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Pour ce 251ème Track-by-track, un disque assez épatant et, également, étonnant, un vrai bordel renfermant 13 morceaux assez hétéroclites (pour 39 minutes), et sorti en 1974 sous une très belle pochette photographique signée du grand Mick Rock : Sheer Heart Attack. C'est le troisième album de Queen. Sur la photo, le groupe en sueur, avachis les uns sur les autres, torse nu, Mercury a même le pantalon ouvert. Une photo éminemment sexuelle, décadente. Le titre de l'album est aussi celui d'une chanson que le groupe composera à l'époque, mais gardera dans ses tiroirs jusqu'à News Of The World (1977). Rempli de classiques, l'album, que j'ai découvert très tôt (j'avais une douzaine d'années) en même temps que les autres Queen, et que je n'aimais pas à cette époque, n'est pas le plus facile d'accès, mais c'est probablement un des meilleurs. Le voici :

Brighton Rock : Comme je viens de le dire en intro, je n'aimais pas cet album quand je l'ai découvert il y à une quinzaine d'années (et même il y à 17 ans !), mais il y à quand même deux ou trois titres qui m'ont tout de suite plu. Brighton Rock est l'un d'eux (Now I'm Here, que je connaissais déjà, et le morceau final de l'album, en sont deux autres). Souvent interprété en live en tant que gros solo de guitare pour May (le passage obligé du solo de guitare) et en oublint toute la partie chantée, Brighton Rock est une réussite absolue. C'est vrai que, guitaristiquement parlant, May est en forme olympique ici, c'est juste bluffant, puissant. Quel riff ! Le solo ! Mais ça serait dommage et même cruel d'oublier le reste, le chant de Mercury est excellent, alternant entre voix très aiguë (comme s'il imitait une fille) et plus grave, 'mâle'. Dans l'ensemble, 5 minutes (et des poussières) fantastiques. Quoi de mieux pour ouvrir l'album que cette pépite de hard-rock ?

Killer Queen : Une des chansons les plus connues de l'album (présente sur les best-ofs, comme Now I'm Here) et, avec cette chanson que je viens de citer, la seule que je connaissais déjà, au moment de découvrir l'album, autrefois. Killer Queen est une chansonnette glam assez amusante, kitschissime cependant, une chanson un peu caricaturale qui parle d'une femme fatale bien dans la norme (elle parle comme une aristo, ne boit que du champagne, ne bouffe que du caviar, etc). C'est franchement pas mal, un peu surestimé cependant, mais c'est une des chansons qui a permis au groupe de devenir ce qu'il est devenu (elle est sortie en single et a bien marché). Perso, je n'en ai jamais été fanatique, mais ça se laisse écouter sans problème.

Tenement Funster : Roger Taylor (batteur, parfois compositeur, comme ici), dès le premier album, a toujours eu droit à une chanson (parfois deux, comme sur Jazz) en tant qu'interprète. May aussi, d'ailleurs (et dès le deuxième album, pour lui). Tenement Funster, chanson parlant d'un jeune homme un peu loubard, amateur de rock'n'roll et emmerdant ses voisins de palier et de son HLM (tenement) en passant ses disques à fond et en s'habillant à la mode glam, Tenement Funster, donc, est la chanson de l'album interprétée par Taylor. Courte (moins de 3 minutes), elle est absolument grandiose, vraiment peu connue (pléonasme !), mais c'est une des meilleures de Sheer Heart Attack, clairement. Et elle a toujours été une de mes préférées, aussi. La chanson se fond dans la suivante d'une manière assez brutale, sans pause, et la transition est assez sèche !

Flick Of The Wrist : Une belle ligne de piano ouvre cette chanson au titre assez provoc' (grosso merdo, 'un doigt d'honneur' pour le sens, mais ça veut dire, sinon, textuellement, 'chiquenaude du poignet') et au rythme nettement plus mouvementé que ce que son intro au piano, vraiment belle et douce, ne ne laisse présumer. Flick Of The Wrist est une chanson assez représentative du son queenien : choeurs lyriques, guitare assez orchestrale, chant parfait et lyrique de Mercury... C'est une des chansons qui me plaisaient le plus autrefois, j'avoue m'en être vraiment lassé, mais c'est, sinon, très bon, énergique, rythmé... Du bon Queen de l'époque !

Lily Of The Valley : 1,45 minute en tout, une des plus courte (la deuxième plus courte de l'album). Lily Of The Valley, avec son allusion à Seven Seas Of Rhye (Messengers from seven seas have flown to tell the King of Rhye ho lost his throne), est une ballade/complainte acoustique, au piano, interprétée avec magnificence par un Mercury concerné et sobre. Un peu comme Nevermore (sur Queen II) ou Love Of My Life (sur A Night At The Opera). Sublime, mais trop court.

Now I'm Here : Enfin, le morceau achevant la face A, et le plus long avec 6,15 minutes : Now I'm Here. Le tube monstrueux de l'album, une des deux chansons que je connaissais déjà, au moment de découvrir l'album, avec Killer Queen. Est-il besoin de la présenter, cette chanson ? Riff tueur, changement de rythme, cette chanson, remarquable moment de hard-rock pur et dur, fait aussi penser à du rock progressif par moments, sans l'attirail électronique du prog-rock. Tout est parfait ici, le riff, le chant, la rythmique, les paroles, même si celles-ci ne sont pas non plus extraordinairement écrites. Une bombe absolue pour l'album, une des meilleures chansons du groupe !

