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Pour ce 263ème Track-by-track, un disque sorti en 1994 sous une pochette reproduisant le contenu d'un livre de leçons de choses du XIXème siècle (du même nom que l'album) et qui était destiné aux jeunes gens, afin de leur apprendre ce qu'il faut et ne pas faire dans la vie. Cet album, le troisième du groupe de grunge américain Pearl Jam (mené par le chanteur Eddie Vedder), s'appelle ainsi Vitalogy. C'est l'un des rarissimes albums du groupe que j'aime, et c'est même celui qui me plaît le plus (les autres sont Vs. de 1993, le précédent, et Pearl Jam de 2006, leur avant-dernier à ce jour, et j'aime aussi quelques chansons de leur premier album, Ten). Conçu comme une collection de chansons (le plus souvent très noires) destinées à être écoutées au fil des envies de l'auditeur (comme un recueil de nouvelles indépendantes, qu'on peut lire dans n'importe quel ordre), Vitalogy offre de vraies merveilles. Les 55 minutes de l'album ne sont pas toutes grandioses, il y à des morceaux un peu moyens, mais dans l'ensemble, Vitalogy est probablement le meilleur album de Pearl Jam. Et le voici :

Last Exit : Une des plus courtes chansons de Vitalogy. Last Exit assure totalement en intro, rythmique parfaite, guitare tronçonneuse, chant énervé de Vedder. 2,55 minutes sans aucun répit, avec une intro assez space (mais courte). Last Exit est une excellente chanson, un peu trop courte, au refrain vraiment magnifique et enthousiasmant, difficile de ne pas se dire, à l'écoute de ce premier morceau, que l'album risque fort d'être du même acabit et, donc, qu'on risque fort de passer un bon moment à l'écouter !

Spin The Black Circle : Encore très court, et ultra speedé. Spin The Black Circle, qui raconte l'histoire d'un homme amoureux du disque vinyle, ne dure en effet que 2,45 minutes. C'est du bourrin absolu, tellement bourrin qe ça en est limite cacophonique par moments. Ce n'est pas une des meilleures chansons de l'album, mais le chant très énervé d'Eddie Vedder et la rythmique tout simplement ahurissante (et ce riff) en font un morceau aussi trépidant et musclé que violent. Un peu simpliste, mais efficace !

Not For You : Une de mes préférées de l'album. Une des plus longues aussi, avec quasiment 6 minutes, mais croyez-moi, c'est une durée parfaite. Not For You est une bombe sombre comme la nuit. Un riff bluesy et très sombre un chant parfait de Vedder, voix un peu rauque et totalement envoûtante. On sent la tension tout du long de ce morceau qui, dans ses refrains (This is not for you), passe à la vitesse supérieure, et devient très agressif et violent. Du pur grunge, violent, crasseux, rocailleux, sans répit et sans espoir, Not For You sonne un peu comme Alice In Chains sur leur album éponyme (qui sortira un an plus tard et reste LE disque du grunge). Solo de guitare efficace. Une chanson mémorable.

Tremor Christ : 4,15 minutes s'ouvrant sur un riff bien efficace. Tremor Christ (ce titre !) n'est sans doute pas le sommet de Vitalogy, mais il serait dommage, vraiment dommage de s'en passer, de l'ignorer. rythmique lourde (batterie puissante et monolithique, basse gironde), interprétation de très haute classe d'un Vedder en grande forme, ambiance lourde et, en même temps, très bluesy, Tremor Christ est une chanson très sombre et même malsaine pour tout dire. Pas ma préférée, mais c'est quand même une chanson que je réécoute toujours avec un grand plaisir. Elle colle bien avec l'ambiance globale de l'album.

Nothingman : Autre grande chanson que j'adore, et même ma préférée, juste devant Not For You. Une ballade, une complainte, interprétée par un Eddie Vedder comme transfiguré, apaisé, voix magnifique. Cette chanson aurait pu se trouver sur la bande-son du film Into The Wild de Sean Penn (rappelons que Vedder en solo a signé les chansons originales, du moins une bonne partie, du film, et qu'il les chante). Touchant, bouleversant même (ce refrain, cette voix...), Nothingman est une pure réussite, une chanson absolument magnifique, grandiose, 4,35 minutes au Paradis. A écouter absolument. Absolument. ABSOLUMENT.

Whipping : Encore une fois une chanson courte, 2,35 minutes pour Whipping. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'avec Vitalogy, chanson courte = chanson bourrine ! Whipping, très énergique, interprétée avec fougue, est en effet du même acabit que Spin The Black Circle ou Last Exit, une chanson bien puissante et speedée. Franchement excellente, pour tout dire. C'est hélas trop court : une chanson aussi nerveuse et efficace, et réussie que Whipping, on aurait aimé qu'elle dure plus longtemps que 2,35 minutes ! Mais bon, on ne peut pas tout avoir, hein... Une de mes préférées de l'album, loin derrière Nothingman, mais tout de même dans mes cinq préférées.

Pry, To : Seulement une minute (et trois secondes !) pour ce Pry, To très anecdotique. Très space. Assez moyen, pour ne pas dire mauvais. En plus d'être courte, la chanson commence par 20 secondes de quasi-silence, et le reste est vraiment bizarre, avec Vedder sonnant comme un muezzin allumé et une mélodie répétitive et peu réussie. Pry, To est un ratage, autant le dire, qui n'apporte rien à l'album.

