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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque remarquable sorti en 1968, un des meilleurs de Serge Gainsbourg : Initials B.B. Un disque rempli de classiques. L'album est produit par Claude Dejacques, et est, encore une fois avec Gainsbourg, court (une trentaine de minutes, heureusement, on a de nombreux bonus-tracks sur le CD, dont l'immense Requiem Pour Un Con extrait de la bande-son du Pacha de Lautner ; on a aussi, parmi ces bonus-tracks que je n'aborderai pas tous, des morceaux inutiles ces versions très peu différentes de celles de l'album de Hold-Up, Comic Strip et Torrey Canyon, ou ces deux versions de Chatterton, identiques). Ce disque, remarquable, donc, le voici :

Initials B.B. : Magnifique chanson écrite en hommage à la beauté de Brigitte Bardot (je ne voulais pas vous faire l'affront de vous préciser que c'est elle qui est représentée par les initiales du titre, mais comment parler de l'album et de cette chanson sans la citer, hein ?), laquelle, on le sait, aura une brève liaison adultère (elle était mariée, avec Günther Sachs, à l'époque) avec Serge, lequel, fou d'amour, lui écrira Bonnie And Clyde, Comic Strip, Bubble Gum, Je T'Aime, Moi Non Plus (une version enregistrée en duo par BB et Serge sera interdite de diffusion par BB, et ne sortira que bien, bien, bien plus tard ; entre temps, Serge la refera avec Jane, inutile d'aller plus loin, on sait le succès et le scandale que ça a eu) et Harley-Davidson, évidemment. Un album sorti en 1968 (Bonnie And Clyde) contient quasiment toutes ces chansons sauf les deux dernières citées. Ce Initials B.B. est interprété par Serge seul, et sur une musique lyrique tout simplement quintessentielle (une autre chanson de l'album possède la même mélodie), c'est une ode à la beauté de Bardot, une chanson immense, inoubliable, que même une utilisation pour une publicité pour le parfum "Shalimar" de Guerlain (bien commode, vu que Serge cite la marque Guerlain dans les paroles !) ne peut entamer, ne peut abimer. Une grande chanson, on ne s'en lasse pas. La plus belle de Serge Gainsbourg ?

Comic Strip : Egalement présente sur l'album Bonnie And Clyde du duo Brigitte/Serge, Comic Strip est une chanson pop totalement réjouissante et culte. Je ne suis pas sûr à 100% que les onomatopées (Zip Shebam ! Pow ! Blop ! Whizzzz !) soient prononcées, ici, par Brigitte Bardot, vu que ce n'est pas précisé (compte tenu que c'est précisé, pour Bonnie And Clyde, que BB chante avec Serge, c'est pour ça que, pour Comic Strip, je me pose la question), mais si ça se trouve, c'est elle. C'est sûrement elle ! Inutile d'aller plus loin, je pense que toute personne connaissant un tant soit peu Gainsbourg connait cette chanson très BD, franchement excellente, et dont une autre version, quasi-identique, se trouve en bonus-track !

Bloody Jack : Très bonne chanson, malgré la voix franchement horripilante de la choriste, anglaise ou américaine, qui chante en français, mais prononce tellement mal que ça en est ridicule et énervant (en plus, elle a une voix de mégère que je n'aime pas) : Le coeu' 'e Bloody Jack ne bat qu'un coup su' quat'... Mais sinon, Bloody Jack, encore une fois très court (2,05 minutes), est une assez bonne chanson pop, pas le sommet de l'album, mais franchement trèssympathique !

Docteur Jekyll Et Monsieur Hyde : Une des quatre chansons de l'album qui ne datent pas de 1968, mais de 1966, et étaient sorties, ensemble, sur un 45-tours (à l'époque, les 45-tours offraient très souvent deux titres par face). Docteur Jekyll Et Mister Hyde, que l'on trouve aussi sur Bonnie And Clyde du duo Bardot/Gainsbourg (album que j'ai cité plus haut), est une chanson très mid-60's dans l'âme, au rythme assez pop française de l'époque, avec choeurs féminins assez datés (Hello, Dr Jekyll). 2 minutes très précisément pour cette chanson très sympathique mais pas spécialement indispensable (je sais que je vais en faire hurler quelques-uns, désolé). Dans l'ensemble, c'est une des chansons de l'album qui a le moins bien vieilli avec deux des trois autres de ce 45-tours de 1966. Il y à bien entendu l'explication de l'antériorité de ces chansons par rapport au reste de l'album...

