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Pour ce 269ème Track-by-track, un excellent disque de pub-rock anglais qui, à sa sortie en 1971, sera N°1 aux USA et en Angleterre, en même temps, et idem pour une des chansons qui en est issue (Maggie May), chose alors inédite. Ce disque, c'est Every Picture Tells A Story, et c'est le troisième album solo de Rod Stewart, ancien chanteur du Jeff Beck Group et alors chanteur des Faces, au sein duquel se trouvait le guitariste Ron Wood (qui joue sur l'album), le même qui, en 1975, entrera chez les Stones pour ne plus en partir. Le tracklisting de cet album est particulier : il y avait 10 titres crédités en vinyle, pour 40 minutes, et il n'y en à plus que 8 en CD, pour la même durée : deux des morceaux ont été incorporés dans d'autres (la raison : ils sont très courts, ces deux morceaux, et au final ne servent que d'intermèdes). Autrement dit, malgré qu'il y ait deux titres de crédités en moins sur le CD, tout le disque est bien là, rassurez-vous ! Et ce disque, le voici (tracklisting CD, mais je précise où ce trouvent les deux morceaux ayant été incorporés) :

Every Picture Tells A Story : Quoi de mieux pour ouvrir l'album que sa monumentale chanson-titre, 6 minutes de folie, une merveille rock endiablée et en même temps très mélodique ? Every Picture Tells A Story ('chaque image raconte une histoire') s'ouvre donc sur Every Picture Tells A Story. Avec la participation vocale de Long John Baldry, Madeline Bell et Maggie Bell, cette chanson-titre est une des meilleures de Rod Stewart, et dire donc qu'il s'agit d'une des meilleures de l'album est assez superflu, tout le monde s'en doute (car honnêtement, si une chanson faisant partie des meilleures d'un artiste n'est pas, par la même occasion, une des meilleures de l'album sur lequel elle se trouve, il y à un malaise quelque part). Une chanson tout simplement mémorable, quintessentielle. Mais il y à mieux encore sur le disque, hé oui ! Et ça s'appelle Maggie May et Mandolin Wind.

Seems Like A Long Time : 4 minutes plus reposantes. Seems Like A Long Time est une pure petite merveille sur laquelle la voix de Roddy-O est admirable, touchante, reposée, apaisée, douce. Une chanson ni gaie, ni triste, un peu mélancolique, nostalgique, pleine de spleen, interprétation de haute classe, aussi bien vocale que musicale. Seems Like A Long Time est au final une chanson fabuleuse, qui prouve d'ores et déjà à quel point l'album est fantastique et mérite toutes les louanges qu'il a reçues depuis sa sortie en 1971. Fantastique.

That's All Right/Amazing Grace : Reprise mouvementée de la fameuse chanson d'Arthur Crudup, chanson déjà immortalisée, comme on le sait, par Elvis Presley en 1954, chanson ayant lancé la légende du King. Cette reprise par Roddy-O est franchement bonne. Le minutage CD, pour ce titre, est d'environ 6 minutes, alors que That's All Right dure, ici, 4 minutes. Normal, car cette plage audio a incorporé le morceau suivant dans son minutage (comme je l'ai dit plus haut, deux morceaux nettement plus courts que les 8 autres ont été ingérés dans d'autres morceaux, initiative originale et au final un peu moyenne, mais bon, on ne m'a pas demandé mon avis, aussi), une reprise magnifique, longue de 2 minutes, d'un des hymnes religieux anglophone, Amazing Grace. Sublime. Se passe de commentaires tellement c'est beau.

Tomorrow Is A Long Time : Reprise d'une chanson de Bob Dylan, Tomorrow Is A Long Time achevait la face A. Un des morceaux les plus courts, 3,45 minutes (des morceaux n'ayant pas été 'ingérés' dans d'autres, c'est le plus court ; bref, c'est le plus court des 8 du CD, mais pas le plus court des 10 du vinyle, prenez donc un Doliprane, ça va passer). Pas le sommet absolu, mais sincèrement, une superbe reprise d'une chanson au final très peu connue, que Dylan chanta au cours d'un concert de 1963, et qui fut commercialisée, cette chanson, sur un best of de Dylan sorti en 1971 (dans cette version live). A ce jour, elle ne se trouve sur aucun album studio officiel de Dylan. Cette reprise est franchement excellente, à écouter, même si c'est moins grandiose que la majorité des morceaux de l'album.

