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Pour ce 254ème Track-by-track, un très bon album des Rolling Stones sorti en 1974 sous une magnifique pochette signée du regretté Guy Pellaert : It's Only Rock'n'Roll. Enregistré à Munich aux studios Musicland (là même où le groupe fera son album suivant, Black And Blue en 1976), cet album est le dernier avec Mick Taylor (guitare), qui partira après la tournée et sera remplacé par Ron Wood (dès, justement, Black And Blue), qui est toujours là. D'ailleurs, si on excepte le bassiste Bill Wyman qui est parti en 1992 ou 1993, le groupe de 1976 est le même que celui de 2011 ! It's Only Rock'n'Roll fait suite au remarquable (mais souvent contesté) Goats Head Soup (1973), qui a fait quelque peu passer les Stones dans la catégorie 'commercial' à cause de Angie. Moins grandiose que le précédent album (lequel était moins grandiose que les précédents), It's Only Rock'n'Roll est, pour certains, le dernier grand Stones avant longtemps (ça serait dommage d'oublier Some Girls ou Tattoo You, ceci dit), pour d'autres (comme moi), un très bon cru pas parfait, mais attachant, et pour d'autres, le début de la fin, confirmé par l'album suivant, Black And Blue, qui est vraiment mineur. Dans l'ensemble, cet album de 1974 est certes inégal, mais il est aussi franchement pas mal, et le voici :

If You Can't Rock Me : Riff monstrueux (certes, ce n'est pas le plus grandiose de Keith, mais tout de même) pour ouvrir l'album, et ce If You Can't Rock Me vraiment excellentissime. Une chanson musclée, idéale pour ouvrir l'album. De toute façon, les albums des Stones se sont souvent ouverts sur une chanson de cet acabit : Brown Sugar, Gimmie Shelter, Rocks Off, Dancing With Mister D, Sympathy For The Devil...et ça sera toujours le cas par la suite (Miss You, Hot Stuff, Start Me Up). Bien rythmée, interprétée par un Jagger en forme, cette chanson est franchement excellente, et ouvre à merveille les hostilités !

Ain't Too Proud To Beg : Une reprise, la seule de l'album, et il s'agit d'une reprise d'une chanson estampillée Motown, du groupe The Temptations, Ain't Too Proud To Beg ('Trop fier pour mendier'). L'originale date de 1966. Cette reprise rock, avec le piano de Billy Preston et la voix toujours parfaite de Jagger, est franchement pas mal du tout, même si elle n'égalise pas la réussite absolue de la version originale des Temptations. Courte (3,30 minutes), cette reprise est donc un agréable moment de soul-rock, bien torché, pas grandiose, mais franchement assez sympathique !

It's Only Rock'n'Roll (But I Like It) : Dans les crédits, il est précisé que cette chanson donnant son titre à l'album, It's Only Rock'n'Roll (But I Like It), a été inspirée au groupe par Ron Wood, guitariste des Faces qui, en 1975/76, rejoindra le groupe en remplacement définitif de Mick Taylor. Dotée d'un riff remarquable, totalement culte, cette chanson est une des meilleures de l'album. C'est vrai, elle fait un peu caricatural, mais elle est, aussi, vraiment emblématique du son stonien, et c'est, avec le temps qui passe, un classique absolu de plus à ranger aux côtés de Start Me Up, (I Can't Get No) Satisfaction ou Can't You Hear me Knocking. A noter qu'apparemment, la version présente sur l'album est enregistrée avec Ron Wood, mais aussi avec le batteur Kenney Jones, le bassiste Willie Weeks, et Bowie dans les choeurs. Ou alors, c'est une ancienne version de la chanson qui fut enregistrée avec eux (oui mai voilà, si c'est le cas, ils sont quand même officiellement crédités sur l'album pour cette chanson, alors...). Immense chanson rock.

Till The Next Goodbye : Une ballade, et probablement la chanson la moins bonne de la première face. Il faut dire qu'elle est coincée, sandwichée, entre deux monstres, aussi ! Till The Next Goodbye n'en demeure pas moins une bien belle petite chanson, interprétée avec talent par le Jag', mais c'est vrai que c'est, aussi, une belle petite soupe commerciale (la chanson ne sortira pas en single, contrairement au Angie de l'album précédent, mais elle aurait pu). Belle partie de guitare acoustique, excellente prise de voix, pour cette chanson un peu mièvre, mais quand même sympa et belle. Anecdotique ? Un peu !

Time Waits For No One : 6,44 minutes (morceau le plus long de l'album, mais pas de beaucoup) pour ce Time Waits For No One immense, meilleure chanson de l'album avec Fingerprint File (qui a la même position, mais en fin de face B). Le chant d'adieu de Mick Taylor, qui livre ici une performance digne des plus grands, qui hisse directement cette chanson au Panthéon des meilleures chansons épiques du groupe. Un solo de guitare très dans l'esprit de Santana (un peu comme Can't You Hear Me Knocking) et, avant ça, une interprétation époustouflante de Jagger, font de ce morceau une pépite absolue qui achève à merveille la première face. IMMENSE !!