Torrey Canyon : Rythmée par un orgue assez présent, et même omniprésent, Torrey Canyon est une chanson que j'aime beaucoup, et qui aborde un fait divers : le naufrage du "Torrey Canyon", un pétrolier libérien de la UOCC (Union Oil Company of California), firme américaine, qui fit naufrage, en 1967, le 18 mars, déchargeant ainsi 120 000 tones de pétrole brut dans la Manche, entre la côte britannique et les îles Sorlingue, une gigantesque, catastrophique marée noire. La chanson, apparemment, est racontée par un témoin, voire même par le bateau lui-même ! Et c'est, au fait, une excellente chanson, dont une autre version se trouve en bonus-track sur le CD.

Shu Ba Du Ba Loo Ba : Deuxième chanson issue du 45-tours de 1966, Shu Ba Du Ba Loo Ba est une des chansons que j'aime le moins sur l'album, une chanson assez yé-yé dans l'esprit, et qui, je trouve, comme toutes ces chansons de la sorte, vieillit très mal. Comment lui dire, shu ba du ba loo ba, que je l'aime, shu ba du ba loo ba, comment lui dire, shu ba du ba loo ba, ça me rend fou. On a connu bien mieux de la part de Gainsbourg que cette chanson heureusement courte (2 minutes) ! Cette chanson achevait la première face de l'album.

Ford Mustang : Ouvrant la face B, Ford Mustang bénéficie de la même mélodie qu'Initials B.B., les deux morceaux ayant vraisemblablement été enregistrés le même jour. Mis à part la mélodie, rien à voir entre les deux chansons, cette chanson parlant d'un couple roulant à vive allure en Ford Mustang, et est interprétée en duo avec cette choriste déjà entendue dans Bloody Jack. Toujours cette voix insupportable, qui, ici, complète les paroles de Serge. On s'fait des bang, en Ford Mustang, bang (ce qu'elle prononce est en gras). Je me demande vraiment ce qui lui prend, à cette choriste, de faire des bang intempestifs à tout va ! Mis à part ça, une excellente chanson. A noter que sur la galette CD, le titre de l'album est Ford Mustang - Initials B.B., et non pas Initials B.B. tout court. le vrai titre de l'album ?

Bonnie And Clyde : La chanson la plus longue de l'album (4,10 minutes !), interprétée en duo avec Brigitte Bardot, présente aussi, évidemment, sur l'album du même nom de la même année. Bonnie And Clyde, qui parle évidemment du fameux duo de gangsters américains des années 30 (voir le film d'Arthur Penn de 1967), est une réussite absolue, monumentale. BB n'a jamais bien chanté, sauf sur cette chanson, où sa voix atone fait des merveilles. Allez, assez parlé, je pense que tout le monde connaît cette chanson, et si je continue, je vais sombrer dans la niaiserie ! Il faut écouter, quoi !

Black And White : Courte (2,05 minutes) mais très réussie chanson qui parle des différentes couleurs de peau, qui parle du racisme avec élégance. Black And White n'est pas la meilleure de l'album, elle fait même un peu pâle figure comparée à la chanson précédente et aussi à la suivante, et pour tout dire, c'est une des chansons que je retiens le moins bien de l'album, mais elle n'est pas mauvaise. Paroles assez bien foutues (une Noire qui boit du lait et voudrait devenir blanche, ce genre de trucs), musique passe-partout. Pas mal.

Qui Est "In" Qui Est "Out" : Troisième chanson issue du 45-tours de 1966, Qui Est "In" Qui Est "Out" est indéniablement la meilleure des quatre. Une chanson mémorable, pour tout dire, trop courte (2,15 minutes) mais parfaite, dotée d'un riff (oui, un riff) excellent et très yé-yé, et de paroles remarquables sur la mode, ceux qui la suivent et sont dans le vent, et les autres, qui sont largués. Une chanson, pour tout dire, assez mythique, culte, une réussite totale à écouter et à réécouter. Grandiose.

Hold-Up : Présent dans une autre version en bonus-track sur le CD, Hold-Up est une chanson aux paroles à la fois niaises et bien foutues (des jeux de mots bien trouvés), avec des choeurs féminins omniprésents (Serge commence déjà à laisser des choristes chanter à sa place...), répétant sans cesse It's a hold-up, a hold-up, tandis que Serge se contente de faire des ouais, un hold-up, ce genre de trucs. Assez banale, cette chanson se laisse franchement écouter, c'est pas mal, mais clairement pas du niveau de la quasi-totalité des chansons précédentes non plus.