O. Henry/Maggie May : Les 30 premières secondes sont instrumentales, et sont en fait O. Henry, à la base le sixième morceau de l'album en vinyle, ouverture de la face B. Cet instrumental magnifique et acoustique est donc ingéré dans la plage audio du morceau suivant, Maggie May, qui dure 5,15 minutes à la base et passe donc à 5,45 minutes (5,50 minutes, en fait) sur le CD. Pas grand chose à dire sur O. Henry, c'est, comme je l'ai dit, beau, sans paroles, et très court. Maggie May, en revanche... Immense. Tube mondial, N°1 aux USA et en Angleterre, en même temps (comme l'album !). Intro légendaire, interprétation classieuse, cette chanson est cultissime. Pour tout dire, l'autre jour (véridique), dans le supermarché situé à côté de chez moi, en fond sonore (c'était une radio), j'entend cette chanson ! Elle a 40 ans, mais pourrait très bien avoir été enregistrée la veille, tellement elle ne vieillit pas (ou alors, elle se bonifie). Magistral !

Mandolin Wind : La classe. Mandolin Wind est une pure putain de pure putain de pure putain de merveille. Assez longue (5,30 minutes), elle n'en demeure pas moins exceptionnelle, et a été signée par Stewart et Martin Quittenton (guitare acoustique sur l'album). Je me rend d'ailleurs compte que j'ai oublié de citer les musiciens, je vais le faire ici (Mandolin Wind est si belle, si grandiose, comme Maggie May, qu'elle est indescriptible, de toute façon) : Ron Wood, Martin Quittenton, Ian McLagan, Micky Waller, Danny Thompson, Andy Pyle, Pete Sears, Sam Mitchell, Martell Brandy, Dick Powell, Kenney Jones, Ronnie Lane (ces deux derniers, uniquement sur le morceau suivant). Une belle clique au service d'un album de choc !

(I Know) I'm Losing You : 5,25 minutes pour cette très belle reprise d'une chanson des Temptations (groupe Motown), datant de 1966, (I Know) I'm Losing You. Comme pour Tomorrow Is A Long Time, ce n'est cependant pas une de mes préférées de l'album, mais il serait dommage d'ignorer plus longtemps encore cette superbe chanson, cette reprise admirable sur laquelle Stewart chante vraiment avec passion et force. Un petit peu longue sans doute, et encore je chipote, (I Know) I'm Losing You n'en demeure pas moins, donc, une belle réussite qui prouve encore une fois que l'album ne contient aucune mauvaise chanson, aucune chanson moyenne.

Reason To Believe : Très très très grande reprise, longue de 4 minutes et 5 secondes, d'une chanson de Tim Hardin (chanteur folk américain mort en 1980). Reason To Believe est même, probablement, une des plus belles de Every Picture Tells A Story avec Maggie May, Mandolin Wind et la chanson-titre. Interprétation sans failles, touchante même, de Rod Stewart, musiciens en forme, cette chanson achève à merveille ce disque mémorable qui compte définitivement parmi les sommets absolus du rock anglais, et est, définitivement, le magnum opus du chanteur. Superbe reprise.

Au final, Every Picture Tells A Story est donc un remarquable album de rock, de pub-rock plutôt, interprété à la perfection par un remarquable chanteur (cette voix !) qui, par la suite, dès les années 80, deviendra plus connu pour ses conneries disco/pop (D'Ya Think I'm Sexy ? par exemple) et ses frasques, et sa chevelure de blond péroxydé, que pour le début de sa carrière. D'autres albums de Rod Stewart sont remarquabes (An Old Raincoat Won't Let You Down, Gasoline Alley), mais Every Picture Tells A Story est vraiment, définitivement, le sommet de la carrière du chanteur. Une collection de chansons qui, reprises ou originales, sont magnifiques, essentielles. 40 grandes minutes, un album indispensable à tout fan de rock !