, c'est une chanson franchement excellente et très très sympathique, à découvrir absolument. En un mot, une chanson géniale, quoi ! Bavarde, mais géniale.

Growin' Up : Reprise par David Bowie en 1973 (une reprise au final peu connue, et Bowie reprendra aussi une autre chanson du même album), Growin' Up est une pure merveille. Malheureusement trop courte (3 minutes et 5 secondes), Growin' Up parle de l'âge adulte, de la fin de l'enfance, de l'insouciance, alors que la vraie vie vous attend. Une chanson magnifique comptant parmi les meilleures de Greetings From Asbury Park, N.J., une pure merveille mélancolique sur laquelle la voix de Bruce fait des merveilles. En live (voir le coffret 3 CD Live 1975/1985), cette chanson fera des étincelles.

Mary Queen Of Arkansas : Chanson la plus longue avec 5,20 minutes (elle dépasse de peu Lost In The Flood, de 5 secondes), et pour être honnête, Mary Queen Of Arkansas est loin d'être une réussite. C'est en fait une des deux chansons moyennes de Greetings From Asbury Park, N.J., une chanson un peu bavarde et ennuyeuse, bien qu'elle ne possède au final pas énormément de texte (disons que c'est classique). Mais c'est assez plat, sans envergure. Ce qui est sûr, c'est qu'après deux chansons aussi réussies que Blinded By The Light et Growin' Up, celle-ci est une vraie déception... Allez, assez parlé, passons à la suivante (qui n'est pas terrible non plus) !

Does This Bus Stops At 82nd Street ? : La chanson précédente est la plus longue (pas de beaucoup, ceci dit) de l'album. Does This Bus Stops At 82nd Street ?, elle, est la plus courte, et de loin, car elle ne dure que 2 minutes et 5 secondes ! Ce qui n'empêche pas la chanson d'avoir pas mal de paroles (bon, moins que For You ou Blinded By The Light, pour lesquelles c'est du marathon de paroles). Malheureusement (ou heureusement, vu la durée), cette chanson est la moins réussie de tout le disque, c'est même, autant le dire franchement, un ratage. Une chanson assez insipide, comme son titre ('Ce bus s'arrête-t-il à la 82ème rue ?'), assez bien interprétée par Springsteen, mais c'est à peu près tout. A oublier...

Lost In The Flood : A ceux qui pensent que The River est la meilleure chanson du Boss : c'est qu'apparemment, vous ne connaissez pas Lost In The Flood. Car, du long de ses 5,15 minutes, Lost In The Flood ('perdu dans le déluge'), qui achevait la face A, est définitivement le sommet du Boss en ce qui concerne les chansons. Que dire ? Avec des arrangements sonores faits par un futur guitariste du E-Street Band (Steve Van Zandt), avec son interprétation magnifique, dylanesque, touchante, mélancolique, avec sa mélodie tristounette et ses remarquables paroles, avec son refrain sensationnel, Lost In The Flood est tout simplement un joyau, un diamant brut, un trésor, et je ne vois rien d'autre à dire. Il faut tout simplement écouter cette chanson, elle est divine ! Et après deux chansons aussi moyennes (voire médiocres), ça fait du bien !

The Angel : La face B s'ouvre sur une chanson courte (3,25 minutes) et assez correcte, même si, après Lost In The Flood, n'importe quelle chanson, même Growin' Up, semblerait fadasse. The Angel est une chanson, ma foi, très jolie, avec Richard Davis à la basse (seule chanson de l'album sur laquelle Davis, qui ne faisait pas partie du groupe, joue). On peut dire sans trop se tromper que ce n'est définitivement pas une chanson immense, qu'elle ne fait pas partie des meilleures de l'album. Si on excepte Mary Queen Of Arkansas et Does This Bus Stops At 82nd Street ?, cette chanson est la moins mémorable de l'album. Mais c'est quand même pas trop mal.

For You : Enormément de paroles (pareil que pour Blinded By The Light) pour ce For You assez lyrique dans son interprétation vocale (les refrains), et moyennement longue, 4,40 minutes. Une très bonne chanson, franchement belle, le refrain est très joli, les paroles sont bien écrites, l'interprétation est hors pair, aussi bien vocale qu'instrumentale. Après, ce n'est pas la meilleure chanson de l'album, mais elle est un peu meilleure que The Angel, et elle est vraiment magnifique et à écouter.

Spirit In The Night : Attention, chef d'oeuvre. Spirit In The Night, 5 minutes en tout, est une des pièces maîtresses du répertoire springsteenien, une chanson endiablée, entraînante, fantastique, fabuleuse, qui compte évidemment parmi les meilleures de l'album. Piano fantastique (de Harold Wheeler), chant mémorable, paroles remarquables, rythme parfait, ambiance un peu pop, refrain indémodable avec choeurs fantastiques, cette chanson est tout simplement légendaire, comme la suivante, comme Growin' Up, comme Lost In The Flood, comme Blinded By The Light aussi. Comment aimer le Boss sans connaître cette chanson, voilà qui me semble assez impossible. Bref, si vous ne connaissez pas, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

It's Hard To Be A Saint In The City : Comme Growin' Up, cette chanson fut reprise par Bowie en 1973, pendant les sessions de Pin Ups (ou alors, juste après ; Bowie pensait faire un Pin Ups 2, destiné aux USA, et sur lequel se seraient trouvé sa reprise du Amsterdam de Brel et ces deux reprises de Springsteen, qui sont excellentes). Mais revenons à la chanson initiale qui est assurément une des meilleures non seulement de l'album, mais du Boss. C'est en entendant cette chanson dans une version démo que Mike Appel a décidé d'être le manager de Springsteen, son producteur (enfin, co-producteur). L'histoire d'un homme qui, tout en essayant d'être le plus sincère et honnête possible, est quand même happé par la vie dans la ville, et plonge dans tout ce qu'il veut éviter. Il veut faire le bien, mais dans cette jungle urbaine, c'est mission impossible. Une très très grande chanson qui, en live, est encore plus forte qu'en studio. Elle achève à la perfection l'album.

 Alors, au final, que dire ? Greetings From Asbury Park, N.J. est un de mes albums préférés du Boss avec Darkness On The Edge Of Town et Born To Run, et je pense même qu'il est mon préféré devant ces deux (remarquables) albums, lesquels sont sûrement supérieurs musicalement parlant, en même temps. Si tout n'est pas parfait (on l'a vu, deux chansons assez moyennes), si l'ensemble est un peu bavard parfois (il faut voir, et c'est le cas aussi de l'album suivant, le remarquable The Wild, The Innocent & The E-Street Shuffle qui n'offre que 7 titres pour 45 minutes, il faut voir, donc, les paroles dans le livret !), cet album est quand même remarquable. Un nombre hallucinant de classiques (Bowie en reprendra deux, comme je l'ai dit), des chansons magnifiques, et parmi elles, celle qui reste comme LA chanson de Springsteen avec The River (et juste devant, selon moi), à savoir Lost In The Flood. Bref, un disque essentiel pour tout fan du Boss, et un de ses albums les plus importants et touchants, à défaut d'être son plus connu.