Marilu : Dernière chanson de l'album, et la dernière des quatre chanson de 1966 sorties en 45-tours à l'époque. Marilu est du même acabit (et selon moi du même niveau, ce qui veut tout dire) que Shu Ba Du Ba Loo Ba qui achevait la face A. Autrement dit, malheureusement, j'ai le regret de vous dire que ce Marilu, sans être mauvais, n'est franchement pas une réussite de la part de Gainsbourg. C'est une chansonnette un peu pop, un peu yé-yé, franchement pas terrible, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle finit moyennement bien l'album. Enfin, ce n'est pas non plus calamiteux, juste moyen...

Bonus tracks :

Chatterton : 2 minutes et quelques secondes pendant lesquelles, sur fond de musique assez pop, Serge nous cite plusieurs célébrités, en commançant par Chatterton (Thomas Chatterton, un poète anglais qui s'est suicidé en 1770, il avait 17 ans), et en précisant, à chaque fois, la cause de la mort, toujours un suicide. Chatterton : suicidé ! Hannibal : suicidé ! Démosthène : suicidé ! Nietzsche : fou à lier ! Quant à moi...Quant à moi, ça ne va plus très bien... C'est rigolo (sinistre, aussi, vu le sujet), mais ce n'est pas, à vrai dire, une chanson faisant partie des immortelles de Gainsbourg. C'est du Gainsbourg d'avant, en quelque sorte (voir la conclusion de l'article pour plus de précisions).

Comic Strip : Un bonus-track peu utile, car une production très très légèrement différente de celle de Claude Dejacques pour cette chanson... Oui, je sais, ça fait con de dire ça, mais mis à part une production très différente, signée Giorgio Gomelsky, rien à dire, c'est kif-kif...

Torrey Canyon : Encore un bonus-track peu utile, car une production très très légèrement différente de celle de Claude Dejacques pour cette chanson... Oui, je sais, ça fait con de redire ça pour la deuxième fois, mais mis à part une production très différente, signée Giorgio Gomelsky, rien à dire, c'est kif-kif...

Hold-Up : Encore un bonus-track peu utile, car une production très très légèrement différente de celle de Claude Dejacques pour cette chanson... Oui, je sais, ça fait con de redire ça pour la troisième fois, mais mis à part une production très différente, signée Giorgio Gomelsky, rien à dire, c'est kif-kif...

Chatterton : C'est quasiment la même chose que la première version de Chatterton ! C'est même tellement identique (même durée, mêmes paroles) qu'à moins de décortiquer seconde par seconde, aucun moyen de voir en quoi il était nécéssaire de mettre cette deuxième version !

Requiem Pour Un Con : Immense. Tout simplement immense. Requiem Pour Un Con est la chanson du film Le Pacha de Georges Lautner (1968), avec Jean Gabin, film culte faisant partie de mes grands films de chevet. La musique du film (un thème du nom de Psychasténie, ultra répétitif et construit sur le même principe, en plus saccadé, que la mélodie de la chanson) rythme tout le film, mais n'est pas, hélas, sur le CD (un single 45-tours sortira à l'époque; avec la chanson et l'instrumental). Cynique, drôle et agressive, chantée d'une voix sournoise et méprisante, Requiem Pour Un Con (on voit Serge la chanter, brièvement, en studio, dans le film) est une chanson tout simplement grandiose. Ecoute les orgues, elles joues pour toi, il est terrible, cet air-là/J'espère que tu aimes, c'est assez beau, non ?, c'est le requiem, pour un con...

 Alors, que dire ? Initials B.B. est donc un immense album de Serge Gainsbourg, même si j'ai du mal avec Shu Ba Du Ba Loo Ba, Marilu et même Hold-Up. Quant aux bonus-tracks CD, ils sont redondants pour la majorité d'entre eux, mais permettent quand même d'augmenter le temps d'écoute de l'album (on rajoute quasiment 15 minutes). Dans l'ensemble, ce disque rempli de classiques est une des pièces maîtresses de la discographie de Serge, sorti un an avant un autre grand disque fait avec sa Jane (Jane Birkin - Serge Gainsbourg), qu'il venait alors de rencontrer. Dans un sens, Initials B.B. est à la croisée des chemins entre le Serge d'avant et le Serge d'après 1969. Ce disque est franchement remarquable !