Luxury : Argh. La face A se finissait en apothéose, la face B, elle, commence avec ce qui restera probablement la moins bonne chanson de l'album, ce Luxury étrange. On dirait une tentative (ratée) de reggae. Une chanson qui a peut-être été composée en 1972/73 alors que le groupe enregistrait Goats Head Soup à la Jamaïque. Originellement appelée Living In The Heart Of Love et rebaptisée Luxury, elle est aussi horripilante que faire se peut, une chanson vraiment mauvaise qui fait bien mal débuter la face B, laquelle, autant le dire tout de suite, est malheureusement nettement moins bonne, à une ou deux chansons près, que la A. Cette chanson est vraiment mauvaise et énervante au possible ! Et ça dure 5 minutes !

Dance Little Sister : Et encore une chanson énervante (celle-là est même encore plus énervante que Luxury) ! Dance Little Sister, 4,10 minutes, avec son refrain insupportable de répétitivité (I say dance, dance little sister dance, dance little sister dance, dance little sister dance), ne vaut que pour son riff, franchement excellent. Mis à part ça, hé bien, le moins que l'on puisse dire, c'est que cette deuxième face de It's Only Rock'n'Roll démarre vraiment médiocrement... On retrouvera cette chanson sur la compilation Made In The Shade de 1975 (qui recouvre la période 1971/1974), ce qui est un peu, voire même très éxagéré, la chanson n'étant pas remarquable du tout...

If You Really Want To Be My Friend : 6,15 minutes rythmées par une guitare bluesy assez remarquable. Mais If You Really Want To Be My Friend malgré qu'elle soit mille fois supérieure à Luxury et Dance Little Sister, n'en demeure pas moins trop longue, un peu chiante à la longue. Son côté 'pop suave', avec moult choeurs masculins (provenant du quintet soul Blue Magic Band, invités) dans le final. C'est une ballade, en somme, ce qui semble devenu une habitude depuis Angie sur l'album précédent (au grand dam des fans de la première heure). Une chanson moins mineure que les deux précédentes, mais c'est tout de même pas extraordinaire. Oui, décidément, la face B de l'album est bien décevante par rapport à la A, mais rassure-vous, ça va s'améliorer grandement avec les deux chansons restantes !

Short And Curlies : Avec 2,45 minutes, Short And Curlies, chanson un peu bluesy et country, est la plus courte de l'album. Ce n'est pas une réussite majeure, mais elle est très sympathique, avec des paroles assez amusantes (le refrain : Too bad, she's got you by the balls), elle est interprétée assez efficacement, et permet d'offrir enfin une bonne chanson après deux titres très mineurs et un troisième (la chanson précédente) plus convaincant, mais trop long et un peu boursouflé quand même. Pas le perdreau de l'année, mais c'est du bon niveau. Une chanson qui reste longtemps en mémoire, en tout cas, c'est le cas pour moi !

Fingerprint File : Mons-tru-eux. Fingerprint File est tout simplement une chanson monstrueuse. Une des plus longues avec 6,30 minutes. Une chanson assez funky et en même temps terriblement heavy, rock, avec un riff monstrueux, monumental (à noter : trois guitares sur ce disque : si le riff est de Keith, si Taylor joue aussi une guitare assez lead, la rythmique est signée Mick Jagger !). Le chant de Jagger assure totalement, la rythmique basse/batterie est fantastique (basse groovy), le clavinet de Billy Preston, le piano de Nicky Hopkins, tout concourt à faire de cette chanson un monstre. On notera, dans le final, une allusion caustique au Good Night des Beatles (et si ce n'est pas une allusion caustique, ça y fait en tout cas penser, ce Good night, sleep tight). Et, encore une fois, quel riff, quel rythme ! Une bombe, la meilleure chanson de l'album avec Time Waits For No One. Fingerprint File sauve la face B, carrément.

 Alors, au final, que rajouter ? Oui, It's Only Rock'n'Roll est un disque inégal : sa face B est nettement moins forte que la A, si on excepte les deux derniers titres. Mais cet album reste quand même un écrin pour quelques grandes chansons stoniennes, et on sent que Mick Taylor, pour sa dernière participation au sein du groupe, a mis toute la patate nécessaire. Moins fort que les précédents, meilleur que quasiment tous les suivants excepté Some Girls, A Bigger Bang et Tattoo You (et j'aime énormément Steel Wheels de 1989), ce disque qui marque la fin d'une ère (1969/1974) est un très bon album, probablement même un de mes préférés du groupe. C'est aussi le premier produit par les Glimmer Twins (Jagger et Richards), par ailleurs. Bref, un bon cru, sans être exceptionnel.