In The Lap Of The Gods : Un morceau remarquable qui ouvrait la face B. Imaginez un instant la stupéfaction, la surprise de celui qui met le bras de la platine sur les premiers sillons de la ace B et entend, en ouverture, ça ! Car In The Lap Of The Gods démarre brutalement par un hurlement de Roger Taylor (quelle voix !), très lyrique et assez terrifiant quand on ne s'y attend pas. In The Lap Of The Gods est une morceau lyrique, quasiment de l'opéra (-rock), 3,20 minutes assez imposantes interprétées par un Mercury faisant vrombir sa voix dans les basses (effet un peu comique, je vous l'accorde), avant de laisser la place à un final fantastique (Leave it in the laaaap of the Goooods...) permettant à Mercury, Taylor et May de briller dans des vocalises sublimes et parfois peu orthodoxes (Taylor). Un morceau faisant partie des meilleurs de l'album.

Stone Cold Crazy : 2,15 minutes très speedées, limite du heavy-metal ! En tout cas, du pur hard-rock. Repris par la suite par Metallica sur Garage Days (le fait que Metallica, groupe de thrash-metal, l'ait reprise prouve bien que c'est une chanson brutale, Metallica n'ayant pas pour habitude de reprendre des petites douceurs), et assez mal reprise d'ailleurs, Stone Cold Crazy est une chanson tellement bruyante et speedée qu'elle en est limite cacophonique ! C'est, dans l'ensemble, franchement pas mal du tout, mais en rien une de mes préférées de l'album.

Dear Friends : 1,05 minutes pour Dear Friends, morceau le plus court de l'album. Mercury au piano, May aux choeurs (et à l'écriture et composition) pour cette chanson douce, calme, mélancolique, sobre, acoustique, interprétée avec classe par Freddie. C'est malheureusement trop court, mais franchement sublime. Sans être le sommet de l'album (n'éxagérons rien), Dear Friends est une bien belle petite ballade/complainte qui montre le talent mélodique de Queen, tout dans la sobriété.

Misfire : Encore une chanson très courte, 1,50 minute seulement. Misfire est signée John Deacon est une sorte de tentative (ratée) de calypso-rock, une chanson au rythme un petit peu hawaïen par moments (c'est le son de guitare, orchestral, queenien, qui fait cet effet-là). La chanson est la première, dans la carrière de Queen, à être signée du bassiste, qui fera, on le sait, bien mieux par la suite (You're My Best Friend, Another One Bites The Dust, Spread Your Wings, You And I, Back Chat), tout en faisant, aussi, pire, ou aussi mauvais (Rain Must Fall, Who Needs You, ainsi que deux des instrumentaux de Flash Gordon Soundtrack). Misfire est, heureusement, courte. Le 'heureusement' veut tout dire.

Bring Back That Leroy Brown : Une pure catastrophe. Déjà que le morceau précédent n'est pas folichon, mais alors celui-ci, c'est épouvantable ! Sorte de pastiche (ça ne peut pas, sincèrement, être autre chose qu'un pastiche : le groupe n'était, je l'espère, pas sérieux quand il a enregistré ça) de chanson des années 30 et/ou de doo-wop, Bring Back That Leroy Brown est une chanson misérable et totalement insupportable. 2,15 minutes (heureusement que la chanson n'est pas plus longue ; elle est déjà suffisamment longue comme ça !) insoutenables à jeun. Je ne sais pas ce qui est le pire, ici : les whooo-whooo de Mercury, le refrain, les choeurs insupportables, la musique kitschissime et nullissime... A fuir comme cette terrifiante maladie épidémique du Moyen-Âge !

She Makes Me (Stormtrooper In Stilettos) : Interprétée par May (qui l'a écrite), She Makes Me (Stormtrooper In Stilettos) est une chanson assez méconnue, sous-estimée, parfois mal-aimée, mais vraiment superbe. Le rythme, pesant, languissant, la mélodie, le chant, tout est sublime ici. Son final permet d'entendre des sons urbains (sirènes de police) et un souffle assez oppressant, profond. Mélodie de guitare tout simplement grandiose pour cette chanson à redécouvrir, car franchement sous-estimée et oubliée !

In The Lap Of The Gods...revisited : Excellentissime final qui n'est pas une reprise de l'air de In The Lap Of The Gods car les paroles et le rythme, la mélodie, sont différentes. Une suite, si vous voulez, alors ! In The Lap Of The Gods...revisited est cultissime, le groupe le jouera souvent live, comme à Wembley en 1986 (leur ultime concert avec Mercury), au sein duquel il est crédité au seul nom de In The Lap Of The Gods, sans la mention revisited. Morceau magnifique se finissant en apothéose (des choeurs immenses, un final inoubliable, le genre de truc à faire chanter dans les stades), et achevant l'album sur une note très lyrique et imposante, une Grande Finale absolument quintessentielle. Bref, c'est tout simplement faramineux ! Une sorte de prémice à We Are The Champions.

 Au final, Sheer Heart Attack est donc un excellent cru queenien, un de leurs meilleurs albums malgré la présence de deux chansons franchement mauvaises. Très varié, cet album offre aussi bien du rock pur que du hard-rock proche du heavy-metal, du glam, de la folk, de la pop, des pastiches, de l'opéra, même, sur un morceau, et une grande finale tout simplement immense. Un disque difficile d'accès pour les néophytes, mieux vaut connaître un peu l'oeuvre de Queen avant d'écouter l'album, sous peine de ne pas vraiment l'apprécier. Mais c'est, franchement, un excellentissime cru !