Corduroy : Durée ô combien plus appréciable (4,35 minutes) pour ce monstrueux Corduroy. Une chanson utra puissante, grandiose, que dire d'autre ? Sans doute le morceau rock pur le plus efficace (Not For You est très efficace, mais totalement grunge) de l'album, et une des meilleures chansons de Pearl Jam. Juste grandiose. Quel refrain ! Quel riff ! Quelle voix ! Allez, je pense que je peux m'arrêter là, car devant une chanson telle que Corduroy, je ne sais vraiment plus quoi dire d'utile. Si vous ne connaissez pas, il faut écouter. Tout simplement.

Bugs : Encore une chanson courte (2,45 minutes), et dans un sens, heureusement, car Bugs est très moyenne. Représentée dans le livret par une photo d'insecte ('bug'), cette chanson, rythmée par un accordéon, offre une mélodie qui semble tenir sur un fil à moitié élimé, sur le point de se rompre et de tout faire s'effondrer. C'est franchement une chanson idiote, aux paroles idiotes, moyennement interprétée, vocalement parlant, pour en rajouter dans le médiocre. Bugs est clairement une des moins bonnes de Vitalogy, une chanson qui, comme Pry, To ou Aye Davanita, apporte un peu d'ambiance, mais ne sert, sinon, à rien. Vraiment, je hais cette chanson !

Satan's Bed : Un peu plus longue (3,30 minutes), Satan's Bed commence par des bruits de claquements de fouet (on dirait) puis la musique commence, efficace et très grunge, lourde et virulente. Chant enragé de Vedder, refrain assez efficace, riff bien teigneux, batterie monolithique... Satan's Bed n'est pas le sommet de l'album et du groupe, mais c'est une chanson bien nerveuse et efficace, bourrine et bien représentative du son de Pearl Jam et de Vitalogy, surtout. Bien que d'une durée assez classique, la chanson me semble, parfois, un peu trop longue. Je pense qu'avec une trentaine de secondes de moins, et un rythme plus soutenu encore, elle aurait été encore meilleure, plus directe, plus brutale. Mais comme telle, elle est pas mal du tout.

Better Man : D'une durée plus soutenue (4,30 minutes), Better Man est une très belle chanson, interprétée par un Vedder en grande forme. Une chanson très calme, douce, à la Nothingman (le titre y fait penser, d'ailleurs), une chanson qui détonne par rapport à la violence de la majorité des chansons de Vitalogy. Pour tout dire, je trouve Nothingman nettement meilleure, mais Better Man est quand même sublime. La chanson est plus rythmée, elle s'emballe à peu près à son centre (un petit peu avant), devient plus rock, plus nerveuse, tout en restant, au final, très mainstream. Encore une fois, mais la voix de Vedder, ici, est juste sensationnelle. Je ne suis pas fan du Vedder hurlant, plus du Vedder chantant calmement ou d'une voix rock, mais pas hurlante. Comme ici, quoi. Excellente chanson.

Aye Davanita : 2,55 minutes (dernière chanson aussi courte). Une mélodie un peu tortueuse, riff assez efficace et chant distant et bizarre (Aye Davanita, aye Davanita, ou quelque chose approchant), tout du long. Comme Bugs ou Pry, To, Aye Davanita ne sert, au final, pas à grand chose, si ce n'est à offrir une ambiance un peu décalée, inclassable. A rendre cet album déjà sombre et bizarre un peu plus tortueux. Ce n'est pas nul à chier, contrairement à Bugs, mais c'est franchement moyen et très à part. Bof, quoi.

Immortality : Une des chansons les plus longues (5,30 minutes) de l'album, la troisième plus longue même. Une belle mélodie de guitare en intro redonne confiance en Pearl Jam : l'album alterne entre réussites et étrangetés un peu voir beaucoup décevantes, et clairement, ce Immortality assez long fait partie des premières. Le chant est encore une fois parfait, la chanson est excellente, elle fait même partie des six meilleures avec Nothingman, Corduroy, Not For You, Whipping et Better Man. Immortality est, autant le dire, la dernière réussite de Vitalogy, la chanson suivante, et dernière, étant franchement moyenne, pour ne pas dire pire. Mais là, c'est tout simplement du grand art, rien à dire, une alternance parfaite entre douceur et nervosité.

Hey Foxymophandlemama, That's Me/Stupid Mop : Le morceau le plus long (7,45 minutes) et aussi un des plus à part, rien que le titre (qui est double : il est indiqué Stupid Mop sur le disque lui-même, et Hey Foxymophandlemama, That's Me sur la pochette !) en dit long. Clairement un des morceaux qui me plaisent le moins sur Vitalogy, il est franchement trop long et space. Pour tout dire, avec une durée beaucoup plus convenable et courte, ce morceau aurait pu passer la rampe. Malheureusement, il est interminable, et achève bien mal ce Vitalogy dans l'ensemble excellent, bien que possédant des moments de faiblesse, peu nombreux et importants (morceaux courts), mais tout de même présents. Celui-ci est clairement le plus gros point faible de l'album, et comme c'est son morceau de conclusion, c'est d'autant plus grave et dommage.

 Bref, au final, on peut dire de Vitalogy que, sans être parfait (des titres un peu étranges et pas forcément réussis), c'est un excellent disque de grunge, production assez réussie (de Brendan O'Brien et du groupe), interprétation de haute classe de la part d'Eddie Vedder (une voix remarquable, rauque, douce, agressive, ça dépend du morceau), et quelques morceaux franchement immenses, voilà de quoi faire de ce troisième cru de Pearl Jam leur meilleur opus studio. Et, donc, le seul que j'apprécie vraiment (avec Vs. surtout), que je réécoute le plus souvent. Un disque pas parfait à 100%, mais, disons qu'il est à 80% réussi, ce qui, franchement, est une excellente moyenne. Avec, en plus, un packaging CD (en forme de livret, chiant à ranger car nettement plus haut qu'un CD classique) très réussi. Vitalogy, donc, est un très bon disque !