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Pour ce 258ème Track-by-track, un grand classique du rock des années 80, un des meilleurs albums de David Bowie (pour moi, même, son dernier chef d'oeuvre), j'ai nommé Scary Monsters (& Super Creeps), son dernier album sur le label RCA avant de passer chez EMI (et de virer, pour le reste des années 80, au rock commercial avec, notamment, Let's Dance et Tonight). Enregistré avec une pléthore de grands musiciens (ses fidèles Carlos Alomar, Dennis Davis et George Murray, mais aussi Robert Fripp, Roy Bittan, Andy Clark, Tony Visconti (son pote qui coproduit avec lui l'album, et a quasiment toujours produit Bowie) et même Pete Townshend, guitariste des Who, sur un titre), l'album est une bombe rock de 45 minutes, contenant 3 tubes, et quasiment que des merveilles (une chanson est un peu moyenne). Dans l'ensemble, clairement un de ses meilleurs opus studio, et le voici :

It's No Game (1) : Interprété en duo avec une chanteuse japonaise du nom de Michi Hirota (les paroles en japonais sont dans le livret, et sur la pochette intérieure du vinyle, il n'y avait, d'ailleurs, que les paroles en japonais, écrites en alphabet classique !), It's No Game (1) est une chanson puissante, remarquable, sur laquelle Bowie chante comme s'il chiait de l'uranium, comme s'il crachait ses poumons à chaque syllabe. Autrement dit, avec  force, rage, colère, douleur aussi. Les paroles ne sont pas gaies (To be insulted by these fascists, it's so degrading, and it's no game), la musique est puissante (guitare parfaite, écorchée vive comme de coutume, de Fripp, qui offre d'ailleurs un excellent solo, rythmique haletante). Les interventions vocales de Hirota sont remarquable. Le final (court solo de Fripp, et Bowie qui hurle Shut up !! deux fois) est excellent. Comme de juste, il y aura une deuxième partie sur l'album, le titre de la chanson étant sans équivoque là-dessus.

Up The Hill Backwards : Intro un peu acoustique, mais très vite, la guitare électrique de Fripp, avec sa si particulière sonorité, surgit. Up The Hill Backwards ('Ascension de la colline à l'envers'), avec Tony Visconti à la guitare acoustique (et aux choeurs), est une chanson bien sympathique, faussement pataude et légère. Le chant et les choeurs sont assez paisibles, bucoliques j'ai envie de dire, tandis que la rythmique basse/batterie et la guitare de Fripp sont plus rock et nerveuses. Au final, une chanson assez courte (3,15 minutes, c'est la plus courte) mais très bonne !

Scary Monsters (& Super Creeps) : Un riff surpuissant pour ouvrir cette chanson mémorable ayant donné son nom à l'album. La guitare est encore une fois tenue (pour la lead, car la rythmique est d'Alomar) par Robert Fripp, qui s'en donne à coeur joie ici avec son jeu écorché vif, acéré, coupant (on l'imagine souriant en coin, assis sur son sempiternel tabouret, car monsieur joue assis, a toujours joué assis, c'est une de ses particularités avec son son de guitare et son caractère assez tyrannique au sein de King Crimson). Paroles assez remarquables, parfois drôles (Well she could have been a killer if she didn't walk the way she do, and she do), interprétation bluffante, musique rock assez enragée, ce Scary Monsters (& Super Creeps) est juste immense. 5 grandes minutes (raccourcies en single).

Ashes To Ashes : Un immense tube (le plus grand de l'album et un des plus grands de Bowie), servi par un clip grandiose montrant Bowie en tenue de Pierrot lunaire, de clown blanc. Enormément de synthétiseurs, mais ce n'est pas un mal du tout, au contraire (le solo final est juste grandiose). Pas de Fripp ici. Une interprétation époustouflante, des paroles sensationnelles sur ce que Bowie a vécu ces dernières années (addiction aux drogues, notamment, We know Major Tom's a junkie, Major Tom étant le nom du personnage de la chanson Space Oddity, qui a révélé Bowie en 1969). Avec son riff de synthés, son ambiance robotique, Ashes To Ashes est un sommet absolu.

