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267ème Track-by-track, et pour ce faire, un album d'Iron Maiden. Et pas n'importe lequel, hein, mais Somewhere In Time, un de leurs sommets, sorti en 1986 sous une pochette remplie (en fait, gavée serait un terme plus précis et juste) de détails sur le groupe, la mythologie du personnage d'Eddie (leur mascotte, ici transformé en une sorte de croisement entre Robocop et Terminator) et les précédent(e)s albums et chansons du groupe. Un disque très progressif et surtout aventureux, électronique, futuriste, 50 minutes pour seulement 8 titres, et parmi ces 8 titres, pas moins de, allez, 6 classiques absolus. Cet album, fait dans la douleur (Bruce Dickinson, le chanteur, pensait au départ à un album très calme, quasi acoustique, mais le reste du groupe ne sera absolument pas d'accord, c'est pour ça qu'il n'a aucun crédit d'auteur sur les chansons, et que la situation au sein du groupe commencera légèrement à se compliquer ; déjà que la tournée mondiale de l'album précédent, Powerslave, ultra longue, les a bien usés), ce disque, donc, le voici :

Caught Somewhere In Time : Immense. 7,25 minutes remarquables, s'ouvrant sur un riff aussi heavy que futuriste (on sent bien les guitar-synths !). Caught Somewhere In Time, malgré un refrain hurlé assez énervant (Cauuuuuuught soooomewheeeeere in tiiiiiiiime, oooooooh oooooooooh oooohoooohooooooooh), est une des meilleures chansons de l'album. Que dire au sujet de ce break hallucinant prenant place au centre du morceau environ, ce solo d'enfer (le morceau, au fait, est signé du seul bassiste Steve Harris) ? Un des meilleurs moments de l'album, tout simplement. Le chant de Bruce Dickinson est franchement pas mal, il est encore plus convaincant sur le morceau suivant, mais il assure quand même bien et son statut de chanteur hurleur (surnom donné par les fans : Red Air Siren) est très mérité, comme ce surnom, justement. Excellente chanson.

Wasted Years : Un tube pour le groupe, si tant est qu'on peut parler de tube concernant Maiden (la chanson sortira en single, se classera 18ème dans les charts anglais en 1986, et ressortira en single 4 ans plus tard, où il se hissera à la 9ème place, la chanson, en 1986, sortira d'ailleurs quelques semaines avant l'album). Wasted Years est la deuxième chanson la plus courte de l'album, elle dure 5,10 minutes seulement, et s'ouvre sur un riff tortueux franchement remarquable. Entièrement signée Adrian Smith (guitare), comme deux autres chansons de l'album dont la suivante, c'est une chanson sur le temps qui passe, et qui ne revient pas. Dans un sens, Somewhere In Time serait-il un album-concept sur le Temps ? Hé bien, pas vraiment, car les chansons suivantes ne parlent pas du temps, si on excepte, dans un sens, Déjà-Vu. Mais c'est un album de SF, en revanche ! Une chanson bougrement efficace, totalement réussie, refrain fédérateur, interprétation sans failles, solo d'enfer, ambiance de feu et aussi un peu pop... Wasted Years est immense !

Sea Of Madness : 5,40 minutes pour ce Sea Of Madness que j'ai mis un peu de temps à aimer au départ. Chanson signée Smith, elle est assez bourrine, rifff bien sanglant, rythme acharné et interprétation vocale très violente, agressive, de Bruce. On a droit à un sublime bridge, ceci dit, bien mélancolique, un peu reposant, en son centre, mais mis à part ça, cette chanson est vraiment heavy, musclée, brutale, sans répit. Sea Of Madness n'est pas ma préférée de l'album mais je l'aime vraiment beaucoup, maintenant, alors qu'autrefois, c'est limite si je ne la zappais pas, je la trouvais moins mélodique que le reste de l'album. Franchement bon, très bon, même !

Heaven Can Wait : La face A se finissait sur les 7,20 minutes de Heaven Can Wait, qui reste un des rarissimes morceaux de l'album que le groupe continuera de jouer de ci de là, en concert, après la tournée Somewhere In Time (sur Flight 666 - The Original Soundtrack, on a droit à ce titre et à Wasted Years, et sur les précédents opus live, c'est uniquement Heaven Can Wait, quand il y à un morceau de cet album qui est joué - c'est à dire, sur les lives Live At Donington et A Real Live/Dead One -, qui représente Somewhere In Time). Pas ma préférée, mais il serait vraiment dommage de s'en priver, de cette chanson, tant elle assure. Intro légendaire, refrain un peu énervant (comme pour Caught Somewhere In Time ou Déjà-Vu, les refrains des chansons de cet album ne sont pas grandioses) mais bridge sensationnel qui, en concert, fera vibrer le public (qui reprendra en choeur les Whoooohoohoooo ! whoooohooohooohoohooohoooooh woooohoooohoooo ! de ce passage en vocalises, passage possédant également un excellent solo de guitare tout en arpèges), et excellente interprétation. Au final, un très grand morceau, un petit peu surestimé selon moi (je trouve que d'autres morceaux de l'album sont du même niveau, mais c'est Heaven Can Wait qu'on a retenu, dommage), mais franchement excellent. Morceau signé Harris.

