47313812_p

Pour ce 257ème Track-by-track, un disque qui, j'en ai bien peur, est aujourd'hui un petit peu oublié, méconnu, mais fait cependant partie des classiques de la musique folk-rock : Unhalfbricking, de Fairport Convention. C'est le troisième album du groupe anglais, il date de 1969, et sa pochette montre les parents de la chanteuse du groupe (Sandy Denny) devant chez eux, portail entrouvert, et, dans le jardin, en arrière-plan, le groupe (à l'intérieur, une photo du groupe en train de manger). Le titre de l'album, trouvé par Sandy Denny (qui décèdera en 1978, connement, d'un accident domestique, et sera la seule femme à chanter sur une chanson de Led Zeppelin, car c'est elle qui fait le duo avec Robert Plant sur The Battle Of Evermore en 1971), ne veut rien dire. L'album, fantastique, aligne 8 titres pour 39 minutes, dont trois reprises de Bob Dylan. C'est un des meilleurs albums du groupe (leur premier, de 1968, éponyme, est également sublime, et sans doute, même, supérieur), et le voici :

Genesis Hall : Sublimissime. Unhalfbricking commence en beauté avec ce Genesis Hall interprété par Sandy Denny, avec le guitariste Richard Thompson dans les choeurs. Musique un peu étrange, de la folk un peu tzigane par moments (et encore, pas de violon ici, alors que sur d'autres titres, on en entend), une mélodie qui, dès les premiers accords, semble un peu sur un fil, à la Tim Buckley période Starsailor, mais en moins poussé. Du long de ses 3,35 minutes, Genesis Hall, avec son sublime refrain (et la magnifique et un peu rauque voix de Sandy Denny), est une réussite.

Si Tu Dois Partir : Reprise d'une chanson de Bob Dylan intitulée If You Gotta Go, Go Now, et, comme son titre l'indique, elle est ici reprise en...français ! Chapeau bas à Sandy Denny et Richard Thompson (mais surtout Sandy, Thompson étant dans les choeurs) d'avoir adapté la chanson en français. Accent anglais et prononciation parfois chaloupée, mais dans l'ensemble, Si Tu Dois Partir est une excellente adaptation, très bien interprétée, musicalement très jolie (un violon un peu tzigane de Dave Swarbrick, et une partition de triangle de Trevor Lucas agrémente le tout), un peu courte (2,25 minutes seulement) mais aussi une des meilleures de l'album.

Autopsy : 4,20 minutes pour ce Autopsy assez beau, triste comme un jour sans football pour un supporter du PSG, et interprété par Sandy Denny seule. Le rythme est tellement lent qu'on ne peut pas vraiment dire qu'il y en ait un (de rythme), le chant est lancinant (et sublime), je ne me suis jamais vraiment attardé sur les paroles, mais une chanson portant le nom de Autopsy (qui signifie la même chose en français, évidemment) ne peut pas être follement gaie. C'est un peu plombant par moments, mais vraiment magnifique. Pas ma préférée, mais elle vaut le coup d'oreille !

A Sailor's Life : Achevant la face A, A Sailor's Life, avec ce grandiose duel entre la guitare de Richard Thompson et le violon de Dave Swarbrick (dans la deuxième partie instrumentale), est la chanson la plus longue de l'album. Accrochez-vous, elle dure 11,15 minutes ! C'est aussi le sommet de Unhalfbricking, une chanson mémorable, triste aussi, interprétée par Sandy Denny seule, et racontant les aventures le plus souvent tragiques de ces marins partant au large, de leurs épouses les attendant sur la terre ferme, espérant qu'ils reviendront vivants et entiers... Le duel final, guitare/fiddle, est d'une puissance et d'une beauté absolues, et la partie chantée est elle aussi tout simplement grandiose. Ce morceau est fantastique, à écouter absolument !

Cajun Woman : 2,45 minutes pour cette chanson interprétée en duo par Sandy Denny et Thompson, même si, comme toujours, Denny à la majeure partie du chant. Cajun Woman est une chanson assez énergique dans le registre folk, avec encore une fois une superbe partie de violon (fiddle) de Dave Swarbrick, bien enjouée, pour emporter le tout. Une chanson un peu terroir, pour laquelle on ne peut pas vraiment dire qu'elle soit trop courte, car, pour être honnête, bien que sympathique, c'est quand même la moins réussie des 8 de l'album. Donc, elle est courte, mais ça va, c'est plus que correct. Une bonne chanson un peu mineure, donc.

Who Knows Where The Time Goes ? : Interprétée par Sandy Denny en solo, Who Knows Where The Time Goes ?, longue de 5 minutes, est une des plus belles chansons de l'album et du groupe. Comme pour Autopsy, c'est une chanson écrite, composée, par Sandy, et elle est d'une tristesse insondable, absolue, une chanson pleine de mélancolie, de nostalgie, de regrets. C'est tellement magnifique qu'en fait, c'est quasiment indescriptible, une chanson certes triste à en pleurer, mais entre la mélodie sobre et élégante et la voix de Sandy Denny, difficile de dire ce qui est le plus admirable ici.

Percy's Song : Deuxième reprise d'une chanson de Bob Dylan, Percy's Song est la deuxième chanson la plus longue de l'album avec presque 8 minutes (7,50 minutes en tout). Interprétée en duo par Sandy Denny et Ian Matthews (qui faisait partie du groupe sur le premier album, il se faisait appeler Ian McDonald ; pas le même Ian McDonald que celui de King Crimson), même si Matthews fait plus les choeurs qu'autre chose, c'est une sublime chanson, assez mémorable, douce et amère, au refrain assez culte (Turn, turn, turn again). Si je ne m'abuse, cette chanson fut chantée par Joan Baez (il me semble que dans le fameux documentaire Don't Look Back de Pennebaker, on la voit la chantonner un peu, face à un Dylan un peu excédé !). Cette reprise est absolument magnifique.

Million Dollar Bash : Dernière chanson, et dernière des trois reprises dylaniennes de l'album. Ici, c'est donc Million Dollar Bash, une chanson qui, si je ne m'abuse, se trouve sur les Basement Tapes de Dylan (un album sorti à l'époque en pirate, puis officialisé, enregistré avec The Band, en 1967), une chanson assez courte (2,55 minutes) interprétée en duo avec un certain Marc Ellington (pas du groupe). Comme toujours, la voix de Sand Denny est magnifique, et cette reprise de Bob Dylan est juste excellente, énergique mais pas trop, avec une sublime partition de mandoline jouée par celui qui, sur d'autres titres, s'occupait du violon, à savoir Dave Swarbrick. Une bien belle chanson pour achever l'album !

 Au final, Unhalfbricking est une pure petite merveille de folk-rock, un disque touchant, remarquable, rempli de joyaux, dont le monumental A Sailor's Life. C'est le dernier album du groupe avec le batteur Martin Lamble, qui décèdera dans un accident de la route, peu après (dans ce même accident périra la petite amie de Thompson). En 8 titres seulement, ce disque au final pas très connu (hélas), est une réussite à découvrir absolument, surtout si vous aimez la musique folk. Entre musiques traditionnelles et rock, Unhalfbricking est à la croisée des chemins, et est un disque tout simplement fantastique !!