Fashion : Dernier tube issu de l'album, Fashion est aussi le moins marquant. Une chanson amusante sur une danse du futur, Bowie nous explique ici comment la danser. Avec la participation toujours remarquable de Fripp, Fashion, dont le clip était pas mal, est une chanson sympathique comme tout, dansante, très pop, qui ne vole pas très haut mais reste quand même assez bien foutue. Ce n'est pas aussi commercial que les futurs Let's Dance, Modern Love ou Loving The Alien, mais c'est dans cette voie, quand même.

Teenage Wildlife : Morceau le plus long (quasiment 7 minutes) pour ce Teenage Wildlife remarquable, s'ouvrant sur un riff fantastique de Robert Fripp. Parolrs parfois assez drôles (He says 'David, what shall I do ?, they wait for me in the hallway', I said 'Don't ask me, I don't know any hallways'), interprétation de qualité, paroles remarquables sur la notoriété, les jeunes pleins de promesses, etc... Musicalement fantastique aussi, Teenage Wildlife est, malgré sa longueur assez imposante, jamais ennuyeuse. Vraiment fantastique, cette chanson ! Un morceau pas assez connu, aussi, malheureusement...

Scream Like A Baby : Pas de Robert Fripp ici, ni de Chuck Hammer : la seule guitare est jouée par Alomar (sans doute un peu par Bowie aussi). Ce n'est pas pour ça, ceci dit, que Scream Like A Baby est la chanson la moins bonne de l'album. Car c'est, effectivement, la moins bonne. C'est une chanson assez sympathique, Bowie la chante bien (n'empêche, le passage où sa voix, avec un effet de bande accélérée puis ralentie, passe des aigus aux graves, effet cartoonesque, ce passage, donc, ne me plaît pas trop), mais elle est sans surprise, se retient moins facilement que le reste de l'album. Oui, une chanson mineure, un peu décevante...

Kingdom Come : Excellente reprise d'une chanson de Tom Verlaine (chanteur et guitariste du groupe de rock proto-punk américain Television, mais cette chanson, Kingdom Come, n'est pas de Television, mais de Verlaine en solo). C'est un auteur/compositeur remarquable, ce Tom Verlaine, dont le pseudonyme est bien entendu une allusion à un fameux poète qu'il apprécie grandement. Le fait que Bowie ait repris une de ses chansons devrait donner envie à un peu plus de gens de se pencher sur l'oeuvre de ce chanteur à la voix assez particulière. Kingdom Come est une bien belle chanson, un peu pop (pas mal de choeurs), pas la plus connue de l'album, mais franchement, sublime. Avec la guitare de Fripp qui est, comme toujours, remarquable.

Because You're Young : Invité surprise à la guitare sur cette chanson faisant partie de mes préférées de l'album (rien que pour le riff !) : Pete Townshend, guitariste des Who. Un riff remarquable, tenace, répétitif, de la part de Gros Pif 1er (ben oui, Townshend, niveau tarin, est bien fourni), une interprétation assez remarquable de Bowie. Mis à part des synthés un peu envahissants par moments, rien à dire sur cette chanson certes moins grandiose que la chanson-titre, Ashes To Ashes ou It's No Game (1), mais tout de même très bien foutue !

It's No Game (2) : Deuxième partie de It's No Game, sans interventions vocales en japonais, sans la guitare acérée de Fripp, sans violence. Bowie seul avec une musique plus paisible que pour la première chanson. Les paroles, avec quelques variantes et notamment un couplet final en plus, sont, dans l'ensemble, les mêmes que pour It's No Game (1). Cette deuxième partie plus sobre est moins marquante que la première, mais franchement très bonne, notamment la voix de Bowie. Elle finit l'album sur une note assez réussie (un effet sonore assez étrange, faisant penser à de la caillasse tombant sur un toît de tôle ondulée, achève le morceau, je ne sais pas au juste de quoi il s'agit, et pour quelle raison).

 Pour finir, cet album est donc une réussite absolue (enfin, quasiment : Scream Like A Baby, sans être mauvaise, est un peu mineure), et on trouvera difficilement, par la suite, un album aussi réussi dans la discographie bowienne : si Earthling et Heathen (et surtout Earthling) assurent, le reste, ce qui viendra par la suite, sera le plus souvent assez décevant (1.Outside, Black Tie White Noise, ...Hours), et en tout cas, nettement moins fort que Scary Monsters (& Super Creeps), qui reste donc, définitivement, le dernier sommet de Bowie. Un grand, grand album !