The Loneliness Of The Long Distance Runner : 6,30 minutes signées Steve Harris dont le titre se base sur un roman (et un film) du nom de La Solitude Du Coureur De Fond. Maiden a toujours aimé placer des références cinématographiques et/ou littéraires dans ses chansons, faire des adaptations en chansons de films ou de romans (To Tame A Land : Dune ; Quest For Fire : La Guerre Du Feu ; cette chanson, donc ; Phantom Of The Opera : pas besoin de préciser que c'est basé sur le roman de Gaston Leroux, mais je l'ai précisé quand même ; et bien d'autres, dont, sur cet album, la chanson suivante, mais j'y reviendrai). Une chanson qui, pour ma part, est pas mal, mais trop longue. Il y à de très bons passages, comme l'intro, plus mélodique que le reste, mais dans l'ensemble, The Loneliness Of The Long Distance Runner, sans être le morceau le moins bon de l'album, est tout de même un morceau mineur. Dans l'intro de l'article, j'ai dit que l'album possédait 8 chansons dont 6 classiques. Hé bien voilà, cette chanson est une des deux à ne pas en être un, de classique ! C'est écoutable quand même.

Stranger In A Strange Land : 5,45 minutes immenses, entièrement signées Adrian Smith. Le titre de la chanson est aussi celui d'un très remarquable et culte roman de SF, En Terre Etrangère en VF, de Robert A. Heinlein, mais mis à part ça, la chanson n'adapte pas le roman, et parle plutôt d'un homme piégé sur le continent arctique, gelé, en train de mourir de froid. Avec son intro fantastique à base de basse (et ce riff ! Monstrueux), son refrain certes simpliste mais remarquable, son solo absolument grandiose, magistral, sa durée assez imposante (et encore, il y à plus long) et idéale, ses paroles très bien torchées, Stranger In A Strange Land, qui sortira en single, est une réussite totale.

Déjà-Vu : Avec 4,55 minutes, c'est le morceau le plus court, et aussi et surtout, le moins bon de Somewhere In Time. Pour tout dire, Déjà-Vu, signé par Dave Murray et Steve Harris, est même un des morceaux les moins bons de l'ère Bruce Dickinson (1982/1992 et 2000/...), tout de même, avec d'autres titres tels que Quest For Fire, Gangland ou The Assassin (qui sont cependant tous encore moins bons que Déjà-Vu, ça vous rassure un peu, non ?). Paroles stupides sur ce fameux sentiment de déjà-vu, refrain sans âme (Feel like I've been there before répété plusieurs fois), riff sans envergure, solo de même (et encore, le solo peut aller)... A l'arrivée, une chanson très mineure, vraiment décevante.

Alexander The Great : Le grand final de Somewhere In Time n'a, il me semble, jamais été joué live (au grand regret des fans). C'est aussi le plus long morceau de l'album avec 8,35 minutes, et il se base sur un des personnages les plus importants, les plus immenses, les plus connus de l'Histoire : Alexandre le Grand. Alexander The Great démarre par un spoken-word court, une simple phrase (My son asked for thyself another kingdom, for that which I leave is too small for thee : 'mon fils m'a demandé un autre royaume rien que pour lui, car celui que je lui ai laissé est trop petit pour lui') prononcée d'une voix sépulcrale par je ne sais trop qui (le batteur Nicko McBrain ? Bruce Dickinson ?). Le morceau, qui raconte sa vie, son oeuvre (batailles, conquêtes, affrontement avec le roi Darius III, prise de Persépolis, rupture du Noeud Gordien...), sa mort aussi (la dernière phrase est Alexander the Great, he died of fever in Babylon). Musicalement, avec son intro martiale, son solo d'enfer, ses breaks haletants, ce morceau est un des tous meilleurs du groupe. Et donc, de l'album. Quel dommage qu'il ne fut jamais joué !

 Pour conclure, que dire au sujet de Somewhere In Time ? Immense album, malgré un Déjà-Vu franchement médiocre et un The Loneliness Of The Long Distance Runner pas mal, mais trop long et boursouflé, c'est un disque qui fait changer de style au groupe : apparition de synthétiseurs, qui reviendront sur l'album suivant, Seventh Son Of A Seventh Son, moins futuriste, mais plus progressif. Ce radical changement d'optique musical en rajoute à l'intérêt de l'album, rempli de grands moments (des soli de guitare sensationnels, une interprétation éblouissante, et en général des morceaux très réussis), très bien produit, et, au final, faisant partie des meilleurs du groupe, même s'il faut sans doute plusieurs écoutes pour s'en rendre compte (ce fut le cas pour moi, je n'ai pas trop apprécié l'album à la première écoute). Un grand cru, quoi - un de plus !